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PROGRÈS DE LA CRITIQUE BIBLIQUE

Ce n’en était pas moins une révolution que de porter | ainsi la question biblique sur le terrain de l'histoire. On à S'habituait peu à peu à considérer ces livres de la même : manière que les autres documents de l'antiquité et à leur e appliquer les mêmes règles de critique. Des problèmes

(1) Lessinc, Sendschreiben : Ueber : den Beweis des Geistes und : der Kraft, 4777, 4

historiques et littéraires se posaient qu'on était moralement obligé de résoudre-par les mêmes moyens. Dès qu'on se livra à cet examen avec plus de liberté, ‘on découvrit aussitôt, chez les auteurs sacrés, bien des choses qu'avait voilées jusqu'alors le nimbe d’or dont ils étaient entourés et qu'il était de plus:en plus difficile de faire cadrer avec la vieille théorie d’une origine surnaturelle et divine.

‘Comparant, par exemple, la double narfation que nous lisons dans les livres de Samuel sur les premiers temps de David, Bayle faisait la réflexion que si l’on trouvait un tel désordre, de telles répétitions et de telles contradictons dans Thucydide ou dans Tite Live, on n’hésiterait pas à conclure à quelque grave altération et complication des textes. En vain ajoutait-il prudemment qu'on devait bien se garder de pareils soupçons, quand il s’agit de Fa Bible. De semblables précautions oratoires paraissaient une cruelle ironie ;-ellesne trompaient ni n’arrêtaient plus personne. Comment réfüter ce même critique, quand, au ‘point de vue moral, il affirmait plus librement encore qu'une action, mauvaise devant les lois éternelles, est toujours mauvaise, alors même qu'elle aurait eu pour auteur un homme favorisé de l'inspiration divine? (1) Les écrivains bibliques sont bien loin de se retrancher derrière la prérogative d’une infaillibilité surnaturelle. Dans la préface de son évangile, Luc se recommande à ses lecteurs comme tout historien ordinaire, par le zèle etile soin qu'il a mis à s’enquérir ‘des choses et à mettre dans son récit l’ordre le meilleur et l'exactitude la plus grande (2). Comment voudrait-on nous empêcher d’ap-

(4) P.' Baye, Dictionnaire, art. David'et assim, dans la 1" édition, 1695.

(2) Huco Grorius, Votum pro pace eccl., Op., t. IV, p. 672 (éd.

. son 1 effort 21 ones Paul en. les chrétiens : salonique ou de Corinthe, à juger par eux-mêmes de ce. qu'il leur écrit, à examiner toutes choses. Sidans certains endroits, il en appelle à un commandement du Christ, dans d’autres, il déclare n'émettre qu'un sentiment personnel, qu'il distingue soigneusement des ordres du Seigneur. Il est vrai que: parfois il parle des révélations L qu'il a reçues en état d’extase; mais jamais il ne laisse | “k entendre que Dieu lui-même inspire les mots, les raisonnements, les citations ou les idées qui naissent du mouvement naturel de son esprit ou du souvenir de ses expériences. Dans son style, dans sa polémique, dans sa manière de poser ses thèses et de les défendre, S'ACCUSE SEE en traits vivants l'originalité de son caractère et ‘e sa personnalité tout entière.

Les écrivains sacrés, très souvent encore, s'expriment par conjecture ou de façon incertaine sur des choses à propos desquelles le Saint-Esprit aurait dû et pu aisé: é ; ment leur donner toute certitude et des informations précises. Avec les progrès de l’exégèse grammaticale et à mesure que tombaient des préjugés séculaires, pouvaiton continuer à ne pas apercevoir les contradictions matérielles qui se trouvent, par exemple, entre les livres des Rois et ceux des Chroniques, entre Esdras et Néhémie, |

d'Amsterdam, 1679). À spiritu S. dictari historias nihil fuit opus : salis fuit scriptorem memoria valere circa res spectatas aut diligentia

: in describendis veterum commentariis… Si Lucas divino afflatu dictante

sua scripsisset, inde potius sibi sumsisset auctoritatem, ut prophetæ faciunt, quam «a testibus quorum fidem est secutus. Sie in illis quæ Paulum agentem vidit scribendis nullo ipsi dictante afflatu opus. Quid ergo est cur Lucæ libri sint canonici ? Quia pie ac fideliter scriptos et de rebus momenti ad salutem maximi ecclesia. primorum temporum judicavit.

: 4 Ron sn 4 fait que les ane “ néien Testament dans le Nouveau, très souvent ne correspondent | pas au texte hébraïque et parfois le contredisent directement? Le prophète Michée, par exemple, avait dit : € Mais toi, Bethléem, trop petite pour être l’une des. Fr souches de Juda, etc. » Et Matthieu écrit: « Toi, Beth- à léem, terre de Juda, tu n’es pas la plus petite d’entre les principautés de Juda. » On peut voir encore comment Jacques, dans son discours rapporté Act. XV,16etss., cite Amos IX, 11 d'après la version des Septante, mais en contradiction complète avec le texte hébreu. L'auteur de l'épitre aux Hébreux, suivant la même version alexandrine, fait dire au Psalmiste (GE, 7): «tu m'as formé un. corps » au lieu qu’en hébreu nous lisons: € tu as percé 3 ou ouvert mes oreilles ». Toutes ces remarques, qui sont E de peu de conséquence dans l’ordre naturel des choses,

étaient des blessures mortelles à la doctrine de l’inspira- “N tionsurnaturelleet verbale. La théorie d’uneaccommodation T divine aux erreurs et aux passions humaines servit un moment à excuser les exterminations ou les fourberies, mises si souvent par l'Ancien Testament au compte de û __ Dieu. Mais pouvait-on se payer longtemps de cette fausse monnaie? Quant aux quelques passages bibliques où semble être revendiquée l'inspiration divine pour les livres saints ou pour leurs auteurs, outre qu’on en force le sens jusqu’à le dénaturer, ne voit-on pas le cercle où l’on s’enferme quand on veut prouver linspiration de la Bible par des déclarations empruntées à la Bible ellemême (1)?

(1) J. Leccerc, Sentiments de quelques théol. de Hollande sur

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ne tan ni écrits ne Po et les. anciennes. versions, 1 les savants accumulaient les variantes aux marges du Nouveau Testament, démontraient que, pour avoir été conservé avec plus de piété, le texte sacré n'avait pas plus échappé aux accidents des choses humaines; que . plus on en avait fait des copies, plus s en était accrue la diversité ; qu’il fallait encore ici se contenter de conjectures et vraisemblances, en sorte que le texte | origi- nalet pur ne pouvant plus être reconstitué d’une façon certaine, la doctrine de l'inspiration verbale, usque ad . voces el consonas, ne s’appliquait plus à rien et devenait à inutile (+2, à | :

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D biétoire ct due T. de Richard See 2e éd. 1714, surtout les lettres XI et XIT, et Défense des sentiments, 1re éd. 1686; surtout / 7 les lettres IX & XIL ou k SPINOZA, Tractatus theol. polit., c. 1: JL, XIT, etc. Il fait déjà cette remarque à à propos des commentateurs qui torturent les textes pour les harmoniser à tout prix : Commentatorum autem qui has evidentes contradicliones reconciliare conantur, unusquisque pro viribus sui ingenii quidquid potest fingit, et interea, dum sacras litteras et verba scripturæ adorant, nihil aliud faciunt quam bibliorum scriptores contemplui exponere, adeo ut. viderentur nescivisse loqui neque res di- . cendas ordinare.. |

Leclerc est men persuadé qu'il faut lire les livres bibliques __ d’après la même méthode historique et critique appliquée aux M livres del antiquité, qu ‘il veut qu’on explique les épiîtres de Paul,

comme M. Dacier venait on > les Odes d'Horace.Sentiments, re lettre, p. 17 etss.

(1) L. Carrez, Arcanum punctationis revelatum, sive de punct., et » accentuum apud Hebr. vera et genuina antiquitate, 1624. Spicile- ù gium seu notæ in N.T., 1632. J. Mize, Son édition du N. T. grec, 11

4707, avec un appareil tot de plus de trente mille variantes, opposées au texte de Robert Etienne. J. WETrsTENN. Prolegomena ad N.T. græci editionem, 1733, et cette édition même si laborieu-

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