‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 71 sur 124 · NA · texte numérisé non relu

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En même temps l'examen critique de la tradition sur la date, les auteurs et l’origine des livres de la Bible en montrait l'incertitude et les erreurs. On sentait que tout en cette matière était à reviser. Hobbes, Spinoza, Richard Simon, Jean Leclere, n'avaient pas sans doute découvert le secret de la composition du Pentateuque, mais ils avaient pressenti la diversité des éléments qui y étaient entrés et vu parfaitement qu'au lieu de remonter à Moïse, la première rédaction de ces livres était très postérieure (1). Dès lors ils devenaient anonymes et l’on ne savait plus sur qui faire porter la prérogative surnaturelle de l’inspiration. Il en était de même pour Job qui, selon Leclerc, n’a pas d'autre vérité que la vraisemblance poétique qu'on demande aux tragédies. Les prophètes ont pu avoir des visions et des révélations divines. Mais leurs discours ont éfé mis par écrit après coup par eux ou par leurs disciples. Nous n’en possédons plus que des fragments. Esther et Judith « sont des histoires faites à plaisir ». Nulle part ne se trouve la trace d’uné inspiration verbale, et il faut ajouter qu'aucun de ces écrivains, la plupart inconnus, ne songe à s’en prévaloir. Leurs œuvres sont assez mélangées de choses bonnes et mau-

sement préparée, 1754. J.-A. Bencez, N.T.,græce, 1734. J. GRIESBACH et ses trois recensions du texte, 1774-1777, 1796-1806, la plus décisive, 1803-1807. Sur cette histoire du texte du N. T.: voy. E. Reuss. Geschichte der H. Schriften N. T, 6° édit., 1887, et Bibliotheca N. T., 1872, et Hozrzmann, Einleit. in d. N. T. 2 éd. 1886.

(4) Hosses, dans son Leviathan, 1651, disait avec finesse : Videtur Pentateuchus potius de Mose quam a Mose scriptus. Spinoza, Tract. theol. politicus, 4670, en fait descendre la rédaction jusqu'à Esdras, qui aurait complété maints documents plus anciens. RicHarD SIMON, Hist., critique du V. T., 1678, la confie à des écrivains publics, annalistes officiels d'Israël. J. Leccero, Sentiments etc., l’attribue à un prêtre israélite du vu siècle.

ent Mardi et leur He religieux suffisent expliquer. nl

La critique s'approchait avec Dé de timidité des’ ‘livres du Nouveau Testament. Cependant la liberté de jugement dont Luther avait fait preuve à l'égard de plu sieurs d'entre eux n'était pas entièrement éteinte. Richard Simon et certains docteurs jésuites frayaient ici la voie | nouvelle où l'on allait s'engager. a

Le premier montrait clairement que les titres mis à la tête des Evangiles et des Actes pour en faire connaître ” les auteurs avaient été ajoutés après coup, en sorte qu'on ne pouvait les dérober à la discussion; il soutenait que l'original de Matthieu avait été écrit en hébreu et que nous n'en possédions plus qu'une traduction grecque dont l'Eglise seule pouvait garantir la fidélité. Il discutait très pertinemment l'authenticité des douze derniers : versets de l'Evangile de Marc, écartait celle du passage de 1 Jean V, 7 sur les trois témoins, contestait que lépiître aux Hébreux fût de la plume même de Paul. Bref il faisait revivre, bien qu'avec sa prudence habi- a tuelle, toutes les incertitudes et toutes les diversités que : l’on rencontre, chez les Pères de l'Eglise, dans la liste des livres qui sont canoniques et de ceux qui ne le sont pas, des homologoumènes, des antilegomènes et des apo- Cryphes. Sans doute il s’efforçait de concilier tous ces faits littéraires avec la réalité de l'inspiration, mais il en - modifiait profondément l’idée. Il aimait surtout à s’en. faire une arme contre le dogme protestant et à montrer qu’en fin de compte la seule base sur laquelle repose l'autorité divine des Ecritures, c’est l'autorité actuelle de l'Eglise (1). Mais alors sur quoi repose cette dernière?

(1) Voici l’argument de Richard Simon contre le principe protes-

mant dans des , sa ean Tin développait la critique de Richard Simon, et Semler, marchant dans leur sentier et sur leurs traces, allait plus loin encore. Toutes les questions étaient soulevées et l’on éommençait à entrevoir, à travers les voiles déchirés de la dog- matique, une réalité historique toute nouvelle que notre siècle enfin devait achever de rendre à la lumière. . Sous l’action de cette critique se dissolvait en même temps l’autorité dogmatique du Canon des saintes Ecritures. La notion de « Parole de Dieu » allait se transformer. Les notions, Canon et Parole divine, ne coïncidant plus, se séparent. Les déistes anglais, Tindal surtout, s’acharnent à montrer combien certains livres de la Bible, soit par leur contenu, soit par leur origine, répondent - peu ou mal à l’idée que nous devons nous faire de la | Parole de Dieu. Peut-on maintenir l'autorité de l'Ancien Testament au même rang que celle du Nouveau, approuver à la fois la sanglante intolérance d’un Elie et la dou- ceur de Jésus, considérer comme agréables à Dieu ou même ordonnés par lui les cruautés d’un Josué ou d’un David, les mensonges d'Abraham, les ruses de Jacob, les " vols dont les Hébreux en fuyant se rendent coupables à l'égard des Egyptiens, etc...! N'est-il pas évident que la Bible, si elle renferme la Parole de Dieu, contient d’autres

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tant de l’autorité divine du texte biblique : « Les changements qui sont survenus aux exemplaires de la Bible depuis que les originaux ont été perdus, ruinent entièrement le principe des protestants qui ne consultent que ces mêmes exemplaires de la manière qu'ils sont aujourd'hui. Si la vérité de la Religion n’était demeurée dans l'Eglise, il ne serait pas sûr de la chercher mainterant dans des lecons qui ont été sujettes à tant de changements... » etc. : 21

À . d'une religion statutaire et rituelle aujourd’hui dépassée,

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les restes en: un mot d’une littérature qui n'avait rien de

spécifiquement religieux. comme le Cantique des Cantiques, l'Ecclésiaste, le roman de Judith, ou les chants héroïques de l'Ancien Israël 4)?

Si l’on écarte enfin l'autorité de l'Eglise, comment jJus-

üifiera-t-on les limites actuelles du canon biblique? Au ‘

point de vue de l'histoire pourra-t-on expliquer pourquoi le Siracide est écarté et l'Ecclésiaste admis? Qui définira exactement la frontière qui sépare le canonique de l’'apoeryphe ? Le livre de Daniel et la seconde épître de Pierre ne sont-ils pas des écrits supposés ? Si l’on à : recours au témoignage du Saint-Esprit, pourra-t-on sou— tenir avec sincérité que le témoignage ne reste jamais en deçà et ne va pas au-delà des limites du recueil traditionnel en usage dans les Eglises (2)?

La dogmatique orthodoxe pouvait se montrer indiffé-

(1) Tinpaz, Christianity as old as the creation, c. XIIL, 1730. J.-S. Seucer, Abhandl. von freier Untersuchung des Kanons, I} p. 4-8, II, p. 194. etc., & vol.,.4771-4775.

(2) Spinoza, Tract. theol..polit. : Non satis mirari possum cur inter sacros libros recepti fuerunt (libri Paralipom.) ab. üs qui libros: Sapientiæ, Tobiæ et reliquos ex canone sacrorum deleverunt. Sur cette question des apocryphes de l’A. T., objet de si longues et si stériles querelles entre protestants et catholiques, voy. E. Reuss, Hist. du Canon des S. Ecrit., 1864. Evidemment les protestants tenaient le: mauvais bout, puisqu'ils: ne pouvaient défendre leur thèse qu'em divinisant l’œuvre de: la: synagogue et du rabbinisme pharisien, comme on ne peut défendre le caractère divin du recueil du N: T. qu'en divinisant l'œuvre des Pères de l'Eglise, des conciles: et d'une tradition qu’on déclare pour tout le reste faillible et pass d'erreur.

servir aussi Hiens d’un écrivain ne ou ne des faits racontés, que d’un apôtre ou d’un témoin oculaire. Mais la théologie arminienne, qui prétendait fonder: a.

fides divina sur la fides humana, c’est-à-dire Re

divine des Ecritures sur la véracité historique des auteurs, ne pouvait avoir la même sérénité. S'il s'agissait de l’histoire de Jésus, il ne pouvait lui être, indifférent d’avoir entre les mains l’œuvre d’un compilateur de traditions populaires ou les mémoires authentiques de l'apô-

tre Matthieu. Le quatrième évangile n’a pas le même

poids, suivant qu’on le tient pour un écrit de Jean, le fils de Zébédée ou d’un théologien de l’école d’Alexandrie. Il est facile d'imaginer dès lors quelles conséquences devaient avoir, sur la dogmatique nouvelle, les résultats

de plus en plus déconcertants de la critique et de l'exé-

gèse historiques.

ATTÉNUATIONS ET COMPROMIS. 7x LE TRIOMPHE DU RATIONALISME

À vrai dire, il y avait toujours eu, depuis le xvie siècle, des hommes d'esprit. modéré pour résister à la logique de l’orthodoxie et limiter, avee plus ou moins de préeision, la révélation divine aux choses seules qui regardent le salut du genre humain @..

(1) Gamixrus, Responsum maledicis Moguntinorum theologorum,

thes: 73: Neque Scriptura dicitur divina, quod' singula quæ in ea

continentur divinæ peculiari revelationi imputari oporteat, sed quod

præcipua quæ redemptlionem et salutem generis humani concernunt,

à, rer a la voie ue concessions 2e a iles

plus en plus larges (1). | CAES Hugo Grotius donna l'exemple ; il fut amené par

l'exégèse grammaticale, dont il est un des créateurs, à

faire des distinctions entre les livres canoniques et à

marquer des degrés dans leur inspiration. Si celle-ci est

nécessaire aux prophètes, on ne voit pas qu’elle l'ait été

aux historiens. Il a suffi aux auteurs des livres historiques de la Bible d’être de bonne foi et d’une profonde piété. L'inspiration est donc restreinte par Grotius aux prophéties, aux révélations apostoliques et aux paroles de Jésus qui sont les paroles mêmes de Dieu. x

Pour tout le reste, le secours miraculeux de l'Esprit de Dieu est inutile ; un jugement droit, une honnêteté scrupuleuse, l'amour de la vérité ont suffi (2).

- Venu après Grotius, Jean Leclerc fut plus hardi encore. se tenant plus strictement à l’histoire, il limite l’inspira-

tion aux prophéties, commandements et doctrines que la Bible, en termes exprès, met dans la bouche de Dieu

non nisi divinæ revelalioni debeantur ; in ceteris vero quæ aliunde, sive per experientiam, sive per lumen naturæ nota, consignandis,

divina assistentia et spiritu îta scriptores sint gubernati, ne quidquam

scriberent, quod non esset ex re, vero, decoro, congruo.

(4) Eriscorivs, Instit. christ. I, 4,10 : Si quædam non exacte definiverint, fuerunt ea non res fidei aut præcepta morum. Et ailleurs : Recte ex Joh. VI, 19, liquet Spiritum sanctum Johanni non sugyessisse quot stadiis remigassent discipuli Domini sed ei reliquisse judicium | suum proprium de spatio remigationis, quando dicitur : Cum remiqgassent quasi stadia XX V aut XXX. (Ibid. IV, 1, 4).

(2) H. Grorius, Votum pro pace eccles. p. 672 : Vere dixi non omnes !

libros qui sunt in hebræo canone dictatos a spiritu S. ; scriptos esse cum pio animi molu non nego. — A Spiritu S. dictari historias nihil fuil opus ; satis fuil scriptorem memoria valere cirea res spectatas aut dilig gentia in describendis Veterum commentariis.

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