PER
Le 20
Le ( à ; CE | Î a‘ ( e corriger, de Arte (D). était une éEtion un
A ce point de vue, il n'y avait inspiration et autorité di- 4 vine que là où il y avait le miracle d’une COR SAS directe et surnaturelle. | | L'action permanente du Saint-Esprit dans l’âme religieuse en général, et dans l’âme chrétienne en particulier, était ou niée ou omise. Dès lors on n’avait plus que l’antithèse violente et abrupte de ces deux termes sex- = cluant réciproquement : l'autorité de la révélation et la raison naturelle. Où l’une était constatée, l'autre OS fatalement se taire et se soumettre. 4e | Cependant, la raison critique gagnant toujours du terrain, le champ de la révélation, comme celui du miracle allait nécessairement se rétrécissant jusqu'à disparaître. Combien il était facile d’embarrasser Leclerc en lui demandant quelle idée il se faisait donc de la Parole de Dieu, s'il fallait la voir partout où la lettre de l'Ecriture fait parler Dieu en personne et ne la voir que là ! N’y aurait-il pas dans la Bible des figures de rhétorique comme la prosopopée ? Car on ne peut guère mettre au compte de Dieu les ordres sanguinaires qu'exécutent Josué et ses successeurs. Leclerc l'avoue encore; maïs cette dernière et fragile barrière une fois renversée, que reste-t-il d'autre que le critère intérieur de la conscience et de la raison ? La théologie inconséquente de l’arminianisme n’est, en réalité, qu’une transition au rationalisme de l’âge suivant.
Ce dualisme de la révélation et de la raison, c’est-àdire de deux termes se limitant extérieurement et s’ex-
(1) J. Leczerc, Sentiments de quelques théologiens de Hollande (1685), lettres XI et XII. Défense des sentiments, lettres IX et X. Amsterdam, 1686.
Dance est . trait catho et fonda de la conception surnaturaliste de la religion et de Puni- | vers. Le rationalisme est déjà dans la méthode ; il devait | tôt ou tard apparaître dahs la doctrine.
La transformation qui s’accomplissait aux extrêmes du protestantisme, chez les Sociniens, les Arminiens de Ho lande et les déistes d'Angleterre, avait sa répercussion au centre même, dans les milieux les plus conservateurs. Les théologiens les plus attachés à l’ancien dogme, éprouvaient le besoin d'en desserrer les nœuds. Cest le cas
surtout de l’école de Saumur, en France. Cameron distinguait entre la Parole de Dieu, d’abord orale, et cette même Parole mise ensuite par écrit, et se préoccupait davantage de l'inspiration divine de la doctrine que de celle des livres qui la contenaient (1). Ses successeurs, Louis Cappel, Amvyrault, Josué de la Place, tout en répétant les formules consacrées, n'étaient pas arrêtés par elles. . Elles n'empêchaient pas, l’un de poursuivre ses études critiques sur le texte de l’Ecriture et son histoire, les deux autres, leurs spéculations sur l’universalisme de la grâce et sur l’imputabilité du péché d'Adam (2). L'esprit
(1) GAMEroN, Opera, Genève, 1658. Controversia inter Reform. et Pontificos, c. XIT. De controversiarum judice, c. VII : Libri sunt doctores muti. . Mutos scilicet, si sonum spectes ; si vero doctrinam . quæ inde hauriri potest, disertos ac eloquentes. Le théologien anglais R. Baxter était du même sentiment : « Il importe au salut de croire à la doctrine, non aux livres, Il y a quelque chose d’humain dans la méthode et dans la phrase, qui ne sont pas si immédiatement divines que la doctrine ». The saint’ everlasting rest (le Repos des saints), London, 1649 et 1662, p. 206 et ss.
(2) Syntagma thes. theolog. in Açademia salmuriense, 1664. On voit néanmoins, dars ce recueil, que la doctrine de la Gi des livres ira s’exagérant de plus en plus jusqu'à arriver à l'imspi-
historique et critique se développait et se répandait avec les travaux de Daillé (1) et de Blondel (2).
Des disputes violentes agitaient les églises et divisaient les synodes. Pour y mettre un terme, une assemblée ecclésiastique tenue à Genève, en 1675, dressa la formule du Consensus helveticarum ecclesiarum comme une digue à travers le courant. Jamais n’apparut mieux la vanité de ces procédés autoritaires qui sont en contradiction radicale avec le principe du protestantisme. Un demi-siècle plus tard, la digue fut emportée. La formule orthodoxe et les sanctions violentes qui l’accompagnaient furent officiellement abolies à Genève même, grâce aux efforts du fils de celui qui avait le plus contribué à la faire établir (3).
ration verbale avec Etienne Gaussen, Thèses inaugurales de Verbe Dei, 1655. Ce qu'il faut signaler seulement chez les théologiens de Saumur, c’est la contradiction de leur pratique et de leur théorie. La tyrannie des confessions de foi produit toujours de ces sortes de contradictions.
(1) 3. Dazré, Traité de l'emploi des Saints Pères, etc., 1632. De pseudepigraphis apostolicis, 1655. De scriptis quæ sub Dionysi Areop..et sancti Ignatii nominibus circumferuntur, 1666.
(2) D. Bonne, Pseudo Isidorus et Turrianus vapulantes, 1628. Traité hist. de la primauté en l'Eglise, 1641. Des sibylles, 1649. Apologia pro sententia Hieronymi de presbyteris et episcopis, 1646. C'était la naissance de la critique et de l’exégèse historiques parmi les pasteurs protestants.
(3) Alph. Turrernn: et J.-F. Osrerwazn sont les témoins de l’affaiblissement du dogme de linspiration. Ils ont passé l’un et l’autre à l’arminianisme. Le premier appelle la Bible « un livre divin », à cause de l’excellence et de la supériorité religieuse et morale de ses enseignements. L'autre distingue dans la Bible les révélations expresses de Dieu et les choses que les écrivains ont pu voir, -entendre ou connaître par eux-mêmes «et raconter suivant leur.propre génie, avec l'assistance du Saint-Esprit. La divinité générale de Ja Bible se prouve,par la vérité de sa doctrine, par son action morale,
A Dir :
socinien se glisse partout, AE les ces dans les
sermons, et remplace, par ses vagues périphrases, les formules de l’orthodoxie antérieure. La raison et la révélation sont deux puissances que l’on révère également
tout d’abord. Mais l'autorité prépondérante passera bientôt
à la raison, car c’est un axiome reçu que l’Ecriture ne peut renfermer rien d’absurde ou d’immoral et que si l’on y trouve des textes qui paraissent l’être, il faut les interpréter suivant la raison et la conscience.
En Angleterre et en Allemagne, le même mouvement se déroule avec plus de logique et de profondeur. L'enseignement officiel est obligé à des concessions de plus en plus graves. On abandonne d’abord l'inspiration des mots ou bien l’on se réfugie dans la théorie moralement inquié-
tante d’une accommodation du Saint-Esprit et de ses
organes aux préjugés et aux erreurs des contemporains. Trois éléments constituaient l’ancien dogme : l'impulsion divine fimpulsus ad scribendum) ; la suggestion des choses {suggestio rerum) et l'inspiration des mots /suggestio verborum). De ces trois éléments, le premier et le dernier disparaissent totalement, et le second, qui paraissait seul important, se réduit à une simple direction de l’intelligence et de la mémoire, qui a préservé les écrivains sacrés de trop graves erreurs (1).
Ne
enfin par les miracles et les prophéties. « Certains théologiens, dit encore Osterwald, ont ajouté à ces preuves le témoignage du Saint- Esprit que quelques-uns cependant estiment peu probant et superflu. » Rien n’est plus significatif pour caractériser l’orthodoxie de cette époque. A. Turrerini, Cogitationes et dissert. theolog., 1737.
J.-F. OSTERWALD, Compendium theologiæ christ., 1739.
(1) TæLuer, Die gœttliche Eingebung der fa Schrift, p. 103-118. Rengarp, Grundriss der dogmatischen Theologie, p. 59. Srorr, Lehrbuch der Dogmatik, $ 41. Aucusmi, Dogm., $ 88.
d +5 a. ni même Re a. Toute là De avan
des apologistes consistait à faire appel à l’histoire et à la
raison. Or, le témoignage de l’histoire, de plus en plus
infirmé par la critique, devait aboutir à un doute
__ général (2) et le témoignage de la raison, bientôt Seal 04
dominant, à la transformation de la révélation en philo-
Fes morale et de la religion positive en religion naturétle (3).
En Angleterre plus qu din fut ne la méthode.
historique de démonstration par le moyen des prophéties et des miracles (4). Elle se montra impuissante pour
répondre à la critique philosophique de Locke et de Hume. Si l’on prend à la lettre les prophéties de l'Ancien Testament, il est clair qu’elles n’ont pas été accomplies dans le Nouveau, et les prétentions du christianisme sont fausses. Si on les interprète allégoriquement, il est clair encore qu'elles ne prouvent rien, car il n’est pas de textes
(4) MicaagLis, Dogm. p. 92: Ich muss aufrichtig gestehen, dass so fest ich von der Wahrheit der Offenbarung überzeugt bin, ich in . meinem Leben niemals ein solches Zeug gniss des Heil. Geistes vernommen habe, auch in der ne kein Wort davon finde. Renxarr, Dogm. p. 69. Re (2) C'est à peu près le résultat des libres études critiques et |exégétiques de Seucer (Abhandl. von freier Untersuch. des Kanons, 177i), de J.-J. Werrsrein (Edition grecque du N. T., 1751), d'A. Enwesri (Institutio interpretis N. T., 1761).
(3) H.-C. Henxe, Lineamenta a tibnnrs fidei christ. 2e édit. 4785 ; Eckermann, Compend. theol. christ., 1791. Rœxr, Grund- u Glaubenssætze, ze éd. 1860; Briefe über den Rationalismus, 1813.
(4) W. Wausron, The accomplishment of Scripture prophecies, 4708. N. Larnner, The credibility of the Gospel history, 1727-57. Th. Cuacuers, The evidence and CutoE Es of the christian revelation, 1834.
anciens qu'on ne puisse ajuster ainsi à une | térieure (1).
L’argument tiré des. Re porte moins encore. A les
supposer véritables, ils ne prouveraient rien, car une
saine raison en conclura: seulement qu’elle est en pré-
. sence de phénomènes dont les causes lui échappent. Com-
ment de cet aveu d’ignorance tirer une démonstration positive? N'est-il pas plus facile de faire accepter par la
conscience la doctrine morale du Christ qu'il ne l’est de convaincre la raison de la réalité de ses miracles ou de sa résurrection corporelle 9.)
Si cette doctrine morale constitue l'essence permanente et essentielle du christianisme, la religion naturelle se substitue logiquement à la religion révélée.
De la même maniére le supranaturalisme des théologiens allemands, succombant au dualisme qu’il portait en lui, s’affaissait peu à peu et cédait la place à un rationalisme plus conséquent et plus radical. L’apologétique des Baumgarten, des Crusius, des Tæœllner avait appelé à son secours la philosophie de Leibniz et de Wolff; c'était ‘introduire l'ennemi dans la place. On ne fait pas à la raison sa part. Dés qu’elle se pose, elle s'impose, ne reconnaissant aucun tribunal au-dessus d'elle. Prouver qu'une doctrine quelconque est vraie par des arguments ration- nels,c’est faire d’elle une vérité rationnelle. Le rationalisme de l'argument implique et amène nécessairement le rationalisme de la conclusion. |
Il me servait de rien de prétendre.que la doctrineichrétienne est supérieure à la raison, sans lui être contraire; car de deux choses l’une : ou cette doctrine supérieure - (1) (Cozuns, A Discourse:of ithe Brounds sud: reasons :of the :chr. Religion, 1724.
(2) D. Hume, Essays on miracles, 1764.
u bien la raison. ; te par ae à appréciés | . elle, et alors cette doctrine rentre nécessairement dans le cadre des vérités rationnelles. La révélation est à la raison, : disait-on, ce ‘que le télescope est à l'œil. Mais l'œil voit ce qui est dans le miroir du télescope et la raison en juge en dernier ressort. Réduite au simple rôle d’auxiliaire provisoire, soit pour abréger la distance, soit pour hâter = le progrès de l’ humanité, la révélation perdait non seulement son antique souveraineté, mais elle devait bientôt disparaître, puisque les progrès de la raison la rendaient progressivement inutile. La religion enfermée dans les limites de la raison : voilà le point où venait aboutir dans la philosophie de Kant et dans la théologie de Wegscheider ce mouvement critique commencé avec Grotius et Leclerc (1). Le dogme de la théopneustie plénière entraînait dans sa ruine finale la notion même de révé- lation.
EE Rs
GERMES LATENTS ‘ET VOIX NOUVELLES Le rationalisme mit fin à la scolastique ; mais il n’en différait pas-essentiellement. 11 fut et il fit au xrxe siècle ce qu'avait été et ce qu'avait fait le nominalisme au xve. C'est le terme d’un même mouvement dialectique ; c’est encore la scolastique se retournant contre elle-même
(G)E. Kawr, Die Religion innerhalb. d. Grenzen der blossen | Vernunft, 1793. Wecscaziper, Inst. theol., 2e édit. 1817.
et détruisant ses propres cons ructions à | même méthode qui les avait élevées. | | Reimarus, Voltaire ou Tindal, n'avaient pas de la religion une autre idée que Qenstedt où Calov. Pour tous les hommes de cet âge la religion chrétienne était “ une science surnaturelle, un système de doctrines que les uns tenaient pour vraies et les autres pour fausses. : Comme les premiers recouraient pour en expliquer lorigine à l'hypothèse d’une intervention divine; les autres étaient toujours tentés de recourir à celle d’une fourberie cléricale; ils n’y manquaient pas. Ne Avec le triomphe du déisme anglais, l'atmosphère religieuse semble s’éclaircir ; en réalité, elle se refroïdit. Les âmes essaient de s'établir dans la région moyenne du bon sens en philosophie et de l'honnêteté bourgeoise en morale. Sans chaleur et sans idéal la religion pratique se réduit à un art de bien vivre et d'utiliser au mieux les biens de la terre. Tout est affaire de réflexion et de raisonnement. L'inspiration est morte ; les sources profondes de la vie spirituelle semblent taries. La religion naturelle que l’on s'efforce de fonder sur les ruines de toutes les croyances antérieures, manque de sève autant que de poésie. Comme hypothèse philosophique, elle est ‘insuffisante; comme puissance d'éducation et de gouvernement, elle apparaît inefficace et, par conséquent, inutile. Quant à la religion traditionnelle, elle ne paraît plus subsister que par l'effet de l'habitude. Les dogmes et les cérémonies se continuent ; ce ne sont plus que des formes vides. L'arbre tient par ses racines profondes ; mais, sous le vent d'hiver qui passe et le secoue avec violence, il a perdu ses feuilles et ses fleurs ; il ne dresse plus sous un ciel abaissé que le squelette rigide de son tronc et de ses rameaux dénudés et morts.
me assuré la victoire. Mais elles représentaient, en
mieux s'accommoder de la tyrannie des prétendus dogmes de la raison que de celle de l’orthodoxie. On ne vit que
nalisme. Abstrait et métaphysique par essence, ce dernier
n'avait pas plus le sentiment de l’histoire que celui de l'inspiration religieuse ; il n'avait aucune intelligence de.
la diversité des temps, des races et des génies. Tout lui échappait de l’humanité primitive, ses mythes et ses légendes, sa poésie et ses rêves, floraison spontanée où l’âme humaine se révèle, mystérieuse et profonde comme l'âme de l'enfant, en un autre langage que celui de la prose et de la froide raison. Est-il done étonnant qu'il eût aussi perdu l'intelligence des documents bibliques et qu'il s’imaginât qu'après avoir vidé la question de l’autorité surnaturelle et divine du volume sacré, tout était résolu et fini ? Une révolution nouvelle allait s’accomplir, qui devait rendre à l’âme moderne la faculté religieuse qu'elle semblait avoir perdue et à la science de l'histoire la liberté dont elle a besoin pour comprendre et ressus-
citer les états d'esprit d'autrefois (1). | + Les germes qui devaient donner cetté moisson nou- velle étaient dans le sol historique de la Réforme et y | fermentaient en silence. Sous le sable du désert le plus aride, l’eau vive coule toujours, et, jallissant par places, produit des végétations plus où moins heureuses, mais fraîches et neuves, qui attestent la puissance immortelle (4) Il suffit de rappeler lexégèse de PauLus (1761-1851), la dog-
matique de Wecscuminer (1771-1849); en France, l’Origine de tous les cultes de Dupuis, 1795.
at été les auxints du rationalisme religieux et lui avaient
réalité, une puissance indépendante qui ne pouvait pas
e trop bien ce que devint l’exégèse dans la période du ratio-
de la vie: Reis sont be mouv ‘alors sous l'action des disciples de Spener Wesley (2) et des frères Moraves (3). Dans les cercles du piétisme, on ne discutait pas sur les titres extérieurs de | l'Ecriture ; on faisait mieux; l’on se nourrissait de l'ali- e ment spirituel qu'elle offre à l'âme et, si l’on était incapable de résoudre les questions d'origine et d'exégèse, ou de prouver l'autorité formelle du recueil biblique, on faisait È d'autant mieux l'expérience morale de son intime vertu. En fait, il était ainsi démontré que la théologie n’était pas * la religion, ni là correction du dogme, la foi. Il apparaissait clairement que le christianisme était autre chose que . la thèse abstraite de l'autorité surnaturelle du livre, qu'il avait en lui-même de quoi se justifier immédiatement à l'âme, et que la certitude de la foi était tout autre chose que le résultat pénible et toujours incertain … d'une recherche historique ou d'une discussion de philo- | sophie. Ainsi l’on donnait raison à Calvin qui disait que le propre de la certitude chrétienne était d’être tirée de plus haut que de raisons humaines : du témoignage intérieur du Saint-Esprit. Du principe purement formel de la
ous