‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 75 sur 124 · CRISE SUPRÊME · texte numérisé non relu

CRISE SUPRÊME

La crise qui s’'accomplit de 1848 à 1860 dans l'âme de Es Scherer eut «un Si profond retentissement et une s | grande portée, parce qu'elle était l’image et la manifest tion de ce qui couvait obscurément dans presque tous les esprits. Il n’y eut de nouveau, dans les premieres in- quiétudes de sa pensée, que la vigueur de raisonnement et de style avec laquelle il faisait saillir au dehors les contradictions latentes dans la conscience du temps. Si. l'on affecta l'indignation et la surprise, c’est qu'une so. ciété religieuse, plus qu'une autre, supporte malaisément qu'on dévoile son mal intérieur et qu'on lui pré- ù sente au vif sa véritable image. Confession d’une âme pieuse jusqu’à l’extase et sincère jusqu'à l'intransigeance, ; a-critique de Scherer contraignait chacun à regarder en soi ét chacun if retrouvait du plus au moins le même oo entre une théologie surannée et une culture historique nouvelle. Des voix nombreuses répondirent aussitôt à la voix qui retentissait comme celle d'un libérateur; elles révélaient le même état de souffrance inté- | rieure, et la même résolution de «’ ‘affranchir. Ainsi naquit le mouvement spontané d’où sortit la Revue de théo- è logie et de bhilosophie chrétienne de Strasbourg, laquelle + | exerça durant vingt ans en France une action si décisive re Li: sur da pensée religieuse (1). , ; (4) Tout ce qu’il y avait de jeune ét de vigoureux dans le ‘protes-

Une conversion morale profonde, une piété fervente qui lui donnait jusqu'à des visions avaient fait adopter à Scherer, dès le début, le dogme du Réveil sur linspiration totale et l'autorité infaillible de l’Ecriture (1). Une nuance à peine séparait sa pensée sur ce point de la théorie de Gaussen, son collègue de Genève (2). Appelé

tantisme français, tous les disciples de Vinet et de Samuel Vincent, se trouvèrent aussitôt groupés sous la même bannière : SaHERER et Cozan: formaient la tête de colonne. Des séparations se firent plus tard, mais, dès la première heure, s’enrôlèrent avec la même foi dans la réforme théologique proclamée nécessaire : Charles :Secrétan, Trottet, de Pressensé, Ch. Bois, Viguié, Pécaut, Jules Gaufrès, Grotz, Albert Réville, F. Chavannes, Goy, Durand, Busken-Huet. Edouard Verny, Jean Monod, Ver-Huell, Kienlen, E, Fontanès, Théophile Bost, Astié, avec la forte arrière-garde que formaient Edouard Reuss, Michel Nicolas, Kayser, Cunitz. — Qu'il y eut des illusions, de l'obscurité, du vague, dans les premières professions de foi de l’école de Strasbourg, cela est certain; mais un point est clair et ferme, c’est la décision prise de renoncer en théologie à toute autorité extérieure et à faire succéder, dans ce domaine comme dans tous les autres, la méthode d’observation, de critique historique et d'expérience morale à la méthode de déduction et aux fictions abstraites de la dogmatique traditionnelle. Voy. dans le 4°r vol. de la Revue, pages 1 et 9, les articles de T. Coranr, Avant-Propos ; d'En- Monp DE Pressexsé, le Progrès de la doctrine chrétiennne et ses conditions (Juillet 1850).

(1) Voy. O. GréarD, Edmond Scherer, p. 30 à 43.

(2) Au lieu de faire porter le miracle immédiatement sur les écrits, comme Gaussen, Scherer le faisait porter sur les écrivains sacrés et sur leur enseignement dont leurs écrits n'étaient que la suite et l'expression. Mais le résultat était le même en ce qui regarde l’infaillibilité du recueil biblique. Dogmatique de l'Eglise réformée, Prolégomènes, page 31 : « Cette autorité de la Bible ne peut consister que dans l'infaillibilité » ; page 33 : « L'inspiration ou théopneustie doit se définir une action spéciale de Dieu sur les écrivains, en vertu de laquelle l’enseignement de la révélation chrétienne se trouve fixé dans leurs écrits d’une manière parfaitement adéquate » ;

par ses cours de critique biblique et d’exégèse à justifier ce vieux dogme, il le vit eontredit par-tant de faits patents, par tant d'observations matérielles qu’il ne put le retenir plus longtemps, et, comme la franchise de sa parole n'avait d'égale que le désintéressement de sa pensée, il n’hésita pas à confesser aussitôt le changement qui s’était fait en lui et à donner sa démission de professeur à l'Ecole de l’Oratoire de Genève. C'était en l’année 1849. Il avait alors trente-quatre ans (1).

Historiquement, la critique de Scherer n'avait rien découvert ni rien ajouté aux observations accumulées dans le même sens par Richard Simon, Jean Leclere, Lessing, Semler et les théologiens allemands du xixe siècle (2). D'où venait done la portée toute nouvelle que

page #4 : « L'autorité du Canon ne saurait être ébranlée sans que l’autorité de l’Ecriture, fondement de la foi évangélique, en soit également ébranlée. Considérer la détermination du Canon comme une affaire de simple critique et la confier aux discussions de l’école, c’est livrer à l'incertitude ce qui exige la plus haute certitude. Le Canon est affaire de foi, non de science. » ;

(1) Jamais piété plus profonde n’accompagna une critique plus franche. Voici la prière qu'on a trouvée dans ses notes: «O mon Dieu, donne-moi d’être vrai!... vrai surtout quant à toi, quant à ton service... Donne-moi la vérité, afin que je sois tout lumière. Donne-moi la sincérité, afin que cette vérité que je connais, je la manifeste sans voile ni réticence. Que mon cœur soit au-dedans de moi, comme est le cœur de l'enfant qui vient d’être sevré. » GRÉARD, ibid., p. 86. Sonerer, La critique et la foi, 1850.

(2) Que Pon compare son fameux article sur les « Errata du Nouveau Testament » (Revue de théologie, tome IX, page 129) avec les lettres XI et XII des Sentiments de quelques théologiens de Hollande et de la Défense des mêmes Sentiments, par Jean Leclerc, on verra combien cette opération de la critique était déjà ancienne. Tout cela avait été repris et développé en Allemagne et à Strasbourg, mais avait été à peu près oublié dans les Eglises de France et de Suisse, et faisait l’effet de foudroyantes découvertes.

créé par le Réveil, tie l'sion nue Per de nouveau par la foi, mais aussi du caractère dogmatique 6 que prenait cette critique dès le premier jour. Elle ten- de . daif moins à réformer des connaissances historiques inexactes, qu'à déplacer la base même du christianisme. C'était un dernier procès fait à la foi d'autorité ; c'était e. tout le vieil édifice traditionnel dont Scherer sapait les fondements et sous les ruines duquel il devait rester end 1508 comme Samson, renversant les colonnes du temple de lidole des Philistins, mourut de son effort, écrasé par les débris.

= De ce dénouement, on n’a cessé de faire un Éépouvantail. Ceux qui cultivent la théologie de la peur en ont tiré une condamnation de la critique elle-même. La eri-

| tique n'est pas plus un instrument de perte qu’un moyen de salut. Son unique fin c’est la vérité. La proscrire, cest se condamner de propos délibéré au mensonge.

. L’attitude radicalement négative prise par Scherer à l'égard de la foi traditionnelle, engage autant la responsabilité de. ceux qui la défendaient que la sienne. |

La conquête de la vérité, comme toute conquête, im—

plique de rudes batailles et toute bataille fait des victimes,

qu'il faut savoir honorer quand elles se sont dévouées absolument à une juste cause. Y a-t-il rien de plus saint ici-bas que l'amour de la vérité ? Loin d’être hostiles,

: amour de la vérité et l'amour de Dieu s'identifient dans | les âmes héroïquement sincères, qui ne voudraient ni

ne pourraient jouir de la communion de Dieu au prix d'illusions reconnues et conservées par un calcul d’égoïsme. En aimant jusqu’à la fin la vérité plus que tout au monde, en lui sacrifiant son repos et en lui consa-

avait pas cet re , MAIS nous. vie. qu'il fut a fidèle à ses origines, à sa mission ici-bas et à l'esprit du Christ, que nombre de chrétiens qui ne surent Lui ré pondre qu'en l’excommuniant.

"'NERS crise aurait été moins aiguë et la réaction moins ‘violente, si le dogme avait été moins rigide. Plus le Réveil avait concentré le: christianisme tout entier dans le dogme ee de l'Ecriture, plus la vérité chrétienne parut péricliter quand le dogme s ‘écroula. Rien n’est plus facile à com- … prendre.Une autorité extérieure qui veut être crue sur pa- role et sur son titre, doit apparaître impeccable. La pre- mière erreur dûment constatée lui fait perdre le privilège de l'infaillibilité et impose à la raison éveillée le devoir d’en soumettre toutes les assertions à un loyal examen. Plus om tient ces assertions pour nécessaires à la vie morale et au salut de l'âme, plus i impérieuse devient l'obligation = de les vérifier une à une. À Ja méthode d'autorité sue- | | cède ainsi nécessairement Ia méthode d'observation et? d'expérience, Ce n’est plus un dogme particulier dont on Fe cornge l'exces. C'est une révolution radicale qui s'accom- # phit. 4e A ds | M: > Avec C6 et de méthode, non seulement les résultats changent de nature, mais la qualité de la foi devient autre. C'est chose bien différente de croire qu'une doctrine est vraie parce. qu'elle est. dans la Bible, ou de dire qu’elle est dans la Bible parce qu'elle est vraie. Dans __ le premier eas, c'est l'autorité extérieure et surnaturelle dela Bible qui seule décide de la vérité ; dans le second, c’est la conscience et la raison chrétiennes qui restent le tribunal suprême. Dans le premier cas, le chrétien ab- dique l'autonomie de sa pensée ; il juge des choses reli-

gieuses d'après autrui ; dans le second, il en juge par lui-même. D'un côté, il est en tutelle sous une lettre qui, pour lui, est une loi ; de l'autre, il est dans la liberté royale d’un enfant de Dieu, guidé et soutenu par le Saint- Esprit.

Sous le régime de l’autorité extérieure un intermédiaire obligé subsiste toujours entre la vérité et lui, et c’est un reste de catholicisme ; sous le régime de l’Esprit, le contact est immédiat entre la conscience et la vérité, et c’est le retour au premier et au vrai principe de la Réforme.

Le mérite et la gloire de Scherer, c’est d’avoir compris, dès les premiers jours, la portée de la crise qui s’accomplissait et de l'avoir expliquée comme une nouvelle lutte entre le principe catholique et le principe protestant. On ne saurait lui être trop reconnaissant d'avoir vivifié de nouveau ce dernier dans les Eglises réformées, en montrant avec une logique inexorable que le protestantisme devient un catholicisme chétif, superstitieux et rabougri, qu'il perd tout sel intérieur et toute raison d’être, s'il ne s'achève lui-même en transférant l'autorité religieuse du dehors au dedans, et s’il ne se transforme pas en s’élevant enfin de la religion d'autorité à la religion de l'Es-

prit (4).

(2) E. Scnerer : Lire, dans leur suite (Rev. de Strasbourg, 1" série}, les grands articles : L'autorité en matière de foi; La crise de la foi; Joseph de Maistre; Le principe du catholicisme; Ce qu'est la Bible; Les illusions de l'orthodoxie ; Conversations théologiques, et aussi : Lettres à mon curé (1854); en général, le recueil intitulé: Mélanges de critique religieuse, 1860.

Le fameux article sur le Péché (1853) marque le moment critique du développement religieux de Scherer. Il cède de plus en plus à la dialectique. L'hégélianisme prend dans son esprit la place laissée vide par l’ancienne théologie. Dès le principe, il avait trop subor-

L'AUTOKITÉ DE LA BIBLE AU XIX® SIÈCLE it 361

Rien n’est propre à faire ressortir, encore aujourd'hui, la puissance de la critique-de Scherer autant que la lecture des réponses qu'on essaya d'y faire (1). Ce fut un désarroi universel. Les défenseurs du vieux système se réfutaient les uns les autres et s’annulaient, pour ainsi dire, par la diversité contradictoire de leurs arguments. Aïnsi, Jalaguier, le plus sage d’entre eux, désavouait les exagérations insoutenables des théopneustes absolus; il revenait, pour son propre compte, à la pauvre argumentation des Arminiens et des Sociniens ; il s'efforçait de fonder l'autorité divine du Nouveau Testament sur la réalité des miracles et cette réalité sur l'authenticité des

donné la vie à l’idée, et le principe matériel du christianisme au principe formel de la connaissance. La pensée sans la vie est comme un sac qui, vide de tout contenu, s'affaisse. La logique de Fidée chez Scherer finit par tout dévorer, la morale après la religion. Ce dialecticien implacable s'appelait « Montaigu ». Mais il y avait en Scherer un autre homme, un être plus intime, bon, affectueux, d’une sensibilité religieuse exquise, qui priait, alors même qu'il ne savait plus où allait sa prière, et qui, jusqu’à la fin, a protesté contre « Montaigu » et ses conclusions (V. un des derniers articles sur La crise de la morale.)

Il me semble que les soupirs étouffés de ces grands esprits, qui ont été les martyrs douloureux de leur sincérité, sont encore des prières qui montent le plus droit au Dieu de vérité.

44) Il serait difficile et inutile de donner une bibliographie complète de cette controverse. Disons seulement que les adversaires de la nouvelle théologie se classent en trois groupes, dont il suffira de nommer les principaux représentants (Voy. Ed. Rapaup, Hist. de Ja doctr. de l'inspiration des S. Ecrit., p. 237 et s., 1880.,):

40 Les Théopneustes absolus : Mere D’AUBIGNÉ, L'autorité des Ecrit. inspirées de Dieu. Trois discours, 1850. J. H. DarBy, Lettre sur la divine inspiration des S. Ecrit., 4850. Dex Gasparin, La Bible ; les Ecoles du doute et l'Ecole de la foi, essai sur l'autorité en matière religieuse, 1850, C. Maraw, De la Bible, etc., 1850.

20 Les théopneustes modérés: L. Bonner, La Parole et la Foi, deux

e ue Mo d'autre ae ï est rie à r ee prit chrétien de juger de la doctrine par les miracles, au lieu de juger des miracles d’après la doctrine ; ne combien une telle démonstration historique, faite à cette

distance et, dans cette obscurité, n'arrivant jamais qu'à “ une plus où moins grande probabilité, ne saurait satis= “ faire à l’exigence de toute foi vraiment religieuse quine

peut trouver le repos que dans une certitude absolue. u M. de Gasparin entrait à son tour dans l'arène et, proclamant hautement l'inanité d'une méthode qui suspend la vérité de la foi chrétienne aux incertitudes d’une démons-

tration historique, humaine, n’estimait valable qu’un seul argument : Jésus-Christ à cité les livres de l'Ancien Testament comme infaillibles, done l'Ancien et le Nouveau le sont également. A

D'abord il n est pas vrai qu'il ait cité ae ces livres et. les ait ainsi tous CONSaCrÉs ; surtout il n’est pas vrai qu'il

lettres à M. E. Scnerer, 1854. P. JaLaGurer, Le témoignage de Dieu, base de la foi chrét.; Inspiration du N. T. ; Authenticité du N. T., 1851. Du principe chrétien et du catholicisme; Du rationalisme et du protestantisme, 1853. A côté de Jalaguier et défendant le dogme de la même manière, essentiellement rationaliste, se placent: Cnenevière, De la divine autorité des écrivains et des livres du N.T., 1850. Muxxer, Cinq conférences sur la lecture de PES Sainte, 3° Enfin le tiers-parti, devenu légion depuis lors, représenté par ASTré presque seul : M. Scherer; ses disciples: et ses adversaires, par quelqu'un qui n'est ni l'un ni l'autre. — Scherer suivait avec attention cette controverse dans les premiers volumes de la Revue de Strasbourg et répondait à tout et à tous avec une mordante préci- | sion, !

“colle de la loi de Moïse. ro du Christ | prouve Je. ne contraire de ce qu'on voudrait en déduire. cs Un tiers-parti se présentait, qui, ne pouvant fermer les fe yeux à l évidence, accordait les faits matériellement con- 7 : statés par l'exégèse et par la critique, mais en restreignait D arbitrairement la portée. Ne pouvant maintenir à l’'infail- hbilité de la Bible son caractère absolu, sans lequel elle n'existe pas, ne voulant pas non plus rompre avec le. dogme de l'autorité, ces théologiens conservaient on ne ‘sait quelle infailibilité limitée et indécise, une infaillibilité faillible, dont il est impossible de donner aucune

définition. C’est la souveraineté de l’Ecriture maintenue sous bénéfice d'inventaire. Pour sentir le caractère sin- gulier de cette position, devenue celle de ce que Von a appelé « lorthodoxie moderne » ou « l’orthodoxie mitigée », qu'on se représente l'attitude d’un catholique très pieux, professant l’infaillibilité du pape à la condition d’en examiner et d’en contrôler les décisions (1).

En Angleterre la crise se développait dans le même temps avec une intensité plus grande encore. Dès les premières années du siècle, des écrivains de talent avaient commencé, parallèlement à la propagande du Réveil, de révéler à la pensée anglaise la critique de Lessing, la philosophie de Kant, la pensée libre et pieuse de Herder

-() E. Douwercur, L'autorité en matière de foi et la Nouvelle Ecole, 1892. H. Bois, De la connaissance religieuse, 1894, p. 289.

et de Schleiermacher. Le torrent du romantisme roulait dans ses flots troubles les éléments les plus contraires, depuis le mysticisme sacramentel du puséysme d'Oxford jusqu'aux inquiétudes d’âme de Coleridge et aux hardiesses de Francis Newmann et de beaucoup d’autres esprits éveillés au doute (1). La crise éclata, la séparation se fit, et une situation toute nouvelle apparut vers 1860. La publication du célèbre volume Essays and Reviews suivie de celle du livre de l’évêque Colenso sur le Pentateuque, troubla l'Angleterre presque autant que la Vie de Jésus de Strauss avait remué l'Allemagne vingt-cinq ans auparavant (2).

Ce n'était pourtant pas la valeur, en somme assez ordinaire, de ces deux ouvrages qui peut expliquer le bruit qu'ils firent et l’action qu'ils exercèrent. Leur importance historique tient plutôt au milieu d’où ils sortaient. L'un était en grande partie l'œuvre d’un groupe de professeurs de cette université d'Oxford, devenue le centre et le quartier général du mouvement puséyste; l’autre était signé du nom d’un dignitaire de l’église anglicane, missionnaire au sud de l'Afrique. La théologie critique avec sa méthode

(A) S. T. Coreripcr, Confessions of an inquiring spirit, 1840. F. Newmanx, Phases of faith, 1850. The soul, its sorrows and aspirations, 3° édit , 1852. Theism doctrinal and practical, 1858.

(2) Les auteurs des Essays and Reviews étaient Tewpzr, sur l’éducation progressive de l'humanité; Wizuiaws, sur les recherches bibliques de Bunsen; Banex Power, L'étude de l'évidence du Christianisme ; H. B. Wirson, Séances historiques de Genève; C. W. GoopwiIN, On the Mosaic cosmogony; Mark Parnison, Tendances de la pensée religieuse en Angleterre; B. Jower, De l'interprétation de l'Ecriture.

I. W. Cozexso, The Pentateuch and book of Joshua critically examined, 1862.

dissolvante entrait avec éclat dans l'Eglise établie. Pourrait-on l'en chasser et l'empêcher de faire son œuvre ? (1)

Le point brûlant de la controverse était toujours le même : l'autorité des Ecritures, sur laquelle reposait toute la piété anglaise, s’écroulait sous les constatations matérielles de l'histoire. En vain, pour rassurer les consciences émues, faisait-on remarquer que ces critiques ne portaient que sur des détails extérieurs, sans conséquence morale. Le bon sens anglais comprenait très bien qu'il s'agissait encore d'autre chose; que, dans ces discussions d'exégèse, la question de l'autorité religieuse tout entière était engagée; qu'on ne pourrait plus lire la Bible comme autrefois; qu'une, seule de ses affirmations reconnue fausse ou surannée obligeait en conscience d'examiner toutes les autres; que la foi ne pouvait plus être soumission de l'esprit, mais au contraire exigeait l'activité de la pensée et la liberté du jugement autant que l'humilité du cœur et l’obéissance de la volonté. Depuis lors, én effet, la révolution ne s’est pas plus arrêtée en Angleterre qu'ailleurs. Elle a passé l'Océan. Elle progresse dans toutes les Eglises d'Amérique, quels que soient leur constitution et leur symbole, s'imposant paout même à ceux qui la combattent, car on ne peut plus la combattre qu'avec les armes mêmes qui la font triompher.

En Allemagne cependant, la lutte se poursuivait sur une échelle plus large. Il n’est que plus instructif de voir la même expérience se faire dans des conditions différentes, se vérifier et se confirmer en se répétant.

(1) Pour montrer l'intensité de ce mouvement d’émancipation de la pensée religieuse anglaise, il suffira de rappeler les noms du doyen Srancey, du prédicateur F. Rogerison, de S. Davipson, Ropgerson Suitx, Harc, CHEYNE, J. E. CARPENTER, etc.

combattu, il était éliminé (1).

Symptôme plus grave : la base de la. dogmatique avait ï été déplacée. Depuis Schleiermacher, elle n’est plus dans l'autorité infaillible du texte de l’Ecriture, comme au xvir siècle; elle est dans l'expérience de la foi, laquelle

bien das F. ue une science po histo- .

rique, un chapitre d'histoire littéraire où le dogme de la: 7 théopneustie ne trouvait plus aucune place. Il n'était Er

repose en définitive sur elle-même et doit se suffire et se

. recommander par sa seule évidence morale et sa propre | efficacité. Strauss racontait, en 1841, l'histoire du dogme

. de la théopneustie et, par cette one même, en expli-

quait la dissolution et en enregistrait le décès (2). Les

théologiens évangéliques qui ne voulaient pas le suivre jusqu’ au bout n’en devaient pas moins, pour le réfuter,

Ke DS

pratiquer une méthode historique et critique de plus en plus sévère, et, par là, propageaient le fléau par les ten- 3

datives mêmes qu'ils faisaient de le conjurer (3).

(1) Le titre du livre de Ricarp Sinon « Histoire critique du Vieux À

Testament » était devenu le programme même dela science biblique allemande et se trouvait réalisé avec une érudition aussi abondante que précise dans les ouvrages d'Enouarn Reuss, Geschichte der heil.

Schriften d. N. Test., 4re édit., 1842; 5° édit. 1874, et Gesch. der

heil. Schriften d. Alt. T., 4881.

(3) Twesren, Vorlesungen über die Dogmatik derev.-luth. Kirche, 4e éd. 1838. K. I. Nrrzson, System der christl. Lehre, 6° éd. 4851.

4; P LANGE, Christliche Dogmatik, 2° éd. 4870. D. SGHENKEL, Die

(2) D. Srrauss, Die christl' Glaubenslehre, 1840-41; 4er Le tu 7S-

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Instructive surtout est l'histoire de l'erthodoxie luthérienne, que le réveil piétiste et romantique avait d’abord galvanisée. : 3

Voulant restaurer avant tout un système d'autorité, elle cherche à tàtons un principe où elle puisse l’appuyer. Elle s'attache tantôt aux confessions de foi et aux instituüons de l'Eglise, tantôt à l’Ecriture, sans pouvoir dire à qui revient en définitive l’hégémonie. Deux tendances en particulier se font jour, l’une avec l'Université de Rostock pour forteresse, l’autre avec celle d'Erlangen pour foyer; deux théologies qui se combattent et se détruisent l’une Jautre.

Dans le nord de l'Allemagne, c’est le point de vue disciplinaire et politique qui l'emporte. La réaction est menée par des hommes qui font de la théologie en jurisconsultes et traitent le droit en théologiens. Au fond, les avocats de l'autorité m'ont qu'un seul argument : c'est le besoin égal que l'Etat et l'Eglise en ont, pour se maintenir. Il ne s’agit plus de savoir si les confessions de foi ou la Bible sont infaillibles, mais si elles doivent l'être. Pendant ce temps, Hengstenberg, pour sauver la lettre biblique, achevait de la compromettre par les expédients étranges que son imagination ingénieuse et son érudition variée ne cessaient de lui fournir. D'autres, comme Stahl ou Kliefoth, trouvaient plus simple de soumettre l'interprétation de FEcriture à l'autorité des confessions de foi du xvre siècle et à celle des corps ecclésiastiques constitués. Sous pré-

christl. Dogmatik, 1858-59. I. A. Dorxer, Entwickelungsgeschichte d. Lehre von d. Person Christi, 4839 et 1856; System der christl. Glaubenslehre, 2° éd. 1886-88. Naturellement le dogme de l’autorité infaillible de la dettre biblique est encore plus abandonné dans l'Ecole d'A. Ritschl, qui a succédé à celle de « la conciliation théologique » (Vermiltelungstheologie).

texte de sauvegarder l'œuvre de la Réforme, on en arri- vait ainsi à en renier le principe et à restaurer le principe contraire du catholicisme, à savoir la subordination de la Bible à la tradition officielle de l'Eglise (1).

Dans le sud de l'Allemagne, à Erlangen, au contraire, on cherchait, dans le culte sincère de la science théologique, le moyen de ramener dans l'Eglise la foi et la vie. On mettait la révélation biblique au-dessus de tout. Mais le principe protestant, ainsi maintenu et appliqué avec conscience, produisait une fois de plus ses conséquences inévitables.

En voulant corriger ou perfectionner les anciens dogmes au nom de l'Ecriture, on les altérait gravement et lon tombait fatalement sous les accusations d’hérésie. Thomasius, par exemple, renversait de fond en comble la christologie de Nicée et de Constantinople, par sa théorie de la Kénôse, d'après laquelle le Verbe divin, en s’incarnant, s'était dépouillé réellement de ses attributs métaphysiques et Comme anéanti (2). Hofmann, de la même manière, ruinait la théorie de saint Anselme sur la Rédemption pour la remplacer par une conception plus profonde et plus biblique (3). Tous faisaient des conces-

(4) E. W. Hexcsrexgerc, Evang. Kirchenzeitung, fondée en 1827. Christologie d. Alt. Test., 2e éd. 1854-57. F.J. Sranz, Die Kirchenverfassung nach Lehre und Recht der Protestanten, 2° éd. 1862; Ueber Kirchenzucht, 1845. Virmar, Die Theologie d. Thatsachen wider die Theologie der Rhetorik, 1854, T. G. Kiierorm, Acht Bücher von d. Kirche, 1854. F. A. Pnizrert, Kirchl. Glaubenslehre, 6 vol., 1853 79.

(2) G. Tuowasius, Christi Person u. Werk, 3 vol., 3° éd. 1886-88.

(3) Gu. von Horuaxx, Weissagung u. Erfüllung, 1841-44; Schriftbeweis, 2e éd. 1857-60; Die heil. Schrift d. N. T. zusammenhaengend untersucht, 11 vol., 1862-86: Schutzschriften für eine neue weise alte Wahrheit zu lehren, 1856-59.

n'avait nor sn comme le Benjar amin du een S me, passait un beau jour dans le camp dela théologie indépendante (1). Et tout récemmentencore, le vieux Delitzsch,

après avoir combattu quarante ans pour les idées tradis "es

tionnelles sur J'Ancien Testament, s’'inclinait devant des

| ee critique de Wellhausen et lui rendait ses armes brisées (2). F'faut surtout relever ici la notion toute subjective de «la Parole de Dieu » à laquelle à fini par aboutir Frank, le dogmaticien le plus rigoureux de l’école d'Erlangen. Ce n'est plus d'une autorité extérieure, d’une lettre infaillible et divine que le croyant tire la certitude de sa foi, mais de lexpérience chrétienne elle-même. L'ancienne doctrine de la théopneustie paraît à Frank un avortement de la pensée protestante. La Parole de Dieu, c’est une parole d'homme avec toutes ses infirmités, ses ignorances et ses erreurs, mais que l'esprit du Christ pénètre et anime de sa puissance de vie et de salut. Aussi la Parole de Dieu n'est-elle pas enfermée dans les limites du Canon ecclé- siastique et, dans ces limites, ne se trouve-t-elle pas également pure ou également discernable. Ce ne sont pas les. écrits, mais les écrivains qui sont inspirés, et ils le sont dans la mesure de leur foi. Entre leur inspiration et celle des chrétiens venus après eux, il peut y avoir une différence de degré; il n’y a pas une différence d'espèce. Sommes-nous bien loin de la thèse biblique de Scherer ou de celle de Schleiermacher ? (3)

(EDGE F. Kaunis, Die luther. Dogmatik historisch-genetisch dar- … gestellt, 2 vol., 2° éd. 4874-15.

. (2) Franz Deurzscu, Neuer Kommentar über die Genesis, 1887. (3) FRANx, System der christl. Gewissheit, 2 vol., 2 édit 1884 : 24

A1 ne pouvait prévaloir ns È 0 sur le principe et la méthode: historique.

| mêmes qui voulaient arrêter le courant se trouvaient tôt | ou tard emportés par lui. La révolution qui s accomplis sait était bien différente de celle du xvre siècle. Voltaire et ses disciples n'avaient pas plus le sens de l’histoire que celui de la religion. C'est d’une double piété, au con- traire, que s'inspire la critique nouvelle. La prière accom- pagne la discussion des textes. Quelle vie plus intérieurement consacrée à la vérité que celle d'un de Wette, d'un Baur, d’un Kuenen, d'un Reuss et de tant d'autres bénédictins protestants de notre âge, dont le labeur infatigable et pur de tout mobile inférieur s'élève comme un hymne magnifique au Dieu de vérité? L'Eglise peut ne pas avoir grand souci des attaques qui viennent du de-

= hors et de la part d’adversaires qui, n'ayant pas même

en eux le germe de la foi religieuse, ne sauraient comprendre le dogme qui en est sorti. Il doit en être tout autrement quand la critique vient du dedans et que l’esprit chrétien lui-même proteste chez les meilleurs contre des formes ou des idées qu'il ne peut plus supporter. La réforme devient alors bise, si l'on veut éviter une catastrophe.

C'est l'un des plus pieux parmi les Ra ou allemands, Richard Rothe, qui se chargea de tirer les conclusions de cette longue histoire et de rédiger contre l'ancien dogme théopneustique la sentence définitive. Autant il maintenait énergiquement sa foi au caractère surnaturel de la révélation biblique, autant il en use librement avec le texte et les livres du recueil lui-même et leur rend leur

System der christl, Wahrheit, 2 vol., 1878-81 ; System der christ]. Sittlichkeit, 2 vol., 1884-87. 5

P substituant à l'activité et ? à fr respon-.

ilité ‘intellectuelle des écrivains sacrés, une infaillibi= ité d’oracle communiquée à la lettre de FEeriture et à transformant celle-ci en un code doctrinal que:le penseur 4 chrétien n’a plus qu'à ouvrir, une collection faite et L scellée par Dieu même pour séparer son œuvre de celle | des hommes, étaient pour lui des fictions abstraites et de vaines superstitions. Aussi bien, ajoutait-il, l’ancien dogme n'est pas à réformer en partie ; il doit être abandonné è dans son entier. Espérer l’améliorer en l'atténuant, c'est rester empêtré dans d'intolérables contradictions. Éa sin- cérité nous en fait un devoir et la logique, une nécessité. BCE n'y a plus de milieu entre le régime de la lettre et celui de l'Esprit. Comme autrefois, au temps de saint Paul, entre la Loi et l'Evangile, entre l'esprit de servi- tude et l'esprit de liberté, il faut choisir (1).

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