‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 8 sur 124 · DE L'AUTORITÉ EN MATIÈRE DE RELIGION · texte numérisé non relu

DE L'AUTORITÉ EN MATIÈRE DE RELIGION

Cette théorie de la genèse naturelle et de la fonction sociale de l’autorité sera facilement admise pour le cours ordinaire des choses humaines en général. Mais s'agit-il de la religion, on s'arrête, on proteste. On postule pour elle une autorité d’une autre espèce et d’une autre origine, sans laquelle, dit-on, la religion ne se peut maintenir. Les diverses orthodoxies religieuses différent sur la forme, sur le siège de lautorité : les unes la mettent dans la Bible, les autres dans l'Eglise ; mais elles s’accordent sur sa nature.

Toutes réclament, pour l'autorité qu’elles ont constituée | dans leur sein, le caractère d’une autorité divine. Surnaturelle par son institution, elle sera infaillible dans son enseignement et dans ses décrets. Ce dogme devient le fondement et la garantie de tous les autres. La méthode d'autorité se relève, et la religion, à l’abri de tous les orages, reste immobile au milieu de la mobilité universelle.

Ainsi du moins se trouve nettement circonscrite et définie la question qui fait l’objet de notre étude. Il ne s’agit pas d’une de ces autorités naturelles, historiques et humaines qui naissent de la force même des choses et se modifient suivant l’évolution de la raison et de la conscience, dont elles acceptent où subissent le contrôle. Que dans les sociétés religieuses et particulièrement dans l'Eglise chrétienne se soient organisées des autorités de cet ordre pour exercer là même fonction tutélaire et pé- dagogique, répondre aux mêmes besoins et tendre à la même fin, à l'autonomie spirituelle des croyants, rien n'est plus naturel ni plus facile à concevoir et à justifier.

Qui done à ce pot de vue voudrait nier l’action del’Eglise et de la Bible ? Sans doute, il faut ici faire des réserves; rien de ce qui se passe dans l’histoire n’est parfait ; l'ombre et la lumière s’y mêlent et s’y combattent toujours. Lafamille ellemême, qui est la plus douce et la plus sainte des institutions, à pu être un instrument de tyrannie. Mais, à tout prendre et en fait, où trouverez-vous une plus haute et plus universelle école de respect et de vertu que l'Eglise, un moyen de réconfort et de consolation plus efficace que la communion des frères, un abri tutélaire plus sûr pour les âmes encore mineures? Et quel rôle historique comparable-à celui de PEglise dans Fhistoire de la civilisation européenne? D'autre part, que dironsnous de la Bible qui ne soit au-dessous de la réalité!

mière et norme classique de la vie religieuse qui se mani- À

terre. 19 ne Le christianisme ne e peut se réaliser ni se propager 0 l'Eglise; l'Eglise ne peut vivre sans la Bible, source pre- +

feste dans l’Eglise elle- même. ï 4 4 = Ce sont là des puissances de fait, ee autorités Re ce à | ques, qui, dans leur ordre, ne sont pas nées autrement, ne se maintiennent pas ou n’agissent pas d’une autre ma- 4 nière que les institutions politiques ou pédagogiques dans l'ordre civil et la culture générale. | %e Mais de même qu’autrefois, pour mieux défendre re à = pouvoir des monarques, une école politique, ne se con- = tentant pas de reconnaitre leur droit naturel, prétendit ; revêtir leur pouvoir d’un droit surnaturel et divin, de. ÿ même la dogmatique des anciens docteurs a arraché se l'Eglise et la Bible à l’histoire, méconnu leur caractère : relatif et conditionné, et elle les a érigées en autorités : immédiatement divines et en oracles infaillibles. Dès lors, l'Eglise ou la Bible n’ont plus été seulement les institu- trices qui aident l'enfant à découvrir lui-même la vérité et à la posséder ensuite en lui, elles ont été la forme et la. matière de la vérité même. De moyens naturellement disposés pour mener à la foi, elles sont devenues les premiers objets de la foi. Le premier et souvent Funique article du credo de plus d'un chrétien, c’est de croire à l'Eglise ou de croire à la Bible. En toute rigueur, cela dispense des autres, puisque les autres sont contenus dans celui-là et en dépendent. |

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