CE QUE LA BIBLE
il moins prophète? Jésus l’a proclamé le plus grand de
tous. D'un Amos, d'un Æsaïe, nous ne connaissons rien
que leur prédication. Quand «elle remue nos consciences,
y découvrons-nous moins sûrement la présence du Saint-
Esprit ? ï
Au point de vue historique et littéraire, la Bible ne saurait représenter que ce que l’on nomme ailleurs une grande littérature classique. L’Ancien Testament est la littérature classique du judaïsme, le Nouveau est la littérature classique du christianisme. De même qu'une littérature de ce genre est l'expression accomplie du génie d'une nation, de même la Bible est la double et puissante expression de l'esprit d'Israël et de celui du christianisme naissant. Est-il besoin d’une autre raison pour expliquer le charme qui s'en dégage et l’action irrésistible qu'elle exerce? La piété ne demande pas
autre chose que la nourriture substantielle qu'elle y
trouve. Îl est vrai qu'une littérature classique n’est que relativement parfaite, et qu'étant une création humaine elle participe au sort ‘et à la ‘condition des choses humaines. Elle vieillit inévitablement et toujours davantage. En vieillissant, elle devient par bien des côtés étrangère à la conscience des générations venues longtemps après elle. Un désaccord se produit qui n'exclut pas la vénération, mais empêche l’asservissement. Il faut faire la part du temps et du milieu. Une adaptation devient nécessaire. Voilà ce que nous apprend la réflexion critique; voilà ce que fait instinctivement la piété. Aucun chrétien, quelque conservateur qu’il s'imagine être, ne lit aujourd'hui la Bible sans en prendre et sans en laisser, sans faire subir au vieux texte une sorte de traduction plus ou moins profonde, sans laquelle ce vieux texte lui deviendrait bientôt mutilisable.
moins, dans Ja vie de Eglises, des familles et de He | dus, une double et essentielle fonction. Elle n’est plus un code, mais elle reste un témoignage; elle n'est plus ‘une loi, mais elle est un moyen de grâce. Elle ne dicte pas les formules scientifiques de la foi; mais elle reste la ‘ | source historique de la connaissance chrétienne. ,
1 onction de la Bible en tant que document historique. La religion de l'Evangile a eu sa préface et sa Ris dans la vie religieuse et morale d'Israël, sans laquelle l'Evangile ne saurait être bien compris. Interrogé avec discernement par la critique et l’exégèse, l'Ancien Testament témoigne de cette préparation historique, permet d'en saisir la vraie nature et le prog HÉSETS sert d'introduction indispensable au Nouveau. La forme “ de l'expérience religieuse faite dans l'âme des prophètes hébreux détermine celle de l'expérience religieuse qui s’est faite et achevée dans l'âme du Christ et de ses pre- miers disciples.
Le Nouveau Testament est l'expression authentique et sincère du christianisme au moment de son éclosion. Il nous permet d'atteindre sûrement et de dégager l'essence de l'Evangile et de le saisir, par conséquent, dans sa . vérité première. Cest le premier anneau, si l’on veut, de la tradition chrétienne, mais parce qu'il est le premier, cet anneau commande tous les autres. Aucune Eglise particulière ne pourrait renoncer à la Bible ainsi comprise, sans rompre sa communion avec la source première de sa vie. Ce témoin dévient done un Juge ; car il permet de juger de la valeur de toutes les formes subsé-
disme. aa En vain PEslise de hou ou on exemple, que le culte de la Vierge et des saints, Ja ui fession auriculaire, le sacrifice de la messe, la suprématie de Pierre, sont des choses de foi essentielles au chris= tianisme et nécessaires au salut du moment qu’elles sont ou inconnues ou or dans ce premier âge, ae dogmatique catholique reste en l'air et sans base, à ‘ moins qu'on ne soutienne que les apôtres et le Christ lui. même n'aient pas prêché l'Evangile du salut tout entier et soient considérés comme restés hors du christianisme lui-même. ‘ ; ; Ce même document historique. ne nous garde pas moins contre les illusions et les rêves de l'inspiration in : dividuelle. Séparée de l’histoire, celle-ci se perd dans les È |
champs illimités de la fantaisie. Elle n’a plus ni boussole. ni gouvernail. En vain les mystagogues et les illuminés en appellent au témoignage intérieur de l'Esprit. L'esprit chrétien ne saurait être que l'esprit du Christ. Le témoi- gnage de l'Esprit n'est rien d'autre psychologiquement que la certitude de l'Evangile cru et expérimenté dans le cœur. Or, l'Evangile nous vient par tradition historique. Nous ne l’inventons pas, il nous a été préché, c’est-à-dire donné. L'inspiration chrétienne sans doute ne cesse d'en tirer des développements indéfinis d'action et de pensée, | mais sans jamais rompre la continuité historique qui là rattache à son origine.
90 Fonction de la Bible en tant que moyen de grâce. Elle ne nous fait pas seulement “connaître historiquement l'expérience religieuse faite dans l'âme du Christ et
: Elle ne, montre pas et k vie, te la propage . 4 : n’est qu'une prédication et une prédication humaine de l'Evangile; mais comme elle date d’une époque d'inspiration créatrice, de foi. naïve: eb populaire, de ferveur Gi brülante, c'est tout ensemble la prédication. la plus Sim ple et la plus sublime, la plus pauvre de formes et la 1 plus efficace par là puissance. Le Saint-Esprit y cireule et en anime les pages les plus humbles. La « parole de . Dieu », j'entends celle qui réveille et apaise la conscience, qui pardonne: et qui sanctifie, quireprend et qui console, y retentit avec un accent que l'oreille du cœur
pieux ne perçoit nulle autre part. La piété y revient tou- __ jours et ne s’en: lasse jamais. Le protestantisme est donc assez justifié, après avoir renoncé à la vaine entreprise : É de faire de la Bible un oracle infaillible, de lui conserver la place d'honneur qu'elle a prise depuis le xvr siècle et que rien ne lui ravira. Comme la dit l'homme qui a ‘ peut-être le plus vigoureusement combattu l'autorité et … l'inspiration de la lettre, Edmond Scherer, « la Bible res
ne tera le livre puissant, le: livre merveilleux, le livre par excellence. Elle restera la lumière des esprits et le pain
des âmes. Ni les superstitions des uns, ni les négations
__irréligieuses des autres n’ont pu: lui nuire. S'il est quel-
que chose de certain au monde, c'est que les destinées
de la Bible sont liées aux destinées. de. la sainteté sur la terre » A.
(1) E. Seneren, Ce que c'est que ie En Rev. de théol, de Strasbourg, tome 1x, page 377.