‹ Les religions d'autorité et la religion de l'esprit;Chapitre 82 sur 124 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il a suffi de raconter l’orageuse et longue élaboration du dogme eatholique et du dogme protestant de l'autorité pour les voir se dissoudre sous la triple protestation de l’histoire, de la raison et de la conscience chrétienne. Le premier repose sur une fiction politique, le second sur une fiction littéraire. L'un et l’autre sont le fruit d’un besoin d'autorité exagéré et mal entendu et d’une logique formelle et abstraite, déduisant d'un postulat & priori, non ce qui est, mais ce qui devrait être. Un argument diplomatique et utilitaire est à la base de tous ces systèmes d'autorité. On déclare le tribunal infaïllible, non parce qu'il l’est en effet, mais parce qu'on à besoin qu'il le soit. On n'observe pas ce qu'est l'Eglise en son histoire concrète et réelle; on-ne la voit pas mêlée de bien et de mal, tantôt fervente et héroïque, tantôt ambitieuse et cédant aux plus grossières superstitions, amalgamant toujours dans sa foi, dans ses catéchismes et dans son culte l'Evangile du Christ et les conceptions changeantes des siècles qu’elle traverse; on la tire hors de ces conditions inéluctables de toute institution humaïne; on en fait une abstraction pure, uneentité métaphysique qu'on diviniseetdont ow se sert ensuite comme d’un formidable instrument de tyrannie religieuse. De même pour la Bible. On n'étudie pas ce qu'est la Bible en réalité; on ne considère pas les phénomènes extrêmement divers qu’elle présente, les idées ou les coutumes qui sont mortes et surannées, la diversité concrète des livres et des inspirations qui sy rencontrent; on l’identifie immédiatement avec la révé-

l'excès de la violence avec laquelle on l’impose.

Cependant, entre le catholicisme et le protestantisme, |

il y a cette différence que l’un a réussi dans son entreprise et que l’autre a échoué. Le système d'autorité ca-

tholique a fini par s'établir et s’est achevé par le décret. du Vatican. Le système d'autorité protestant s’est écroulé pour jamais. Mais il ne faut pas juger de ces événements

sur l’apparence. Dès que l’on va au fond des choses, le

rapport se renverse ; le catholicisme meurt de sa victoire, tandis que le protestantisme trouve dans sa défaite

apparente une cause de rajeunissement et de salut.

Cest pour maintenir la paix et l'unité dans la chrétienté que l'Eglise romaine fit valoir .linfaillibilité de sa

tradition et l’origine divine du pouvoir de ses évêques. Or, jamais propos ne fut plus mal atteint ni espérance

plus grandement déçue. Maintenue par des excommuni-

cations que sanctionnait docilement la force de l'Etat,

celte paix n’a été qu’une série d’exécutions sanglantes et.

d'irrémédiables déchirements. Y a-t-il dans les annales

religieuses de l'humanité une page plus lugubre que l'his-. toire des persécutions, des massacres et des bûchers, qui. se succèdent sans interruption depuis l'écrasement des Donatistes en Afrique jusqu'à la proscription des Huguenots :

de France ? Quel concert de voix gémissantes, de plaintes de martyrs ou de protestations révoltées s’élévent du-

rant cette période de douze âiècles, de Constantin à. Louis XIV, pour dénoncer à la terre et au ciel les suites:

il Due on se on et l’on veut Éprosteraer la raison

et la conscience, comme si l’on voulait se prouver à soimême la réalité de son autorité infaillible par l'excès : même de la superstition dont on l'entoure et surtout par

| ue 9 Et cn a été le résultat de cette ah d'auto + rité ? L'unité du moins a-t-elle été sauvée ? ; Dès les premiers siècles du moyen-âge, la nn ; fut coupée en deux parties presque égales et, depuis lors, tous les efforts de la diplomatie la plus persévé- rante et la plus subtile ont été impuissants à réunir lEglise grecque et l'Eglise latine. La même politique intransigeante et autoritaire, le même dogme de l'infailli- < . bilité de l'Eglise amènent une scission nouvelle. L'Eglise Ra d'Occident à son tour est coupée en deux. La moitié de $ JEurope se sépare de Rome et devient protestante. A Chaque triomphe de l'autorité papale, depuis lors, amène un rétrécissement de l'Eglise catholique, une perte de ses libertés intérieures, une diminution de forces spirituelles et de vitalité. C’est l’extermination du jansénisme au xvure siècle ; la fin du gallicanisme au commencement du xixe. Ni nt Bernard, ni Gerson, ni Bossuet ne pour- : raient être tolérés dans l'Eglise d’aujourd’ hui sans faire amende honorable. Le concile du Vatican; qui à achevé de - concentrer la tradition infaillible et l'autorité absolue dans " la personne du pape, à fait dans l'Eglise un vide moral plus grand encore. Après avoir rompu avec la moitié de . la chrétienté, le catholicisme du Syllabus en est venu à rompre, surtout dans les pays qui nominalement sont les siens, avec la culture moderne, avec les principes du droit public de toutes les nations civilisées, avec la méthode scientifique et les aspirations les plus légitimes de la conécience. Le principe catholique a triomphé sans doute au dedans de l'Eglise, mais, au dehors, il s’est détruit

Rue son excès même et n'apparait plus aux esprits de % is 9 ; | 26

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