LA PERSONNE DE JÉSUS-CHRIST, SON AUTORITÉ
La révélation de l'Ancien Testament n'étant que préparatoire, nous comprenons, dira-t-on, qu’elle n'ait pas pour les chrétiens une autorité absolue ; mais une autorité de ce genre ne reviendra-t-elle pas logiquement à la révélation que Jésus-Christ apporte lui-même et qu'il déclare définitive et parfaite ? A moins toutefois que cette révélation ne soit de telle nature qu’elle exclue pour elle-même, comme elle abroge pour les autres, touté autorité extérieure.
Il est certain que Jésus subjugue les âmes souverainement. Dès que, d’une manière ou d’une autre, par une parole ou par une guérison, elles avaient entrevu le trésor de vie qu'il portait en lui, les plus simples comme les plus savantes, Nicodème le docteur ou la Cananéenne, s’attachaient à lui par un lien de confiance et d'amour que rien ne pouvait plus rompre. Cette action de la personne de Jésus continue à s'exercer par l'intermédiaire de ses discours et surtout de sa mort sur la croix : il nous conquiert par son esprit et ensuite il devient notre Maître, le Maître hbrement élu de nos âmes. C’est le premier sens, le sens religieux et moral du mot xüptoœ, Seigneur. De quelle
nature est cette AE souverain sonne du Christ est-elle l’objet a Le foi et de laniouts Fi à chrétiens? ? ; “:
- Cette autorité personnelle du Christ ne coïncide pas le. moins du monde, ni ne peut s'identifier avec celle de ses 54 discours considérés abstraitement comme l'expression L d’une doctrine, encore. moins avec la forme traditionnelle, historique, dans laquelle ils se sont conservés. Cette autorité n’est donc pas celle d’une lettre quelconque; elle | naît du rayonnement au dehors de la conscience inté- rieure de Jésus : c’est le rayonnement de la sainteté, de amour, de la présence de Dieu en elle. La puissance mystérieuse qui, dans Ja conscience de Jésus et par sa parole, subjugue notre âme et l’attache à lui, c’est l'auto rité même de Dieu, c’est l'esprit de vérité, d'amour et de sainteté. En ce sens, il faut dire que cette autorité, du moment qu’elle se révèle à nous, est ressentie par nous . comme souveraine et absolue. Cette conscience de Jésus renferme et réalise pour nous le lien spirituel et moral, union absolue entre l'âme humaine et Dieu, en sorte que, lorsque cette conscience devient la nôtre, nous nous cg sentons dans la religion parfaite, dans le rapport normal et éternel avec Dieu. Voilà pourquoi, nous ne pouvons nous séparer de cette conscience du Christ qui fait le fond et la dignité religieuse de sa personne. Être chrétien, en dernière analyse et pour descendre jusqu'à la première racine du christianisme, ce n’est pas recevoir une notion de Dieu où même une doctrine abstraite de … son amour paternel, c’est revivre intérieurement la vie intérieure, la vie spirituelle du Christ, et, par l’union de notre Cœur au sien, sentir en nous la présence d’un Père et la réalité de notre rapport filial avec lui, tout comme le Christ sentait cette présence et ce rapport en lui. Il ne
ormation de conscience..Le Christ me plus qu "une autorité suprême dans le christianisme : il est le christiage nisme lui-même.
Le dernier et véritable objet de la di en: Jé ésus- se ee it ‘est donc pas l’homme Jésus, mais la révélation du Père quiest en lui. La Jésulätrie, c’est-à-dire le culte séparé de l’homme Jésus, est, dans le christianisme, une idolàtrie positive, tout comme l'adoration de la Vierge et des saints. Elle répugne aussi bien à la piété protestante, en sa tendance instinctive et profonde, qu’à l'Evangile pri- mitif. Jésus n'a jamais demandé l'adoration pour lui. à même (1). l . Pour conserver à l'autorité du Christ toute sa plénitude, % il importe donc de ne pas en déplacer le siège ou le centre véritable. Elle est souveraine et absolue, comme celle de Dieu même, dans le domaine de l'expérience religieuse | | qu ’elle nous fait faire en s ’exerçant sur nous. Cette expé- rience est triple : c’est l'expérience de notre délivrance du mal, de notre union filiale avec le Père, de notre entrée dans la vie éternelle. Tout cela était dans la conscience du Christet, par notre communion d'esprit avec lui, passe À dans la nôtre comme une réalité actuelle et vivante. Mais étendre l'autorité du Christ, hors de ce domaine, à des choses qui n’en relèvent point et qui sont d’un autre ordre, à cet ensemble de notions traditionnelles et générales dans lesquelles son esprit a été élevé et qu'il a partagées
(4) Cela est surtout vrai de l’ancienne piété huguenote. Le dualisme inconcilié de la christologie réformée n’a pas d'autre explication. Les Réformés n’adorent pas en Jésus-Christ le fils de Marie,
mais le fils de Dieu, non l'homme, mais le Logos éternel incarné en M taf, autre nom de la révélation du Père dans la conscience humaine de Jésus.
avec tous ses contemporains, notions Cosmographiques, historiques ou littéraires, démonologie, possession, espérances apocalyptiques, c’est dénaturer l'Evangile, c'est le mettre en conflit avec la critique et la science; c'est prêter à Jésus des intentions et des prétentions qu'il n’a jamais élevées; c'est, en un mot, ruiner son autorité soûs prétexte de la vouloir indiscutable. Le contenu religièux et moral de sa conscience se reconnaît à ceci qu'il est parfaitement assimilable par la nôtre. L'autorité du Christ existe pour nous au degré même où s'est faite en nous cette assimilation. Et c’est ainsi qu’elle devient, d'historique qu’elle est d’abord, intérieure, spirituelle et morale, s’exerçcant sur notre conscience dans le mode et sous la forme d’un idéal qui, tout ensemble, nous oblige impérieusement et nous attire invinciblement.
Jésus a donc répudié, pour lui-même comme pour ses disciples, l’autorité extérieure, qui, d’ailleurs, par la voie de la tradition et de la hiérarchie juive, le condamnait. Cette notion d'autorité extérieure infaillible, qui était le fondement du système religieux des Scribes et des Pharisiens, n'existe pas pour lui. Au fond, son Evangile ne là comportait pas. Dès qu'il ne s’agit plus d'imposer une croyance ou une pratique comme nécessaire au salut, mais de ramener ce dernier à un acte moral de confiance, de repentir, de consécration à Dieu, à quoi bon l'autorité d'un oracle ? Il nous faut une autorité d’une autre espèce: l'autorité de la sainteté et de l'amour. C'est là l'autorité dont Jésus à été revêtu et dont il veut que soient revêtus ses disciples. Ce n’est plus l'autorité de la lettre; c’est l'autorité de l'Esprit. Paul ne voulait pas dire autre chose quand, opposant les deux Alliances et le genre d'autorité qui s'exerce en chacune d'elles, il écrivait:
« Le Seigneur, c’est l'Esprit. Où est l'Esprit du Seigneur est la liberté. » (1)