CHAPITRE UT
mr NOUVEAU Lee on CHARTE DE LA RELIGION ? DE L'ESPRIT
ACCOMPLISSEMENT DE LA rt a Dans la hs belle page de son livre, Jérémie avait ainsi #2 En phetisé : « Parole de l'Eternel : le temps va venir Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle, non plus une alliance semblable à celle que je fis avec leurs pères, le jour où je les pris par la ï main pour les faire sortir de la terre d'Egypte, alliance à . qu'ils ont rompue bien que je fusse leur maitre, dit l'Eternel. Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël . après ces jours-là, dit l'Eternel : je mettrai ma loi au * dedans d'eux ; je l’écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple (4). » Il serait impossible de mieux caractériser l'alliance nouvelle conclue
() Jérémie XXXI, 31-33. vi
LE NOUVEAU TESTAMENT 1467 pour jamais entre Dieu et l’homme dans la conscience mème de Jésus-Christ. La loi divine transportée des tables de pierre du Sinaï sur les tables du cœur, mise en rapport organique avec la conscience humaine, s’incorporant à elle de façon à ne plus faire qu’une seule et même chose avec elle; l'antique hétéronomie devenant autonomie ; l'idéal moral cessant d'être un commandement désespérant et plem de menace ; la sainteté de Jahveh reparaissant plus auguste sous la forme de l'amour du Père céleste ; da foi ou la confiance de l'enfant devenant une lumière intérieure, une force intime qui, du dedans au dehors, renouvelle l'âme, exalte ses énergies et sanctifie la vie tout entière : voilà l'Evangile nouveau, la religion de l'Esprit.
Cest avec ce caractère et'sous cet aspect que, d’un bout à l’autre du Nouveau Testament, nous apparait Île christianisme apostolique (1). La vie chrétienne y est représentée, non plus comme obéissance et soumission à une autorité extérieure, mais comme le fruit d’une inspiration, comme la création même de l'Esprit de Dieu ou du Christ répandu dans le cœur des croyants (2). Ceux-ci ont désormais en eux-mêmes le moteur et la règle de leur vie et de leur pensée.
Il ne faut se laisser mi déconcerter mi troubler par les formes bizarres ‘et quelquefois morbides que revêt l'inspiration chrétienne en €e premier âge d'enthousiasme ‘et de ferveur. Ignorants et destitués de sens critique, les premiers chrétiens prisaient souvent d'autant plus ces manifestations de l'Esprit qu'elles étaient plus étranges.
(1) L'expression même de « Nouveau Testament, nouvelle alliance », xauvi Ôtaltxn, est prise du passage de Jérémie, que Paul vise plus spécialement 2 Cor. IT, 6.
(2) Jean I, 5-8 ; Rom. VII, 14, ‘etc.
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éjà ln qu'il appelait le don d'apprécier la. vale inspirations particulières, et tout en recommandant aux chrétiens de Thessalonique de ne pas € éteindre l'Esprit», ‘ilne laissait pas que de faire une critique judicieuse et profonde des charismes qui séduisaient le plus ou flattaient 4 le mieux le goût de la foule ; il établissait une hiérarchie sévère entre toutes ces ct souvent tumulà | tueuses, depuis la glossolalie, qu'il mettait au dernier … rang, jusqu'à la prédication, à la foi, à l'espérance et | jusqu'au don divin qu’il plaçait au-dessus de tous les autres, l'amour désintéressé, patient, dévoué, sans lequel tout le reste n’est rien. C'est toujours à limitation normale du Christ que l'inspiration se ramène comme à son principe originel et régulateur. Ceux qui ne sont pas animés de l'esprit du Christ ne sont pas à lui (4). ù Ainsi, le Nouveau Testament atteste l’universalité du
don de l'Esprit et en maintient à jamais le privilège à tous les chrétiens sans exception. Cest pour cela qu'il est devenu l'inaliénable garantie de la spiritualité de l’Evan- gile et mérite le nom que nous lui donnons de charte de
la religion de l'Esprit. Il vaut la peine de mettre ceci en pleine évidence. ë
Le livre des Actes des ne nous raconte le premier
accomplissement de la promesse messianique. Dans l’effusion de l'Esprit sur toute la première communauté des disciples assemblés à Jérusalem le jour de la Pentecôte, Luc à vu et signale la marque distinctive des temps nouveaux. Sans doute, le souvenir de cet événement s’est
(1} 4 Cor. XII, 40 : Grdxprate mveopdtuv. 1 Thess. V, 19-20 : xd TVESua pa-ofévvvre, roopnrelac pri Éfouleveire, mévra OÙ doxtuatere.
Rom. VIT, 9; 4 Cor. XII, XIII, XIV ; comp. 4 Jean IV, 1
que d’avoir changé le phénomène psychique et nr | Ë. inintelligibles), que Paul à si bien décrit et jugé dans sa
miraculeux: de parler des langues étrangères et natio=
TJaccomplissement d’un miracle messianique, le miracle tiens, à un moment donné, fut saisie tout entière. repousser l'accusation d'ivresse par cette remarque que
Mais il aurait pu tout aussi bien l’accepter dans un sens
de joie. Le vin doux de la récente vendange leur était
perdu, avec leur timidité de paysans, l'équilibre momen-.
… citations entrecoupées de l’Ecriture, peut-être des danses
tes à recueillie. Cest une lourde ee en effet : de la glossolalie (flux de paroles incohérentes et souvent
première lettre aux Corinthiens, en un prétendu don
nales. Aussi bien, la réalité historique transparaît-elle à travers la brume de la légende. Le seul fait que les habi-
tants de Jérusalem, témoins de l'effervescence extraordi- à naire des disciples, les prennent pour des gens ivres,
prouve que le phénomène était de même nature que col qui se produisait, vingt ans plus tard, à Corinthe, où les « glossolales » étaient considérés comme fous. Quoi qu ee en soit, le sens du récit de Luc n'est pas -douteux.AUest
de l'inspiration dont cette première assemblée de chré- Tel est le sens du discours de Pierre. Il commence par lon était encore aux premières heures de la journée.
favorable et s’en servir comme d’une image parlante. Oui, ces gens étaient ivres d'enthousiasme, de foi, d'espérance,
tout d’un coup monté du cœur au cerveau. Ils avaient
tané de leurs facultés mentales ; ils étaient devenus des prophètes, des nabis, au sens ancien du mot. Chacun, suivant ses moyens et le rapport de la violence de ses sentiments au plus ou moins de force de son organisme, par des gestes et par des cris, avec des chants ou des
et des attitudes variées, exprimait et célébrait comme 1ïl pouvait les choses merveilleuses de Dieu.
Pierre. explique le prodige en rappelant là prophétie messianique de Joël : « Dans les derniers jours, dit Dieu, il arrivera que je répandrai mon Esprit sur toute chair. sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront...» Ainsi la différence est très marquée entre l'ancienne et la nouvelle Alliance, entre l’âge de la Loï et celui du Messie. La venue de ce dernier s'annonce par une effusion générale de l'Esprit. Le peuple nouveau sera un peuple de prophètes. Ce qui était le privilège de quelques-uns. devient l'apanage de tous. Cest l'inspiration universelle des chrétiens (1).
Un autre passage du livre des Aetes montre mieux encore. que l'on ne devenait chrétien véritable et complet que par cette expérience du don de l'Esprit. IL y avait à Ephèse certains disciples qui n'avaient jamais entendu parler d’un tel don, ni même de l'Esprit; ils n’avaient reçu que le baptême de Jean. Paul les baptise au nom du Seigneur Jésus, et aussitôt l'Esprit vient sur eux avec tous les signes extraordinaires de sa présence (2).
Un troisième récit de cette première période de lhistoire de l'Eglise chrétienne m'est pas moins parlant. Philippe a évangélisé la Samarie avec un succès extraordinaire. Hommes et femmes s'étaient fait baptiser par lui. Mais, dit le narrateur, le Saint-Esprit n'était pas encore descendu sur eux. À Jérusalem, les apôtres ne eonsidèrent pas cette conversion, même accompagnée du baptême d'eau au nom de Jésus, comme complète. Ils dépêchent, pour l’achever, Pierre et Jean, qui prient pour
(t) Act. El, 4-20.
(2} Tbid.. XEX, 4-7.