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LA NOTION PAULINIENNE DE L’INSPIRATION

Dans les premiers jours, l'inspiration chrétienne jail- .lissait tumultueuse et trouble; elle se clarifie dans les … épiîtres de Paul. L’apôtre en fait une théorie neuve et profonde ; il en dégage le principe essentiellement éthique et lui subordonne avec netteté et vigueur toutes les

formes extérieures, extraordinaires, souvent morbides ne

dangereuses, qu’elle peut revêtir.

L'idée de l'Esprit est plus qu'un élément important dans la théologie de Paul; elle est l'âme de la doctrine, le ciment intérieur qui en rend cohérentes toutes les par- -ties, depuis l’idée de Dieu qui est Esprit, et le Christ qui G est l'Esprit manifesté et agissant dans le monde, jusqu'à la régénération qui est le fruit de l'Esprit et jusqu’à la vie | éternelle qui est la vie de l'Esprit (1). Disons mieux : c’est une forme supérieure de l'être, une catégorie spécifique de la pensée déterminant le point de vue d’où l'apôtre conduit toutes ses méditations et tous ses raisonnements, coordonne et développe logiquement sa COnception entière du christianisme. Penser ou connaître € selon l'Esprit » (xarù rvedua), c'est le trait dominant de sa dogmatique ; marcher « selon l'Esprit, » c'est toute sa (1) 1 Cor. Il, 10-46; 2 Cor. IIl,:6 et 17; Gal. III, 3-5: V, 22-95 ;

4 Cor XI, 14-13; 2 Cor. I, 22; V, 5; Rom. VIII, 2-11; 2 Cor. I, 17-18. S

morale; et l’ensemble forme une théologie de l'Esprit, une covla TRyeuuartxr, Qui est, à ses yeux, « la sagesse parfaite (1) ».

Qu'est-ce donc que l'Esprit dans la pensée de Paul? Cest pour lui une notion héréditaire ; il l’a reçue de l’Ancien Testament, et s’il la développe, il lui reste strictement fidèle. L'Esprit représente pour les prophètes l’action et la force de Dieu dans le monde et dans l'âme humaine ; c'est Dieu lui-même donnant la vie, se révélant, agissant, dirigeant, pénétrant toutes ses créatures ; bref, si Dieu, en soi, c’est l’être divin en puissance, avant toute manifestation, l'Esprit de Dieu, c’est Dieu en acte, Dieu manifesté. Aïnsi pour l’apôtre Paul, l'Esprit c’est l'énergie divine (èvvauts) qui, dans l’ordre religieux tout spécialement, est lumière et vie. Cet Esprit qui agissait par intermittence sur les prophètes s’est individualisé, en quelque manière, dans la personne du Christ, de sorte que l’apôtre a pu dire : «le Seigneur, c’est l'Esprit », et que recevoir le Christ et s'unir à lui par la foi, c’est en même temps recevoir l'Esprit comme principe immanent d’une vie nouvelle (2).

C'est avant tout sur cette liaison organique entre la foi et le don de l'Esprit qu'il convient d’insister. L'un ne va pas plus sans l’autre que la forme ne va sans substance ou la cause sans effet. On peut même dire qu'il n’y a, dans le phénomène initial de la conversion, qu'un seul et même processus psychologique, qui est, du côté de l'homme, un acte de foi, du côté de Dieu, le don de l'Esprit. « Croire au Christ », € être en Christ », « la vie de Christ en nous » et « recevoir l'Esprit », ce sont des

(1): 20Cor.V, 46; Rom. VII, 1-11; Gal: V,16; 4 Cor. XII, 1-11;

IT, 4-13, etc.

(2) Gal. II, 2et 5 ; Rom. V, 5; Gal. III, 14 ; Eph. T, 13.

expressions synonymes ou du moins religieusement équivalentes. Un chrétien est done un homme qui, ayant cru à l'Evangile, a reçu par cela même l'Esprit de Christ en lui comme principe de vie, comme inspiration permanente de ses actes et de ses pensées.

Mais ce ne serait pas encore assez que de se représenter cet Esprit de Dieu venant assister l'esprit de l’homme pour suppléer aux forces qui lui manquent et lui restant juxtaposé ou associé à titre d’auxiliare surnaturel. Ea pensée de Paul ne souffre pas ce dualisme psychologique et moral que le langage populaire supporte aisément. Elle est autrement profonde. [Il n’y a pas simple addition des forces divines et des forces humaines dans la vie chrétienne. L'Esprit de Dieu s’identifie avec le moi humain qu'il pénètre et anime ; il s’'individualise, si nous pouvons ainsi parler, dans la nouvelle personne morale qu’il crée. Cest une sorte de métamorphose et, si le mot est permis, de transsubstantiation qui s'opère dans l'être humain (4). De charnel, il devient spirituel. Cest un « homme nouveau » qui surgit de l'homme ancien par un acte créateur de l'Esprit de Dieu. Pe là les fortes antithèses de l'éthique paulinienne pour exprimer le passage de la vie de la chair à la vie de l'Esprit. Paul appelle les chrétiens des rveuuaruxoi, proprement des «inspirés ». Els sont mus et conduits par l'Esprit de Dieu. L'Esprit de Dieu habite en eux à titre de vertu immanente dont les fruits se développent aussi orgamiquement que ceux de la puissance de la chair. Les dons surnaturels deviennent naturels, au plutôt à cette hauteur de mysticisme, l’antithèse

N qu « = \ LA (4) 2 Cor.Ill, 18 : pérauopgpoüuels… amà xuotou nvebuaroc. 2 Cor. = ” Le, » = \ N “ L] .:

V, 17: e7 miç Ev Xotor®, xauvi xtiouc: à apxala rapAlev, idod yéyovey HAVA TA TAUTH.

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créée par le rationalisme seolastique s'efface et n'a plus de sens (1). |

Essentiellement morale et régémératrice, cette action de l'Esprit se: fait sentir sur toutes les facultés de l'âme et du corps, sur l'intelligence aussi bien que sur la volonté. Elle ouvre l’entendement comme le cœur ; sa chaleur devient aussi lumière. L'Esprit révèle au croyant régénéré des choses que l’homme de: la chair n'aurait jamais comprises (2). Non que cette connaissance nouwvelle soit miraculeusement parfaite et. entière dès le: premier jour. L’apôtre, en: ce qui le regarde, dit positivement le contraire. Sa connaissance religieuse reste toujours partielle et progressive (3). C'est qu'il n’y à rien dans cette action 1lluminatrice de l'Esprit qui ressemble au miracle de la théopneustie scolastique. Tout est organique, lié, moral avant tout. Rien de commun avec l’art de læ mantique des anciens. Les grandes pensées naissent de la foi comme toutes les autres vertus, la sanctification, le zèle missionnaire, la charité. L'inspiration est dans l'essence de la foi. Fous les chrétiens y ont part ; c’est un signe auquel on les reconnaît. On n’est pas chrétien sans cela. Celui qui n’a pas reçu l'Esprit du Christ n’est point

(4) 4 Cor: HE, 13; HE, 3; Rom. VIE, 12-45; Rom. VI, 6; Eph. IV, 23: et 24, Col. EL, 9, ete.

(2) 4 Cor. IH, 9 et 10 ; comp. Matth. XII, 11.

(3) 1 Cor. XIII, 9-12 : èx pépouc yiwwoxopev ; Phil, IT, 15. Etudier surtout 1 Cor. VII, 40. Donnant son avis sans l’imposer (uv yvounv), Paul dit : « Moi aussi jai l'Esprit de Dieu », non à l’exclusion de la communauté, mais en co-participation avec elle. Les chrétiens de Thessalonique ont aussi l'Esprit de Dieu et. c’est pour cela que l'apôtre leur recommande d'examiner toutes choses, même celles qu’il leur écrit, et de retenir ce qui est bon. 1 Thess. V, 21.

on + par le Sant Rprit ae

Cet état d'inspiration, privilège commun et os ce transfert du principe et du moteur de la vie religieuse, du domaine extérieur des institutions dans celui. de la conscience, est le point vif de l’antithèse paulinienne entre l’ancienne et la nouvelle Alliance, entre la religion de la Lettre et la religion de l'Esprit. La première ne faisait que des esclaves tremblants; la seconde fait des majeurs, des hommes libres et des « fils de Dieu » (2).

Paul explique avec une complaisance particulière le principe et le caractère de cet affranchissement. Où est l'Esprit du Christ, là est la liberté. L'homme del Esprit (rveuua ruxds) a, dans cet Esprit qui habite en lui, une norme supérieure à tout. Il juge tout et n’est jugé par rien ni par personne. Agar, l’esclave, symbole de la loi mosaique, enfantait pour la servitude ; Sarah, l’épouse, image de la dispensation dal que, enfante pour la liberté. « Tenez donc ferme à cette liberté que le Christ vous à acquise, et ne vous laissez remettre sous aucun ‘joug » (3).

Mais cet Esprit de Dieu ou du Christ, qui est un principe de liberté intérieure, n’est pas un principe purement formel et vide. Il n’est pas seulement liberté, il est | amour et sainteté. Il sanctifie la volonté et la détermine à. sé Ju à se dévouer sans réserve et sans calcul

(4) 1 Cor: XII, 4-11 ; Lou VIIT, 9-14; 4 Cor. XII, 3, etc. Le passage de la religion ancienne à la nouvelle, c'est le passage de la loi et de la chair à la foi et à l'esprit. Gal. III, 4-3. .

(2) Rom. VII, 6: raatérn= TL YOAMHATOS — KAVOTNTL rvefuaroc. 2 Cor. IN, 6-17 : dtaxovia ypdpparos — Oudxovia nvebuaros. Rom. VIII, se 16; Gal. IV, 1-5.

G) 1 Cor. IL, 14 et 15 ; Gal. IV, 21 — V, 1.

ubstantielle de mo de car l'amour seu réalise h AE Be doi étant résumée dans ce seul BDe :

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