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ASC ol PERTE LA DOCTRINE JOHANNIQUE DE L'INSPIRATION
. Venue cinquante ans plus tard, la conception johan- nique de l'inspiration est encore plus débarrassée des formes accidentelles, miraculeuses et malsaines ; mais elle a le même principe et va au même but : l’autonomie de la conscience chrétienne. .
Paul disait : « Le Seigneur, c'est l'Esprit ». Jean Ait «Le Seigneur, c’est le Verbe fait chair » (2). Les deux formules proviennent de deux cercles d'idées tout à . fait différents: mais elles sont religieusement équiva-
lentes. La révélation ou la communication de Dieu par
le Verbe est au fond identique à la révélation ou à la com-
munication par l'Esprit. Le Verbe est vie et lumière; il entre dans le monde comme principe de lumière et de vie. [ncarné en Jésus, il est venu chez les siens qui ne l'ont pas reçu, mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le droit et la faculté de dévenir « enfants de Dieu », parce qu’ils sont nés de Dieu (3).
De même que l'Esprit exprime le fond divin, univer-
sel et éternel de la personne historique de Jésus, de
(1) Gal. V, 43; VI, 10; Rom. III, 31.
(2) Jean I, 14.
(3) Jean I, 1-12.
CET Let | :
même le Verbe incarné a pour substance k lumière et la vie. Aussi peut-il et doit-il être, tout comme l'Esprit, assimilé par les croyants, et devenir ainsi la ‘substance morale de leur nouvelle personnalité. Le Logos incarné est le pain de vie; il est descendu du ciel; il offre pour être mangé comme la nourriture divine qui donme à l'âme la vie éternelle. Voilà pourquoi, dans le quatrième évangile, Jésus, usant du plus paradoxal des symbolismes, dit et répète avec insistance : € Ma chair est un aliment; mon sang est un breuvage; celui qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie en lui-même. » Tout cela est admirablement clair et au fond très simple. Le Logos où Verbe de Dieu qui est en Jésus doit également devenir la nature même des croyants. Il veut demeurer de façon permanente en eux, et ils doivent demeurer en lui pour marcher dans la lumière et avoir, dès à présent, la vie éternelle. (1)
On sait avec quelle richesse d'images, plus où moins transparentes, l’auteur du quatrième évangile développe cette thèse centrale de sa théologie. Il semblerait que cette action du Verbe ainsi entendue dût rendre superflue celle de l'Esprit. I faut bien avouer qu'il est impossible de les différencier substantiellement l’une de l’autre. Jean à obéi à la même nécessité religieuse que l’apôtre Paul, qui ne cesse de parler coneurremment de l’action du Christ en nous et de celle du Saint-Esprit, pourtant identiques. Il est assez difficile de dire quel rapport métaphysique notre auteur concevait entre le Verbe et l'Esprit; mais il est clair que l'Esprit, succédant pour le
(1) Jean VI, 32-63, tout le discours sur le pain de vie; XV, 1-7. Voyez, dans l’évangile et dans l’épitre, l'emploi si fréquent du verbe pévev, demeurer. Ev. V, 38 ; VI, 56; XV, 9. Epit. IL, 16, 40, 44, 24, 21,:285 1V,12,143,16, etc:
Da
continuer au Verbe incarné dans le Ghrist historique, exprime plus spécialement l’action subjective du Verbe dans l’âme des croyants, en tant qu'elle y suscite la foi, y opère la naissance d'en haut. Elle y développe la vie nouvelle et y reste présente comme source de révélation, de consolation et de réconfort : tout ce que désigne le mot intraduisible de Paraclet. Le Verbe fait homme ne pouvait demeurer toujours dans ce monde. Il y apportait la lumière et la vie, et cette substance intérieure du Verbe devait rester au sein de l'humanité après que la forme historique sous laquelle elle avait apparu aurait cessé d'exister. De local et visible en sa manifestation première, le Verbe devient ainsi un principe universel, invisible, intérieur à la conscience chrétienne. Jésus mourut; mais son Esprit resta parmi les ‘siens pour le remplacer, où plutôt pour le rendre plus présent, plus actif, plus puissant qu'il ne l'avait jamais été aux jours de sa chair (4). Tel est le sens profond de cette parole énigmatique et presque scandaleuse qui échappe à l’évangéliste à propos de la promesse de l'Esprit faite par Jésus aux croyants : « Car l'Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. » (2). Le Paraclet ne pouvait venir tant que Jésus n’était pas parti. L'acte symbolique du Christ ressuscité, soufflant sur ses disciples au moment de les quitter et leur disant
« Recevez le Saint-Esprit » n’a pas d'autre sens (3).
De cette double notion du Verbe et de l'Esprit découle celle de l'inspiration libre et permanente des chrétiens. Etre chrétien, c’est être né d’en haut, c’est-à-dire né de l'Esprit; c’est, non seulement s’abreuver de l’eau vive
(1) Jean XVI, 7, 42, 14, 21; XIV, 12, etc.
(2) Jean VII, 38 et 39.
(3) Jean XX, 22.
ours s jaillissante d'inspiration et de force «@ : ces Pre non pou par NAME en Mens mo-
dans la conscience. « Vo le connaissez, on Jésus, parce qu'il demeure avec vous et est en vous. Cest lui désor- + mais qui vous enseignera toutes choses, qui vous rap pellera, vous expliquera tout ce que je vous ai dit. Il est l'Esprit de vérité qui vient du Père. J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pourriez Das: les comprendre. L'Esprit vous conduira dans toute … la vérité » (2). ï
__ Comment faire mieux entendre que la eee chré- tienne n’est pas dans un livre clos et mis à part; qu’elle mrest toujours ouverte et en mouvement; que, l’enfermer comme celle de la loi mosaïque dans une lettre stéréoty- Fe. pée, c’est la méconnaître, c’est déchoir de la hauteur où | le Christ a voulu élever les siens; enfin que cette révé-
lation suprême est, non dans une somme quelconque de doctrines formulées et codifiées une fois pour toutes, mais dans l'immanence et la continuité du principe révé- * Jateur en l’âme chrétienne, non dans un livre, mais dans l'Esprit qui fait écrire les livres ét témoigne en nous de la vérité et de la valeur des livres mêmes?