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(4) Matth, XXVIL, 51. Comp. Hébr. X, 19 et 20.
Si la religion de l'autorité extérieure des institutions et des rites a eu dans l'Eglise catholique une tradition enri= : chie et fortifiée d'âge en âge, la religion de l'Esprit n'a pas laissé que d’avoir la sienne. Fleuve de pensée et de vie, cette seconde tradition coule, invisible et souterraine 4 le plus souvent, sous la surface de la première, avec des jaillissements intermittents et par des brèches toujours plus larges. Il y a lutte entre les deux traditions comme entre leurs principes, et ce conflit fait l'intérêt De du drame de l’histoire de l'Eglise.
Dès le second siècle, il est sensible que la masse chré- | tienne se refroidissait intérieurement pendant qu'elle s’accroissait au dehors. À mesure que se détendaient less liens spirituels et moraux qui tout d’abord suffisaient à
la maintenir unie, devaient nécessairement se renforcer d'autant les liens extérieurs, l'autorité de l'institution politique et du rite sacramentel. Peu à peu la parole de l'évêque se substituait à la parole de Dieu, la règle de … foi à la foi du cœur, le sacrement au repentir et à la. piété, la discipline légale à l'amour fraternel, et l’obéissance à l'inspiration. L'ordre établi devenait l'ordre divin ; ceux qui s’en isolaient, par indépendance ou par fidélité à leur idéal, devenaient de plus en plus rares ; c'étaient, ou des esprits bizarres comme l’auteur du Pasteur d'Hermas, ou des énergumènes comme les prophètes du montanisme que l'Eglise condamnait comme hérétiques. L’inspiration individuelle, le soulèvement de la conscience, voilà désormais, dans le catholicisme, la pire
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les autres.
Ceux qui s'étonnent des formes étranges et ne
chou souvent de très près à l'aliénation mentale, qu
prit dans le cours des, siècles l'inspiration chrétienne, et.
qui les retournent contre elle pour la condamner, font preuve autant d’ignorance que d’injustice. En religion,
l'isolement, le cachot et les persécutions font les fous.
Les dragons de Louis XIV sont la cause des prophètes
cévenols. Sous l’oppression d’une autorité tyrannique, toutes les formes de la vie religieuse s’altèrent, les imagi-
nations s’échauffent et les âmes se détraquent. Le
meilleur moyen de ramener au calme ces agités, et de faire entrer la raison dans leur inspiration personnelle, c’est la liberté dans la vie commune.
Tandis que l'Eglise catholique organisait son A dan système d'autorité, la religion de l'Esprit rentrait sous
terre et se prolongeait dans la vie secrète des âmes : humbles et pieuses, et dans le travail de la pensée chez quelques esprits d'élite. On l’aperçoit brûlante encore en
lisant dans Eusébe, par exemple, la lettre inspirée des
chrétiens de Vienne et de Lyon aux Eglises d'Asie. On la.
retrouve sous une forme plus élevée et quelque peu
. rationalisante dans l’enseignement de Clément d'Alexandrie et d'Origène. Elle restera latente dans toute grande .
spéculation théologique.
Les Confessions de saint Augustin en sont la plus belle manifestation et le fruit le plus savoureux dans l'antiquité. Il y avait chez ce grand docteur, deux hommes : le fils de Monique et l’évêque orthodoxe, l'homme de l'Esprit et l’homme de l'autorité. De même, dans sa doctrine, il Ye
a la théologie de l'Eglise et la théologie de la foi, d’où +
sont sortis deux courants qui traversent le moyen-âge
e qui. abouti au triomphe done romain, ,et le Courant mystique qui aboutit la Réforme. L’ardente piété de saint Bernard et de
les Amis de Dieu, les Frères de la vie commune, la réforme de Pierre Valdo et l'initiative de François d'Assise
. à ciel ouvert ou dans l'ombre des retraites monastiques, 3 il n’a pas cessé d’abreuver les âmes qui avaient soif de Dieu.
Depuis le xvr siècle, il coule plus plus large et libre, > plus fort. Luther et Calvin l'ont fait triompher des barrières qui l’'emprisonnaient. L'autorité a été vaincue par : la conscience ; la piété s’est trouvée, en principe du moins, te des vieilles tutelles ; elle est entrée dans . la voie du siècle et s’est trouvée en contact immédiat avec la culture moderne, dont elle subit désormais 4 . l'influence, en y faisant sentir librement la sienne. C'est : Ja religion renonçant à une existence séparée et surna- . turelle, se laïcisant de plus en plus après toutes les autres activités normales de l’esprit, entrant dans le courant des choses humaines pour y agir comme un ferment intérieur qui soulève la pâte lourde, ne détruit pas la nature, mais la régénère et la sanctifie. Sous la forme massive du sacerdoce divin et du dogme intangible, elle
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restait pour le développement social ou individuel une.
. chaîne ou une menace ; dégagée de ces institutions et de ces rites avec lesquels on la confondait, elle est, au con- traire, un fluide pénétrant, un parfum de vie portant ; partout la santé et la paix. Sans doute je parle d’un idéal
religieux nouveau, mais d’un idéal qui depuis le xvre siècle
devient de plus en plus une réalité.
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serson, la théologie de saint Victor et de ses disciples, l'Imitation de Jésus-Christ, les prédications de Tauler,.
sont les preuves que le fleuve divin n’a jamais tari et que,
les progrès de Ia ho de V'Esprit. | Nous jugeons plus sûrement de son prineïpe et de ses formes que les plus grands génies du passé. Le délire ne
nous paraît plus, comme à Platon, l’expression supérieure
de l'Esprit divin. Etre sujet aux visions, extases, hallucinations, entendre des voix, avoir des convulsions et parler par cris inarticulés ou avec des sons obscurs, autant de symptômes de maladies dont le cours est connu et que la médecine s'applique à atténuer ou à guérir. De la
même manière, notre pensée s’est débarrassée de la vieille
antithèse du naturel et du surnaturel, depuis que notre
idée de la nature est devenue assez large et assez souple
pour comprendre tous les phénomènes, ordinaires ou extraordinaires, dûment constatés, et que, d'autre part,
notre piété est devenue assez profonde et assez spirituelle
pour sentir l’action divine plus sûrement encore sous le cours harmonieux et régulier des choses, que dans les événements qui semblent parfois l’interrompre. Cest donc avec Juste raison que nous sommes arrivés à reconnaître mieux l'inspiration divine dans l’état sain de notre être que dans les états morbides, et dans la voix calme et claire de fa raison et de la conscience que dans le tumulte et le désordre des sens et de l'imagination.
Si la présence de l'Esprit de Dieu dans l'esprit de l'homme se donne à connaître avant tout dans l'énergie active de ce dernier, dans le jeu et le déploiement normal et probe de toutes ses facultés, il est clair non seulement qu'il n’y aura jamais conflit irréductible entre Ia religion de l'Esprit et la science ou la morale modernes,
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mais que les conquêtes et les recherches de Fune, les affirmations généreuses et saintes de l’autre apparaîtront nécessairement à la saine piété comme des formes et des manifestations positives de la religion de l'Esprit. L’Evangile, qui est la prédication même de cette religion humaine et divine à la fois, ne veut pas racheter ni sanctifier seulement une partie de l’homme, mais l’homme tout entier, avec toutes ses facultés ; en sorte qu’à la fin, le règne de Dieu établi coïinciderait parfaitement avec le plus large et le plus haut idéal de l’activité humaine réalisé. Tout ascétisme et le dualisme que FPascétisme suppose, sont ainsi radicalement supprimés dans la religion comme dans la morale et la culture.
Mais, dira-t-on, réduite à ces termes, la religion de l'Esprit ne sera-t-elle pas un luxe inutile, tout au plus une poésie ? (‘est demander en réalité si le sentiment de la présence de Dieu dans le cœur, dans la conscience et dans la raison est chose superflue et si la foi en son concours, dans les luttes et les tentations intérieures et extérieures de la vie, est une vanité. Non seulement nous avons ici la réponse des hommes pieux, qui ont fait l’expérience de leurs faiblesses et de leur misère native et peuvent dire comment et à quel prix s'obtient la victoire, mais encore nous pouvons invoquer le témoignage des moralistes sérieux, qui savent qu'il est impossible à l'homme de croire en lui-même sans croire en Dieu qui consacre cet idéal humain et en maintient la souveraineté finale au-dessus de l’aveugle fatalité de la nature physique. À le bien prendre, quiconque ne désespère pas du devoir idéal qui s'impose à lui, quiconque affirme le triomphe suprême du bien dans le monde, affirme la présence et l’action de Dieu; car le bien c’est son nom par excellence; et le progrès du bien en nous sur la terre et
Ent. .
Les facultés humaines et l'être rien tout entier ont.
deux aspects qui forment un saisissant et tragique cn |
traste. Par un côté, la raison, le sentiment, la conscience
morale, choses vacillantes, désespérément misérables et
par nature affectées d’une impuissance à donner facilement raison aux sceptiques et aux pessimistes! Quiconque ne
sent pas cela s’abuse ou s’étourdit. La mélancolie accom-
pagne toujours l'effort le plus sérieux et même la victoire
la plus heureuse. Mais, par un autre côté, et sous les
manifestations de ce moi empirique et éphémère, il ya :
je ne sais quelle force invincible, quelle énergie toujours
renaissante, quelle source d’où jaillissent perpétuelle-
ment, après toutes les déceptions et toutes les défaites,
la foi et l'espérance de l'Esprit. Est Deus in nobis. Dans le moi, il y a un hôte mystérieux plus grand que le moi
et vers lequel le moi tourne instinctivement sa prière et. sa confiance. Misère et grandeur, défaite et victoire, toute la faiblesse et toute la force! I} y a dans chaque être hu-
… main le contraste étrange qui frappe dans la vie et la mort
de celui qui s’appelait le Fils de l’homme, où se trouve réuni tout ce que l'humanité a de plus faible, de plus misérable, et tout ce que Dieu à de plus fort et de plus doux. Notre nom, comme le sien, c’est véritablement Emmanuel : Dieu avec nous.
La transformation de la conscience chrétienne et sa libération de toute servitude extérieure ont commencé le. jour où la science et la piété se sont rencontrées. Elles s’achèveront et la religion de l'Esprit régnera, les SYS-. tèmes d'autorité ayant disparu, le jour où la piété et la science se pénétreront au point de s’unir et de ne former qu'une seule chose, la piété intérieure étant devenue la