‹ Les religions de l'IndeChapitre 101 sur 109 · J. Muir, ap. Ind, Autiq ,VI, p · texte numérisé non relu

J. Muir, ap. Ind, Autiq ,VI, p

6. Ind, Antiq,jYll^ p. 13o. Au Tibet, c'est la coutume dominante.

partie l'usage de la vieille liturgie et le culte des dieux du Vôda*. Chez te reste de la population, la tra'dition s'est altérée davantage; mais il faut descendre bien bas, il faut sortir de ^l'hindouisme pour ne pas en retrouver quelques vestiges. Nul Hindou, par exemple, * même parmi les plus pauvres, même parmi teux qui appartiennent à une secte soustraite pour tout le reste à l'autorité religieuse des brahmanes, ne se mariera, n'élèvera ses enfants, n'accomplira certains rites funèbres sans l'assistance de quelque membre de la caste sacerdotale, et nous avons va que les gùrus sikhs eux-mêmes en entretenaient auprès de leur personne en qualité de chapelains dojoae^tiques.

Aces usages remontant au vieux brahmanisme se joignent des pratiques sectaires. Il y a un culte privé du linga, de la plante tulasî, du çâlagrâma, et quelques sectes vishnouites, telles que les vallabhâcâryas, ont des idoles domestiques qu'ils entourent d'un culte à domicile, calqué sur celui des temples. Comme dans l'ancienne religion, il y a des prières pour les principaux actes de la journée et pour les occurrences variées de la vie, prières d'ordinaire simples et-courtes, parfois des formules de quelques syllabes* à peine, mais que savent rendre fort compliquées ceux qui raffinent dans leurs dévotions. Une bonne partie du rituel des Tantras a pour objet les diverses manières de les répéter, de les combiner, d'en modifier l'effet en les accompagnant de. gesticulations variées, de déterminer le sens mystique des lettres qui les composent, de les disposer suivant certains diagrammes, d'y faire entrer pour ainsi dire par un effort d'imagination des significations et une portée nouvelle2. A ces formules s'ajoutent des litanies, celles-ci fort longues, consistant à réciter les « mille noms » de Çiva -et de Vishnu. Pour ne pas s'embrouiller dans ces exercices, on se sert de chapelets. Il va sans dire que chaque secte a ses jeûnes, ses vœux^, ses pénitences, ses expiations, ses règles de pureté et d'impureté. Les jours sont fastes ou néfastes et l'astrologue trouve de la besogne jusque dan^ le moindre village. Enfin une grande importance est attachée à certains détails

du costume et aux signes extérieurs par lesquels se distinguent ces

1. Comparer par exemple les* cérémonies nuptiales chez Golebrooke, MiS'^ cellaneous Essays^ t. I, p. 217, éd. Cowell, avec les céréinonies décrites d'après les Sûtras, ap. Ind. Stttrf., V, p. 267. Il faut observer toutefois que Tétude de Colebrooke elle-même repose, non pas sur Pobservation directe^ mais sur des documents littéraires dont les prescriptions sont plus ou moins tombées en désuétude. Cf. encore les Acâras attribués à Çankara et qui font autorité dans le Malabar, ap. Ind, Antiq.^lV^p, 255, et ce que^itM. Bûhler de Fâcâra des brahmanes kashmîriens, ap. Journ. of the Roy. As. Soc. Bombay, t. XII, extra number, p. 21.

2. Cf. Edfndtapaniya^Up.<i éd. A. Weber, p. 300 ss., et les extraits des Tantras donnés par M. Aufrecht dans* son Catalogue des MSS. de la Bo* dléienne, p. 88 ss. '

3. Une des pratiques votives les plus répandues et les plus caractérisatiques, et qui a été adoptée même par des musulmans, consiste à passer pieds nus sur un lit de charbons ardents. M, Antiq., II, 190; lll, 6; VII. 126..

innombrables communautés. La marque la plus générale de Fhindouisme est un héritage de Tancienne religion, la cûdâ, une touffe de cheveux qu'on laisse sur le sommet du crâne quand on pratiqué la tonsure à l'enfant ^ Excepté les ascètes, qui se rasent complètement la tête ou qui laissent pousser toute leur chevelure, quiconque ne porte pas la cûdâ n'est pas considéré comme Hindou. Aussi l'ensemble hétéroclite de croyances qui constitue la religion nationale, est-il quelquefois, par opposition avec celle des musulmans, des horscaste et des aborigènes, désigné comme le shendîdharma, la religion de la shendî (shendî est le nom marhattî de la cûdâ), et les missionnaires ont plus d'une fois agité la question s'ils devaient tolérer cet usage chez leurs ouailles 2. Mais en même temps chaque secte, chaque fraction de secte a ses marques particulières, entre autres des lignes et des points de diverses couleurs tracés de diverses façons au-dessus de la racine du nez, « le signe de la Bête, » comme les appelle quelque part le révérend J. Wilson^.

La distinction d'un culte privé et d'un culte public, à peine admissible pour l'ancien rituel tel qu'il nous a été transmis, s'applique au contraire très bien aux religions néo - brahmaniques. Nous avons déjà vu que beaucoup de sectes se réunissaient pour prier et "pour s'édifier en commun^. De même, dans le culte idolâtre, beaucoup de rites sont collectifs, et le lieu saint y est à l'usage de la communauté. Ce caractère semble même avoir attiré l'attention d'assez bonne'heure : dans l'ancienne Smriti le grâmayâjaka^ celui qui officie pour un village, pour une communauté est déclaré impur^. Afin d'introduire un peu d'ordre dans ces rites multiples, nous distinguerons d'abord ceux qui, dans les campagnes, s'adressent à des objets sacrés de diverse nature, principalement à des idoles isolées, débris parfois d'un autre âge et d'une autre religion qui continuent sous des noms nouveaux de recevoir les hommages du vulgaire. C'est ainsi que beaucoup de monuments figurés du bouddhisme sont devenus des fétiches hindous, et que les colonnes élevées jadis par Açoka pour perpétuer la mémoire de ses édits, se sont transformées en lingas ^'. Naturellement ces cultes, auxquels il faut joindre ceux de la plupart des yrâmadêvalâs, des divinités ou idoles protectrices du village, relèvent de traditions purement locales et ne sont soumis à aucune règle fixe. Ils ont toutefois ce double caractère commun , d'abord d'être fréquemment sanglants, même quand la divinité que l'idole est censée représenter

i. Le cûdâkarman^ la tonsure, est un des sanskâras ou consécrations que Pancien rituel prescrit pour tout membre de la communauté ârya.

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