‹ Les religions de l'IndeChapitre 19 sur 109 · III · texte numérisé non relu

III

chiffre est encore grossi, les Gandharvas- seuls y sont au nombre de 6.333) 4, il en est qui font plus grande figure que les autres ; mais il n'y a pas à proprement parler de hiérarchie. Les rangs varient sans cesse et les rôles se confondent. Cest là un trait jusqu'à un certain point commun à toute religion reposant directement sur le mythe. Les mythes, en effet, se forment indépendamment les uns des autres, ils considèrent le même objet sous des aspects différents et entre objets différents ils saisissent les mêmes rapports ; ils se pénètrent ainsi réciproquement en rayonnant de centres divers, et ils aboutissent forcément à un certain syncrétisme. On peut affirmer par exemple que si la Grèce nous avait traiismis ses vieilles liturgies, on y trouverait tout autre chose que la belle ordonnance introduite par la main légère et profane de la Muse dans TOlympe classique. Mais, dans les Hymnes, il y a plus qu'un simple manque de classification. Non seulement parmi ces dieux qui se commandent les uns aux autres, qui naissent les uns des autres « il n'y a, comme il est dit quelque part ni grands ni petits, ni vieux ni jeunes; tous ils sont également grands », mais la suprême suprématie appartient à plusieurs; 'et du même dieu on affirme tantôt l'absolue souveraineté, tantôt la subordination la plus explicite. Indra et tous les dieux sont soumis à Varuna, et Varuna et tous les dieux sont soumis à Indra. Il y a des déclarations semblables pour Agni, Soma, Vishnu, Sûrya, Savitri, etc^. Il est assez difficile de se représenter au juste la façon de penser et de sentir que ces contradictions supposent. Ce ne sont pas de simples exagérations échappées dans le feu de la prière, car elles n'auraient pas été recueillies ni conservées si nombreuses* elles ne paraissetit pas non plus pouvoir se ramener à des différences d'époque ni à des diversités de culte. Elles sont vraiment un des traits fondamentaux de la théologie védique. Du moment qu'un dieu est évoqué, tous les autres s'effacent; il attire tout à lui, il est le Dieu et la notion tantôt monothéiste, tantôt panthéiste qui se trouve à l'état latent au fond de tout polythéisme, vient ainsi, comme une sorte de quantité mobile, s'ajouter indifféremment aux diverses personnalités fournies par le mythe. Un autre procédé par lequel se traduit souvent ce vague besoin d'unité, est celui de l'identification d'un dieu avec plusieurs autres. Il n'est peut-être pas une* seule figure marquante qui n'ait donné lieu à quelque fusion semblable. C'est ainsi qu'Indra est identifié avec Brihaspati, avec Agni, avec Varuna ; que d'Agni on déclare qu'il est Varuna, Mitra, Aryaman Rudra, Vishnu, Savitri, Pûshan^.Il n'y a pas jusqu'à la formule si fréquente dans lesBrâhmauas,« Agni est tous les dieux », qui ne se rencontre déjà dans les Hymnes 5. Sans doute cette intuition supérieure

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