‹ Les religions de l'IndeChapitre 2 sur 109 · LES · texte numérisé non relu

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L'Inde ne nous a pas seulement conservé dans ses Vôdas les documents les plus anciens et les plus complets pour Tétude des vieilles croyances n aturalistes qui, dans un passé extrêmement reculé, ont été communes à toutes les branches de la famille indo-européenne, c'est aussi la seule contrée où ces croyances, à travers bien des changements et des vicissitudes, il est vrai, se soient perpétuées jusqu'à nos jours. Tandis que partout ailleurs elles ont été, ou bien extirpées par des religions monothéistes d'origine étrangère, parfois sans laisser d'elles un seul témoignage authentique et direct, ou brusquement arrêtées dans leur évolution et réduites à se survivre entre les barrières désormais immuables d'une petite Eglise, c'est le cas du parsisme, dans l'Inde seule elles présentent jusqu'à l'époqiie contemporaine un développement continu, autonome, attesté par une riche littérature, et au cours duquel elles n'ont pas cessé de reculer leurs frontières. De cette longévité extraordinaire vient en grande partie l'intérêt qu'offrent les religions hindoues étudiées en elles-mêmes, quelque opinion du reste qu'on ait de leur valeur dogmatique ou pratique. C'est que nulle part ailleurs on ne peut observer dans des conditions en somme aussi favorables les transformations successives et, pour ainsi dire, la destinée d'une. conception polythéiste. De toutes les conceptions semblables, nulle autre ne s'est montrée aussi viyace, aussi flexible, aussi apte que celle-ci à revêtir les formes les plus diverses, aussi ingénieuse à concilier tous les extrêmes, depuis l'idéalisme le plus raffiné jusqu'à l'idolâtrie la plus grossière ; nulle n'a su aussi bien réparer ses pertes : nulle n'a possédé à un aussi haut degré la faculté de produire sans cesse de nouvelles sectes, voire de grandes religions, et, en renaissant ainsi perpétuellement

d*ellQ-même, de résister à toutes les causes de destruction, à l'usure interne commç aux agressions du dehors. Mais de là aussi la difficulté d'embrasser dans son ensemble et dans ses accroissements successifs cette vaste construction religieuse, l'œuvre de plus de trente siècles d'après les supputations les plus probables d'une histoire sans chronologie, vrai dédale de bâtisses engagées les unes dans les autres, où les premiers explorateurs se sont presque toujours égarés, tant l'histoire officielle en est menteuse, tant il s'y trouve •^^•îHiines;4*ijii.j*p4ct vénérable et qui sont d'hier. Aujourd'hui, grifcé à ia*-aéc^&pCe des Vêdas*, qui en a mis à nu les premières îissijesj A^^t:pl^sXa^îl^ de s'y orienter; mais il s'en faut encore de •bciûècÂïp*qî>^^5^^'^ •^^ pénétré dans toutes les parties de l'édifice et qu'on puisse en tracer un plan sans lacunes.

Pour nous, qui avons à décrire en un nombre restreint de pages cet ensemble compliqué, il faut nous résigner d'avance à ne présenter qu'une esquisse sommaire et cruellement incomplète. Bien des faits importants et caractéristiques, la plupart des realia, une énorme masse de mythes et de légendes, tout ce qui ne se résume pas devra être laissé de côté. De l'histoire de ces systèmes, qui n'ont p^s été cependant de simples conceptions abstraites, mais qui ont vécu de la vie complexe et troublée de toute institution humaine, nous n'aurons le temps d'examiner que le côté interne et en quelque sorte idéal, le développement des doctrines et leur filiation. Nous ne pourrons pas davantage les étudier à la fois comme religions et comme mytholo-. gies. Nous nous proposons pourtant d'être plus complet en ce qui concerne les Vêdas, à cause de leur importance exceptionnelle, toute la pensée religieuse de l'Inde se trouvant déjà en germe dans ces vieux livres. Mais nous n'essayerons pas d'aller au delà ni de remonter, à l'aide des méthodes comparatives, à l'origine même des divinités et des conceptions védiques. Môme circonscrite ainsi, la tâche reste encore assez vaste, ef nous ne sentons que trop combien ce travail sera imparfait. Nous ne nous flattons nullement de réussir toujours à' distinguer ce qui est essentiel, à démêler les lignes principales et à conserver à toutes choses dans notre exposé les proportions justes. Tout ce que nous pouvons promettre, c'est que nous n'essayerons d'y introduire ni des vues par trop personnelles, ni un ordre et une clarté factices.

1. La connaissance positive du Vêda date de la publication du- célèbre essai de H T. Colebrooke, 0» (Ae Vêdas or sacud writings of the Htnaus, inséré dans le t. VIII des Asiatic Researches, 1805 et reproduit dans les MiScellaiieous Essays du grand indiïiniste. Immédiatement après ce travail fondamental, il faut citer les trois mémoires du fondateur de l'exégèse scientifique du Vêda, M. R. Roth, Zur Lituratur und Geschichte des Weda, 1846.

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