RIG-VÊDA
Les plus anciens documents que nous ayons des religions de l'Inde sont les recueils appelés Vêdas, On en compte tantôt quatre, tantôt trois, selon qu'on entend parler des recueils eux-mêmes ou de la nature de leur contenu, et, de ces deux façons de.comptfer, c'est la seconde qui est la plus ancienne*. Une des plus vieilles divisions des mantras ou textes liturgiques est, en effet, celle qui les distingue en . rie, en yajus et ensâman'^, ou, d'après une définition postérieure ^ mais qui peut être acceptée comme valable^pour des temps bien plus anciens*, en hymnes, plus exactement en vers d'invocation et de louange qui se psalmodiaient à haute voix, en formules relatives aux divers actes du sacrifice qui se murmuraient à voix basse, et en cantilènes d'une structure plus ou moins compliquée et suivies d'un refrain qui était chanté en chœur. Posséder la science des ries, des yajus et des sâmans, c'était posséder la « triple science, » le triple Vôda. Quand, au contraire, il est que^ion de quatre Vêdas^, il s'agit des quatre recueils actuellement existants : le Rig-Vêda, qui renferme la collection des hymnes ; lé Yajur- Vêda, où sont réunies les for-
1. Aitar. Br. V, 32, 1; Tailtir. Br. III, 10,11, 5; Çatap. Br. V, 5, 5, 10.
2. Atharva-V. VII, 54, 2; cf. Rig-V. X, 90, 9; Çatap. Br. IV, 6, 7, 1.
3. La définition officielle est donnée dans les Mimânsâ'SûtraSf II, 1, 35-37, p. 128-129 de Pédition de la Bibliotheca Indica ; cf. Sâyana, Commentaire du Rig-Vêda^ t. I, p. 23, et Commentaire de la Taittiriya Samhitâf t. I, p. 28, éd. de la Biblioth. Indica.
4. AthV. XII, 1, 38; Aitar. Br.V, 32, 3-4 ; Çatap. Br. II, 3, 3, 17.
5. Chândog. Up. VII, 1, 2. AthV. X, 7, 20; Brihadâr. Up. II, 4, 10.
mules; \e Sdma-Vêda, qui contient les cantilènes (les textes de ces cantilènes ^ont des vers du Rig-Vôda), et r/l^/iart^a-Kdrfa, collection d'hymnes comme le Rig-Yêda, mais dont les textes, quand ils ne sont pas communs aux deux recueils, sont en partie plus jeunes et ont dû servir aux pratiques d'un culte différent. Outre ces collections de mantras, c'est-à-dire de textes liturgiques et sacramentels, appelées SamTiitds, chaque Vêda comprend encore, comme seconde partie, un ou plusieurs Brâhmanas ou traités sur le cérémonial, dans lesquels, à propos de prescriptions rituelles, nous ont été conservées de nombreuses légendes, des spéculations théologiques et autres, ainsi que les premiers essais d'exégèse. Dans la plus ancienne rédaction du Yajur-Vôda, qui est le Vôda rituel par excellence, dans le Yajus Noir^ ces deux parties sont encore môlées l'une à l'autre. Enfin, de chaque Vêda, il existait plusieurs recensions appelées Çdkhàs ou branches, qui présentaient entre elles des différences parfois très considérables*. De ces recensions, en tant qu'elles afî'ectent les
1. De cette littérature, il y a de publié en éditions critiques : 1° Rig-Vêda, a. Samhitâ : Tht* Rig*Veda-S<^nhiia^ logether with the (jO'nmyntary of Sayinncharya, éd. by j^ax Muller, 6 vol. in-4% 1849 1874. Réimprimé par le même, sans le commentaire : TUe Hymns of Ihe Rig^Vtda in Ike Sanhita nnd Pada texts^ 4 vol. in-8°, 1873. — Dh Hifinnen des Rigveda herausgegeben. von Th. Aufrecht, 2 vol. in-S^, 1861-1863; forme les t. VI et VII des Imii^che Studien. Le même, 2« édition, 1877. Traductions : française; par A. Langlois, 1848-1851; réimprimée en 187â. Anglaises, par H. H. Wilson, continuée par E. B. Coweli, 1850-186S, réimprimée en 1868; par Max Millier (le l»*" volume seul a paru) 1S69. Allemandes, par A. Ludwig, 1876-1879 et par H. Grassmann, 1876-1877. Une édition du texte avec traduction anglaise et . ^ ^ marhattî, The Veclârlayatna , par Shankar Pandit, est depuis 1876 en cours
li.^ de publication à Bomtay.
b, Brâhmana : TUe Aitareya Brahmanam of the Rigveda, edited and translated by M. Haug, 2 vol. in-8°, Bombay, 1833; une édition plus correcte vient d'être donnée par M. Tli. Aufrecht : Das Aitareya Brâlimana mit Ans-zûgen au8 dem Commentare von Sai/andcdrj/a, Bonn, 1879. — The Aitareya Aranyaka tvith the commanlaSy of Sdyma ârhnryn, ed by Râjendralâla Mitra, Calcutta, 1876 (Bibliolh. Indica. Les Aranyakas sont des suppléments aux Brâhmanas).
2o Atharva-Vêda, a. Samhitâ : Athnrva Veda Sanhita herausgegeben von R. Roth und W. D. Whitney, 1855-56.
6. Brâhmana : The Gopatha Brâhmana of the Atkarna Veda^.eâ. by Râjendralâla Mitra and Harachandra Vidyâbhushana, Calcutta, 1872 (Biblioth. Indica).
3° Sâma-Vêda, a, Samhitâs : Die Hymnen des Sâma-Veda, herausgegeben, ubersetzt und mit Glossar versehen von Th. Be\ifey, 1848. A fait oublier l'édition et la traduction anglaise antérieures de J. Stevenson, 1841-1843. — Sâma Veda Sanhita witk the commentary of Sdyana âchârya, ed. by Satyavrata Sâmaçrami, Calcutta, 1874* (Bibliotheca Indica. Cette édition, parvenue au 5« volume, Comprend toutes les collections liturgiques du Sâma-Vêda, ainsi que les Gânas, c'est-à-dire les textes sous leur forme de cantilènes).
b. Brâhmanas ; The Tândya Mahdbiâhmana with the commentai y of Sdyana âchârya, ed. by An'andachandra Vedântavâgîça.,2 vol., Calcutta, lb70-1874 (Bibliotheca Indica). — La section finale du Shadoinçibrdhmana a été publiée et commentée par M. A. Weber, Zwei Vedische Tc.ne ûberOmina und Portenta^ dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, 1858. — Des petits Brâhmanas de ce Vêda, on doit à M. A. C. Burnell ; The Sdmatnd/idna-Âr., London, 1873.
RELIGIONS VEDIQUES ^ 5
recueils fondamentaux, les Samhitâs, un petit nombre seulement est parvenu jusqu'à nous : du Rig-Vêda et du Sâma-Vêda, une seule* ; deux de TAtharva-Vêda^^; du Yajur-Vôdâ, par contre, cinq, dont trois du Yajus Noir^ et deux du Yajus Bïanc*. Tout cela réuni constitue la Çruti, « l'audition, » la tradition sacrée et révélée.
Si Ton excepte un certain nombre d'appendices que la critique n'a pas de peine à distinguer, nous avons dans l'ensemble de ces écrits une littérature authentique, qui se donne pour ce qu'elle est, qui n'essaie nullement de s'attribuer une origine surnaturelle ni de .déguiser son âge en ayant recours aux procédés du pastiche. Les interpolations et les additions successives y a'bondent, mais elles ont été faites de bonne foi. Il n'en est pas moins difficile d'établir l'âge de ces livres, même d'une façon tout approximative. Les parties les plus récentes des Brâhmanas parvenus jusqu'à nous, ne paraissent pas remonter plus haut que le cinquième siècle avant notre ère^ Le reste de la lit-
— The Vamça-Br.^ Mangalore, 1873. — The Devatddhyàya'Br., il)id.,1873. — ThèArsheya-Br.y ibid., 1876 ; le même, texte de Técole Jaimiriîya, ibid , 1878.
— The SamhitopanishadtBr.^ ibid., 1877. Tous ces textes, excepté le dernier; sont accompagnés du commentaire de Sâvana. Le Yançabrâhmana avait été publié antérieurement par M. A. Weber dans ses Indische Studien^ t. IV. — On doit de plus à M. Burnell la découverte du Jaiminîya-Br,, dont il a publié un fragment ^ous le titrerai legend from the Talavakâra or Jaimimyabrâhmana of the Sâma veda^ Mangalore, 1878.
4° Yajur-Vêda, a. Yajus Blanc : The wkite Tajur-Veda, éd. by A. Weber, 3 vol in-4«>, 1849-1859; comprend : i^ la Samhitâ, Tne Vdjasnneyi-Sanhitâ in the Mâdhyandina and the Kàioa-Çâkkd, wUh the commentary of Mahidhara ; 2° The Çaiapatha brâhmanay avec extraits des commentaires; 3° 2he Çrauta- Sâtras of Kâtydyana, avec extraits des commentaires.
6. Yajus Noir : Die Taittirifift-Sanihitâ, herausgegeben von A. Weber, 1871-1872; forme les t. XI et XII de3 ladischti Studien. — The Sanhitâ ofthe BtncJi Yajnr-Veda^ With the commnntary of MMUaoi Ac'iânja^ Calcutta, 1860 (Bibliotheca, Indica ; la publication, parvenue au IV® volume, com-
Êrend à peu près la moitié du texte ; les éditeurs ont été successivement . Roer, E. B. Gov^rell, Maheçachandra .Nyàyaratna). — The Tnittiriya Brâhmana of the Black Yajur Veda , with the commentary of Sâynvâ^ V/farui, éd. by Râjendralâla Mitra, 3 vol. in-So, Calcutta, 1859-4870. (Bibliothecaf Indica). — The Taittirîya Aranyàkn of the Black Yajur Veda, with the comment af y of Sây an âchârya^ ed by Râjendralâla Mitra, Calcutta, 1872 (Bibliotheca Indica).— Pour les Ujmnishnda, qui sont rangées, quelques-unes avec raison, la plupart à tort, dans cette littérature, voir plus bas.
1. Celtes des Çâkalakas pour le Rig-Véda, et dés Kautbumas pour le Sâma-Vêda. Pour une autre Çâkhâ de ce dernier Vêda, celle des Jaiminîyas, dont il. subsiste des textes, vid. Â. C. Burnell, The Jaiminiya Text of the Arsheyabrâhmana^ Mangalore, 1878.
2. Outre la Vulgate éditée par Roth et Whitney, celle des Paippalâdis découverte récemment au Kasnmtr, cft R. Roth, Der Atharvaveda in Kaschmir, 1875.
3. Celles des Taittirtyas (publiée), des Kâtbas (vid. A. Weber, Indixche Studien, III, 451 ; Indische Literaturgeschichte, p. 97, 2© éd.), des Maitrâyanîyas (vid. Haug, Brahma unddie Brahmanen, 1871, p. 31 ; A.Weber,lndt«cA« Studien, XIII, p. 117; L. Schrœder, Zeitschr. der Deutschen Morgenland. 6'e/éf//«c/i., XXXIII, p. 177).