Ghândogya-Up. Vli
32 LES RELlGIOxNS DE L'INDE
fice, ou celle de Prajàpati, le dieu suprême, avec l'année i . A côté de ce symbolisme outré, il y a aussi une forte tendance évhémériste.En général on chercherait en vain dans la partie rituelle de ces écrits l'élévation et la délicatesse du sentiment religieux que nous avons constatées dans les Hymnes. Une sorte de cynisme professionnel s'y étale lourdement. Parfois les dieux sont représentés comme des êtres indifférents à toute notion morale, et on raconte sans broncher sur leur compte les histoires les plus scabreuses, telles que l'inceste multiple de Prajàpati avec sa fille, les fraudes employées par Indra contre ses ennemis, etc^. Les rites sont aussi mis au service de desseins coupables, et on va même jusqu'à enseigner froidement comment, à l'aide de tel petit changement, le prêtre peut opérer la destruction de celui qui l'emploie et qui le paie'*,. En d'autres endroits, il est vrai, on le. lui défend et même sous peine de mort ^. Ce serait exagérer toutefois, que de conclure immédiatement de là à un abaissement général et progressif xies esprits et des consciences. En réalité les esprits n'étaient pas tombés si bas qu'il semblerait de prime abord, comme nous pourrons nous en convaincre quand nous examinerons les doctrines spéculatives qui s'agitaient dans quelquesunes du moins de ces écoles, et, d'autre part, la collection assez riche de préceptes que renferme cette littérature malgré sa sécheresse habituelle, ainsi que les notions plus complètes d'une justice rétributive après la mort qui s'y affirment, montrent que le code moral, loin de s'appauvrir, était devenu au contraire plus précis et plus compréhensif. En jugeant les Brâhmanas, il faut tenir compte de la faiblesse de style qui est propre à ces écrits, de la maladresse de cette prose naissante à exprimer les nuances de la pensée ; il faut surtout ne pas perdre de vue leur caractère ésotérique et strictement professionnel.
L'objet principal, on peut dire l'objet unique de ces livres, est en effet le culte. Les rites sont ici les véritables dieux, ou du moins leur ensemble constitue une sorte de puissance indépendante et supérieure, devant laquelle les persofenalités divines s'effacent et qui tient à peu près la place réservée dans d'autres systèmes à la destinée. L'ancienne croyance déjà relevée dans les
1. Taitt, Samh. I, 7, 4, 4; Taitt. Br. I, 6, 2, 2, etc. ; Ait. Bi\ I, i, 14. Cf. encore l'aveu, que la notion de Prajàpati est obscure, confuse : Taitt. Br. I, 3, 4, 4 ; I, 3, 8, 5; I, 8, 5, 6; et des déclarations telles que : « Agni est tous les dieux. . . les Eaux sont tous les dieux. » Taitt. Samh. II, 6, 8, 3; Taitt. Br. m, 2. 4, 3.
2 Brihadâr. Up. I, 3, 1-4 ; la même histoire, mais avec l'expression d'un blâme, Çatap. Br. I, 7, 4, 1-4; Ait. Br. III, 33, 1-3. Dans le Rig-Vêda, le mythe est anonyme : X, 61, 4-7; 31, 6-10.
3. Taitt. Samh. I, 6, 10, 4; Aitar. Br. I, 25, 13; II, 32, 4; III, 3, 2-9; III, 7, 8-iO; etc. Pour prévenir tout méfait semblable, ily a une cérémonie particulière, le Tânûna'ptra^ par laquelle tous les participants d'un sacrifice se constituent solidaires les uns des autres : Taitt. Samb. I, 2, 10, 2, et VI, 2,2, 1-4; Aitar. Br. I, 24, 4-8.