Apastamba Dh^ S. II
2. Déjà dans les Brâhmanas on aperçoit la tendance de rendre le sacrifice moins sanglant : cf. la légende relatée Aitar. Br. II, 8 et Gatap. Br. I, 2, 3,* 6(Mûiler, Aneient Sanskrit Literature, p. 420, e^ A..Weber, Zeitsch. d. D. Morgenl. Gesellsch. t. XVIII, p. 262.), jd'après laquelle le medhOy la propriété d^hostie passe successivement de Phomme dans le cheval, du cheval dans la vache, de la vache dans la brebis, de la brebis dans la chèvre, de la chèvre dans la terre et finalement dans Torge et dans le riz ([xii contiennent ainsi Tessence de «toutes les victimes et constituent la meilleure des offrandes.
et sauvages imaginables , il * en est une qui revient avec une fréquence sinistre : l'homme «. Non seulement des traces du sacrifice humain se sont conservées dans la légende ainsi que dans le sym* bolisme du rituel, mais ce sacrifice es£ expressément mentionné et prescrit. Tous les grands somayâgas exigent en principe une ou plusieurs victimes humaines, et Tun d'eux s'appelle même tout simplement le purushainêdha, le sacrifice de l'homme. Les textes parlent différemment de ces rites. Tantôt ils les représentent comme tombés en désuétude (pour l'un d'eux ils nous ont même conservé le nom de celui qui doit l'avoir célébré pour la dernière fois), mais ils les maintiennent en principe et protesteùt contre leur abolition; tantôt ils en font des actes purement symboliques ; tantôt enfin ils les décrivent sans autres réflexions comme des usages parfaitement en vigueur^ sans qu'il soit toujours possible de ramener ces différences à une succession chronologique. Il est difficile de se prononcer nettement entre ces témoignages contradictoires, surtout en présence, d'une part, du silence des Hymnes (car on ne saurait voir un indice dans le . sacrifice décrit dans l'hymne du Purusha), et, d'autre part, de la doctrine dès lors grandissante de Vahinsâ ou du respect de tout ce qui a vie. Faut-il voir dans ces rites un héritage de la barbarie primitive, la survivance d'un de ces usages que la religion des Hymnes réprouve? Faut-il y voir une aberration postérieure du sens religieux? Ou même ne serait-ce là qu'une. de ces exagérations de pure théorie dont cette littérature abonde, exagération qui serait née dans des cerveaux malsains hantés de l'idée que l'homme, la plus noble des créatures, doit être aussi la plus précieuse des victimes? Les détails fbumis par les textes sont parfois si précis que cette dernière explication, prise isolément, nous paraît avoir le moins de chance d'être la vraie. Aussi, malgré l'extrême faiblesse des indices contenus dans les Hymnes, le plus probable nous paraît être encore que l'Inde aryenne a en effet connu et pratiqué le sacrifice humain dès les temps les plus reculés, miais comme un rite exceptionnel et réprouvé, et que, pour faire taire cette réprobation, il n'a pas fallu moins que le cynisme professionnel qui s'étale si fréquemment dans les Brâhmanas et dans les Sûtras, et le demi-jour discret qui résulte de leur caractère ésotérique^. , — Par contre, une coutume non moins barbare, mais qui, elle, à n'en pas douter, a fait jusqu'à nos jours d'innombrables victimes, l'immolation plus ou moins volontaire de la veuve sur le bûcher de son mari, n'est pas autorisée par le rituel védique, bien que certains traits du symbolisme des funérailles (particulièrement dan$ l'Atharva-Vêda) la frisent de bien près et la fassent en quelque
1. M. A. Weber a épuisé cette matière dans son mémoire Ueber MenscHenopfer beidenlndern der vedischenZeit, ap. Zeitsch. d. D. Morgenl. Gesellsch, t. XVIII. cf. aussi H. H. Wilson, Oniiuman sacrifices in the aticient religion oflndia^ ap. Select Works, t. II, p. 247.
2. Le Purushamedha du vieux brahmanisme doit être soigneusement distingué du sacrifice humain que nous retrouverons plus tard dans le culte de^ Durgà.
sorte pressentir 1. Dans TAtharva-Vêda, on voit encore que la veuve pouvait à certaines conditions se remarier^, ce qui lui fut rigoureuse-
. ment interdit par la suite dans l'usage orthodoxe. La coutume du suicide de la sait n'en est pas moins fort ancienne, puisque déjà les Grecs d'Alexandre la trouvèrent en usage chez un peuple au moins du Penjâb^. Le premier témoignage brahmanique qu'on en trouve est celui de la Brihaddevatâ qui, peut-être, remonte tout aussi haut. Dans la poésie épique, il y en a de fréquents exemples. A l'origine, elle paraît avoir été propre à l'aristocratie militaire, et c'est sous l'empire des religions sectaires qu'elle a surtout fleuri. Pour être juste, il convient d'ajouter que c'est seulement à une époque relativement moderne qu'elle a cessé de trouver des contradicteurs^*. On^sait qu'elle a été définitivement abolie, en territoire soumis à l'autorité britan-
. nique, par lord William Bentinck en 1829.
Jusqu'ici nous n'avons parlé ni d'images des dieux, ni de sanc-
* tuaires. Nous ne saurions cependant nous soustraire entièrement à une question qui a été souvent agitée ; la religion védique a-t-elle été idolâtre? La description physique des dieux grands et petits est parfois si nette dans le Vêda, on peut y relever tant de traits frisant le fétichisme et une tendance si marquée de représenter la divinité par des symboles ; d'autre part l'homme , du moment qu'il s'imagine ses dieux sous une forme précise, est si invinciblement tenté de réaliser cette forme en des objets sensibles, qu'il est difficile de croire que l'Inde védique n'ait pas adoré d'images. Nous ne doutons nullement, par exemple, que les cultes dé certaines divinités locales et populaires, sur lesquels nous n'avons que des renseignements indirects et très vagues, n'aient été dès l'origine aussi franchement idçlâtres ou fétichistes qu'ils le sont restés par la suite, et que de ce chef l'Inde n'ait eu de tout temps ses symboles figurés, ses caityas, arbres ou pierres sacrés, ses lieux hantés, ses cavernes et ses sources saintes, c'est-à-dire ses idoles et ses sanctuaires. Ce serait, à notre avis, abuser de la preuve négative que de conclure que tout cela est moderne, parce que la littérature védique n'en parle pas ou n^en parle que très tard. Mais, en dépit de quelques indices qu'on a parfois fait valoir» en §ens contraire^, nous pensons que
1. RV. X, 18; AthV. XVIII, 3, 1 ss. On sait que c'est précisément sur RV. X, 18, 7-8, où la veuve est invitée à quitter le bûcher avant qu'on y mette le feu, que les brahmanes se fondaient pour maintenir le caractère révélé de cet usage. Cf. Golebrooke, On the duties ofa faithful Hindu widow^ dans lés Miscellancous Essays, t. 1, p. 133, éd. Cowell; et H. H. Wilson, Oti the supposed vaidik authority for the burning of Hindu widowu et sa curieuse polémique à ce sujet avec Râja Râdhâkânta Dêva, ap. Select Works, t. II, p. 270.