‹ Les religions de l'IndeChapitre 45 sur 109 · II, 2, 5. Cf. Bhagavad-Gîtâ XVIII · texte numérisé non relu

II, 2, 5. Cf. Bhagavad-Gîtâ XVIII

^5. Chândog. Up. VII, I; Mundaka-Up. I, 1, 4-o. Cf. Bhagavad-Gîtâ II, >*.w; IX, 21.

ô- X, 7, 17, 24, 32 ; X, 8, 1 ; etc.

épithète, il finit par faire tomber en désuétude les autres acceptions du mot. En môme temps s'établit l'usage de désigner par Brahriiâ au masculin le Dieu 'personnel, pi'emière manifestation de l'Absolu, le Prajâpati des anciens textes, le créateur et l'aïeul {Pitâmaha) des êtres.

Mais cette science du vrai brahman n'est pas de celles qui peuvent s'enseigner avec des mots. Admettre la doctrine de l'identité,, c'est déjà beaucoup sans doute, mais ce n'est que le point de départ. D'abord on avait cru qu'il suffisait d'avoir la notion parfaite, la certitude entière et permanente de .cette identité. Mais bientôt on exigea davantage. On prétendit que l'âme en épi'ouvât la perception immédiate, qu'elle se sentîi en union avec l'Absolu. C'est ici que celte théosophie hautaine retombe lourdement, et qu'elle expie son dédain de toute pratique et de toute observance. Depuis longtemps on attribuait une clairvoyance particulière au rêve et aux phénomènes extatiques. On y voyait un moyen de communiquer avec le monde invisible et avec la divinité ; on en fit la v/aie manière de philosopher, la voie du yoga et du salut. Il y a. donc dans les Upanishads, surtout dans celles qui sont moins anciennes, une théorie complète de l'extase et des moyens de la provoquer: immobilité prolongée du corps, fixité hébétante du regard, répétition mentale de formules bizarres, méditations sur les mystères insondables contenus dans quelques monosyllabes tels que le fameux om qui est le brahman même, sup- .pression du souffle, toute une série d'exercices hypnotiques par lesquels on s'imaginait faire rentrer les esprits vitaux dans la pensée, la pensée dans l'âme, recueillir celle-ci tout entière dans le cerveau, puis la ramener dans le cœur où siège l'âtman suprême Ml est inutile d'insister davantage sur ces procédés, auxquels une physiologie étrange peut donner une certaine apparence de singularité, mais qui se retrouvent à peu près les mômes dans le bagage de beaucoup d'autres sectes d'illuminés. Ils ont été recueillis et exposés ex-prof esso dans le système qui porte plus particulièrement le nom de Yoga, Pratiqués cc^nsciencieusement, ils ne peuvent qu'aboutir à la folie et à l'idiotisme, et c'est en efl'et sous la figure d'un fou ou d'un idiot que dans les Purànas'^, par exemple, on nous dépeint souvent le sage. Nous n'avons pas à juger ici les spéculations des Upanishads, ni à insister plus longuement sur les conséquences inévitables de ce premieressaidelaphilosophiedel'absolu.Il n'est que trop visible combien cette doctrine est peu disposée à se mettre à l'école de l'expérience, combien ^elle porte à l'orgueil spirituel, ce péché de race qui frappa

1. Katha-Up, III, 13. Les deux premières sections de la Çvêtâçvatara- Up. et la VI® de la Maitri-Up. (qualifiée, ilest vrai, deKhila, de supplémenl^ par le commentaire de Ràmatirtha, p. 77, éd. de la Bibl. Ind.) sont consacrées à ces exercices. Dans la Garbha-Up. 4, le fœtus s'y apprête déjà dans le sein maternel.

2, Cf. la légende du roi Bharata, Vishnu-P, II, ch. xiii, t. II, p. 316 de la traduction de H. H. Wilson, éd. Hall; et le « vœu de folie, » l'unmattavrata, ibid. I, ch. IX, t. I, p. 135.

si vivement les Grecs quand ils entrèrent en rapport avec les brahmanes*; combien, même débarrassée de ses exagérations, elle tend à énerver la conscience, et quelle idée mélancolique en somme elle donne de la vie. On a souvent insisté sur ce dernier côté et on a cru saisir dans ces apirations à un état qui pour nous ressemble si fort au néant, la plainte d'un peuple malheureux et las de vivre. Nous croyons, pour nôtre part, qu'il ïie faut admettre cette explication qu'avec une extrême réserve, même pour le bouddhisme, qui cependant a été bien plus franchement pessimiste. Les prémisses une fois posées, la suite des déductions métaphysiques a quelque chose de fatal, et celles-ci devaient sortir, pour peu qu'on osât les y chercher, de données premières qui n'ont rien de commun avec le dégoût de la vie. Aussi ces doctrines nous paraissent-elles à l'origine respirer la hardiesse spéculative bien plus que la lassitude et la souffrance. Il n'en est pas moins vrai qu'elles sont loin d'être sereines et que, à la longue, malgré leur incontestable grandeur, elles ont exercé une action déprimante sur l'esprit hindou. Elles l'ont habitué à. ne point connaître de milieu entre l'exaltation et la torpeur, et elles ont fini par imprimer à toutes ses productions un caractère uniforme, mélange d'ardeur inassouvie et de satiété. Car (et c'est là une dernière remarque qui doit être faite ici) ces doctrines ne se transmettront pas seulement dans l'école comme système philosophique, mais en elles trouveront désormais leur expression toutes les aspirations bonnes ou mauvaises du peuple hindou. A toutes les sectes elles fourniront une sorte de théologie supérieure. Le« unes s'en, inspireront comme d'un idéal, et il naîtra ainsi de loin en loin des œuvres d'une élévation et d'une délicatesse incomparables ; les autres les abaisseront à leur niveau et les exploiteront comme un répertoire, de lieux communs. Les moins religieuses leur emprunteront les dehors de la dévotion, les plus abjectes et les plus exécrables s'affubleront de leur mysticisme et se serviront de leurs formulés. C'est en parlant du brahman et de la délivrance, que tes alchimistes se feront une religion du grand œuvre, que les sectateurs de Kâlî immoleront leurs victimes, que certains çivaïtes se livreront à leurs orgies. On a peiiie à comprendre ces chutes profondes à côté d'œuvres comme la Bhagavad'Gîlâ,1e Kural et même certaines portions des Purânas, et nulle littérature ne démontre comme celle-ci la vanité du mysticisme et son impuissance à rien fonder de durable. Le nombre de fois que des esprits d'une trempe peu commune ont ainsi essayé de refaire l'œuvre des Upanishads, est vraiment prodigieux. La plupart de ces tentatives ne diffèrent entre elles que par des détails de faits, et nous n'aurons pas même à les énumérer. Leur histoire commune est un perpétuel et affligeant recommencement : au début, un effort vigoureux et de hautes visées, suivis bientôtd'une irrémédiable décadence;

comme résultat final, une secte et une superstition de plus.

• 1. Cf. le récit de l'entrevue d'Oaésic^'ite avec les brahmanes ap. Plutarch. Alexander, LXV; StraboXV, c. lxiv, lxv; Megasthenis fragmenta, p. 140, 141. éd. Schwanbeck. Cf. la légende de Raikva, Ghândog. Up. IV, 1 et 2.

Aussi h'est-il pas étonnant qu'au cours de ces agitations stériles, le bon sens brutal ait eu parfois sa revanche et que, à tant de rêveries, il ait répondu par le scepticisme, par la moquerie et par la négation cynique. Déjà dans le Rig-Vêda il est question de gens qui nient l'existence d'Indra*. Dans les Brâhmanas on se demande parfois si réellement il y a une autre vie^; et le vieil exégète Yâska, qu'on place d'ordinaire au cinquième siècle av. J-C, est déjà obligé de réfuter l'opinion de maîtres bien plus anciens que lui et qui déclaraient le Vêda un tissu de non sens ^. Ce scepticisme vulgaire, qui ne doit pas être confondu avec les négations spéculatives du Sânkhya et du bouddhisme et dont l'allure frondeuse contraste si fortement avec l'esprit timoré des modernes Hindous, parait avoir eu autrefois d'assez nombreux adeptes. Le terme le plus ancien par lequel on les trouve désignés est Nàstika (dérivé de na^asli^ non est) « ceux qui nient ». Ils paraissent avoir formé des associations plus ou moins avouées sous la déhonjination de Cdrvdkas (du nom d'un de leurs maîtres) et deLokdyaias « les mondains ». Gomme d'autres sectes, ils ont eu leurs Sûtras attribués, par dérisian sans doute, à Brihaspati, le guru ou précepteur des dieux. Leur doctrine est représentée comme un scepticisme abolu, et leur morale, qui nous a été conservée dans quelques çlokas ou distiques écrits avec beaucoup de verve et attribués au même Brihaspati, est un simple appel à la jouissance : « tant que va la vie, amuse-toi et fais bonne chère ; une fois que le corps est réduit en cendres, il ne revivra plus *. »

IIL — DECLIN

La religion. que nous venons d'exjoser est proprement le brahmanisme, la religion des brahmanes. Bien différente de celles qu'il nous reste à examiner et dont les unes,, le bouddhisme et le jainisme, ont rompu avec eux dès l'origine; dont les autres, les diverses formes du vishnouisme et du çivaïsme, ont été adoptées par eux et se sont épanouies sous leur direction, mais ne leur ont jamais appartenu au point de ne pas pouvoir se passer de leur ministère, celle-ci est bien leur œuvre et leur propriété.' Elle ne se serait pas faite sans eux, elle ne saurait exister sans eux et sans eux

i. II, 12, 5; VIII, 100, 3, 4.

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