‹ Les religions de l'IndeChapitre 58 sur 109 · Ind. Antiq. III, p · texte numérisé non relu

Ind. Antiq. III, p

3. Inscription de Bairât ap. CorptM Inscript. ïndic,^ pi, XV.

que lés plus anciens témoignages irrécusables en faveur du jainisme ne remontent pas au delà du cinquième siècle après Jésus-Christ (car la mention des Nirgranthas dans les édits d'Açoka ne constitue qu'une probabilité^ et l'application aux jainas d'une inscription de Mathurâ du premier siècle est douteuse*), si oh considère en outre que- la principale langue sacrée des bouddhistes, le pâli, est presqu'aussi ancienne que ces édits, tandis que celle des jainas, VArdha- Màgadhî, est un dialecte prâkrit notablement plus jeune 2; si on ajoute à tout cela les inductions très peu sûre&, il est vrai, dans l'état actuel des connaissances, que fournissent les caractères internes du jainisme, sa systématisation plus avancée, sa tendance à tout amplifier, sa .préoccupation constante de se vieillir, on n'hésitera pas à reconnaître que le bouddhisme est celui des deux qui a le plus de droits à être tenu pour l'originaP. Nous devons ajouter toutefois que le savant qui connaît le mieux la littérature encore inédite des jainas du Nord, M. G. Biihler, de Bombay, pense avoir acquis la preuve que les traditions coacernant Mahâvîra remontent à un personnage réel, différent de Gautama Budçlha et à peu près son contemporain, dont le nom véritable aurait été le nirgrantha Jnâtiputra, « l'ascète des Jnâtis », Jnâti désignant le clan râjpoutc auquel le nirgrantha aurait appartenu*. Ce fait, s'il était parfaitement établi, serait évidemment d'un grand poids, et il n'en faudrait pas beaucoup' de semblables pour modifier singulièrement les conclusions qui précèdent. Mais, à lui seul, il ne saurait prouver ni l'autorité de la biographie du Jina, ni surtout Toriginalité du jainisme, lequel, au point de vue de la filiation des doctrines, n'en reste pas moins pour nous, jusqu'à nouvel ordre, une secte issue du bouddhisme.

A quelle époque cette secte est-elle arrivée à une existence vraiment indépendante ? Pour répondre à cette question, il faudrait pouvoir dire d'abord ce qu'a été le jainisme primitif, et c'est là un problème qui ne sera abordable que quand on aura accès aux livres fondamentaux de la secte. Jusqu^à présent on est réduit à cet égard aux témoignages externes. Nous avons vu déjà que les nirgranthas des incriptions d'Açoka étaient, selon toute probabilité, sinon des jainas, du moins des ancêtres du jainisme actuel. Par ses caractères philologiques, la langue sacrée de la secte nous réporterait pour l'origine de sa littérature, à une époqiie inférieure de plusieurs siècles

1. A. Gunningham, Archœological Survey^ t. III, »p. 35. La nudité de la figure n'est peut-être pas décisive en faveur d^une origine jaina. Cf. cependant, ibid., t. I, p. 94.

2. Pour r&ge des écrits jainas, cf. maintenant H. Jacobi, ^a^posûtra, Introd., p. 15.

3. Colebrooke avait adopté la solution opposée, Miscellnneotts Essays^ t. II, p. 276, éd. Cowell. H. H. Wilson, au contraire,, ne croyait pas les jainas plus anciens que le huitième ou le neuvième siècle, Select Works, t. I, p. 334

4. Ind. Antiq. VII, p. 143. Depuis, M, H. Jacobi, qui partage avec M- Bûhler l'honneur de cette découverte, Ta exposée avec plus de détails, Kalpasûtra, p. 6.

JAINISME 91

au début de 'notre ère. Dès le cinquième siècle par contre, nous trouvons les jainàs solidement établis jusqu'à Textrémité de la péninsule, et c'est à eux et aux bouddhistes, qui les avaient précédés du reste dans ces contrées, que remonte la première culture littéraire des langues canarèse et tamoule. Au septième siècle, du temps de Hiouen-Thsang, ils étaient la secte dominante dans le Dékhan. Aujourd'hui leur nombre est beaucoup réduit (environ . un demi miUion), et comme Eglise, ils sont en décadence. Mais ils forment toujours encore des agglomérations notables dans le Sud, oùils sont en général agriculteurs, et daiîs l'Hindoustan occidental, où ils se livrent de préférence au commerce et où leurs communautés, riches pour la plupart, ne présentent plus guère de traces de l'ascétisme primitif. Dans presque toutes les grandes villes, de Lahore à Bombay et i Calcutta, on les^ trouve établis comme négociants ou banquiers, et cette aptitude particulière pour le trafic ne laisse pas de rappeler le grand rôle que les marchands, les orfèvres, les armateurs jouent dans les légendes et dans les inscriptions bouddhistes. Dans le Bihâr, leur pays d'origine, où le sanctuaire de Pârasnâth (forme vulgaire de Pârçvanâtha, l'avant dernier Jina), est; toujours encore un but de pèlerinage*, ils ont à peu près disparu comme population sédentaire. — Il serait aisé de former des conjectures pour expliquer cette survivance des jainas, en présence du sort si différent des bouddhistes. Nous n'en hasarderons qu'une seule. Quelle que soit la date des origines premières du jainisme, son avènement comme religion est postérieur à celui du bouddhisme et historiquement il est plus jeune. Il a pu atteindre ainsi l'éppque de la domination musulmane qui a eu pour effet d'arrêter la propagande de. l'hindouisme et qui, en poussant indirectement au morcellement religieux, politique et social de la nation, a été partout conservatrice des minorités, des petites associations et des petites Eglises.'

1. Cf. Hunter, A Statistical AccouM of Bengale t. XVI, p. 216.

Les religions sectaires ou néo-bràhmaniques que nous comprenons sous la dénomination générale d'hindouisme, et qui de

• nos jours sont professées par environ 180 millions d'hommes * dans l'Inde britannique, dans. le Népal, à Ceylan, dans. Tlndo-Chine, aux îles de la Sonde, à l'île Maurice, au Cap, et jusqu'aux Indes occidentales oti elles ont. été introduites par les coolies, ne forment pas un ensemble aussi homogène que le vieux brahmanisme ni, à plus forte raison, que le bouddhisme et le jainisme. Malgré les tenta-

* tives qui ont. été faites à diverses époques et à des points do vue différents pour les ramener à une sorte d'unité, elles ont constamment résisté à tout essai de systématisation. Elles constituent une masse flottante de croyances, d'opinions, d'usages", de pratiques, de notions religieuses et sociales oti l'on retrouve bien un certain fond commun et un air prononcé de famille, mais d'où il s.erait bien difficile de dégager une véritable définition. Actuellement il est à peu près impossible de dire au juste ce, qu'est l'hindouisme, ou il commence et où il finit. La diversité en est l'essence même et sa véritable expression est la secte, la secte constamment mobile et poussée à un état de division dont rien n'approche dans aucune autre forme religieuse. Dans le passé, ce morcellement a sans doute été moindre, mais, aussi haut qu'on remonte, 'on trouve ou du moins on devine un état de choses qui a dû ressembler plus ou moins à ce qui s'observe aujourd'hui. Aussi, dans L'examen qu'il nous reste à faire de ces croyances, ne saurait-il être question de descendre jusqu'à

1. Le recensement de 1872 compte dans Flnde britannique, sur un total de 245 millions, 140 millions d'Hindous. Dans ce chiffre ne sont pas comprises les populations à demi-assimilées, qui socialement sont exclues de Thindouisme, mais qui, au point de vue religieux, ne sauraient en être nettement ' séparées. • ' /

Tunité sectaire, bien que ce soit la seule vraie au fond ; mais, pour ne pas nous perdre dans un détail infini ou dans des énumérations insignifiantes,. lions serons obligé de rester dans les généralités et de procéder par catégories.

A plusieurs reprises déjà nous avons eu occasion de caractériser la position de ces religions par rapport à celles qui les ont précédées, ou dont le développpement a été contemporain du leur. De même que le bouddhisme, elles ont dû en général leur essor à' l'insuffisance de la vieille théologie brahmanique, dont les divinités, s'étaient effacées peu à peu derrière des abstractions trop subtiles pour la conscience des masses. Mais, à l'inverse de la de la secte de Çâkyamuni, elles n'ont pas ouvertement rompu avec le passé. Elles prétendent au contraire le continuer ou, plutôt, elles se donnent pour ce passé même. La plupart elles se disent basées sur le Vêda, avec lequel au fond elles n'ont presque rien de * commun, qu'elles ont remplacé par une littérature toute différente, mais que, en dépit d'aveux contraires qui leur échappent parfois*, elles n'en continuent pas moins d'invoquer comme leur autorité suprême. Et, jusqu'à un certain point, il y a du vrai dans cette prétention. Elles ont toujours largement puisé à ce vieux fonds, lui empruntant en partie leurs formules, leurs usages, leurs légendes et jusqu'à leurg doctrines, le défigurant presque toujours, mais arrivant aussi parfois, dans leurs formes plus savantes, à se fondre plus» ou moins avec lui. Leur culte propre, par exemple, est radicalement distinct .du culte brahmanique : ce dernier pourtant n'est pas aboli pour cela. Au fond, il est vrai, elles le dédaignent et elles finiront par le tuer. Mais dès qu'elles ont intérêt à le faire, elles en vantent l'excellence. Dans la Bhagavad-Gîtâ, Krishna déclare expressément qu'il considère tout acte religieux accompli avec foi comme adressé à lui-même 2. On pouvait ainsi être à la fois brâhmaniste orthodoxe et fervent sectaire.

Ce caractère traditionnel' et en quelque sorte mixte de la plupart de ces religions s'explique naturellement par le rôle prépondérant qu'y ont joué les brahmanes. Sauf en ce qui concerne l'autorité du Vêda, de laquelle dépendait leur propre primauté, ceux-ci en effet n'ont pas été les conservateurs exclusifs pour qui on veut parfois les faire passer. Gomme ils formaient l'aristocratie intellectuelle et religieuse dé la nation, ils devaient au contraire ressentir plus vivement que' d'autres l'insuffisance de doctrines vieillies et, de fait, on les trouve à la tête de toutes les nouveautés. Ici d'ailleurs ils avaient un intérêt visible à ne pas repousser des croyances qui

1. Par exemple, Mahàbhàrata I, 269. il est dit que les dieux ayant mis dans une balance, d^un c6(é les 4 Vêdas. de Pautre le seul Mahàbhàrata, celui7ci l'emporta sur les 4 Vêdas. L*Agni-Puràna I, 8-11, déclare qu'il est

) la révélation du braliman suprême, dont le Vêda n'est que l'expression infé-

I rieure. La BhagavaJ-Gîia ne tient pas un autre langage, II, 42-45; IX, 21.

■ C'est là un écho des Upanishads.

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