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devaient • leur permettre de lutter avec avantage contre les progrès bien autrement dangereux pour eux du bouddhisme. En tous les cas et quels qu'aient pu être leurs motifs, ils se sont jetés dans le mouvement avec ardeur. Presque toute la littérature de ces religions est plus ou moins leur ouvrage et, parmi lès fondateurs de sectes dont l'histoire a gardé le souvenir, il jen est peu qui n'aient pas été de leur caste. Et ils ne se sont pas contentés d'être les théologiens des cultes nouveaux ; ils en ont été aussi les ministres. Malgré les défenses de leurs Smritis, beaucoup d'entre eux se sont faits les desservants des temples et des idqles, les prêtres, les guides et les entrepreneurs des pèlerinages et des dévotions locales. Seulement il importe d'observer que la vieille défense n'a jamais été levée et qu'aujourd'hui encore ceux qui exercent ces fonctions, forment autant de classes inférieures que les brahmanes de haute caste méprisent, même s'ils partagent leurs croyances, et auxquels ils contestent plus ou moins le droit de porter le cordon sacré. . Il y a là, en effet, un indice qui tend à montrer que, si la caste sacerdotale a pris une part très considérable dans le développement de €es religions, celles-ci n'ont pourtant jamais été, ni à l'origine, ni depuis, entièrement en sa dépendance. Et cet indice n'est pas le seul. La partie la plus ancienne de la littérature sectairequi, dans sa forme actuelle, est certainement l'œuvre des brahmanes, ne leur a pas toujours appartenu. Le Mahâbhârata, plusieurs Purânas .sont mis dans la bouche de bardes profanes ^ et, bien qu'on les qualifie de cinquième Yêda2, on n'a jamais vu de mal à ce qu'ils fussent traduits dans les dialectes vulgaires. Si on excepte les maniras, les formules proprement dites, où la teneur verbale est chose essentielle, il n'y a pas eu pour les sectes une langue- sacrée. Des poésies populaires, chantées dans tous les idiomes de l'Inde, ont été au contraire un de leurs principaux moyens depropagation et, parmi les auteurs de ces chants, qualifiés de dâsas^ d'esclavjes du dieu qu'ils célèbrent, beaucoup ont été et sont encore de basse caste. LeA^ura/ deTiruvalluvar "^ cet admirable recueil de stances en langue tamoule d'une inspiration si pure et si haute et dont les brahmanes acceptent parfaitement l'autorité, est l'œuvre d'un Pareiya*. Il y a des légendes qui fontdeVâlmîki, l'auteur du Râmâyana, un Koli, c'est-à-dire un membre d'une des tribus aborigènes les plus méprisées de la côte de Bombay. Le plus grand nbm de la poésie épique et sectaire, Vyâsa, l'auteur mythique du
1. Les sûtas, les écuyers. Voir ce qu'en dit E. Burhouf^ Bhâgavata-Pur^, t. I Préf, D XXV • * 2. Chândo'g. Up VII, 1, 2; Mahâbhârata III, 2247.
3. G. Graul, Bibliotheca Tamulica", t. III : IJer Kural des Tiruvalluver^ ein gnomisches Gedicht liber die drei Strebeziele des Menschen, 1856 ; G. de Du Mast, Maximes des Courais de Tirout-Vallouvarj ou la morale des parias, 1854.
4. R. Galdwell, A comparative Grammar of thedravidian langvages Introd., . 131, 2® éd. Tiruvalluvar signifie le saint (ti-rii = sanscrit çrî) Valluvar ; es Valluvar sont les pûjâris ou prêtres des parias.
Mahâbhârata et des Purânas, aurait été lui-même, diaprés le dire de ces ouvrages, un brahmane d'une pureté plus que contestable*, et des récits analogues ont cours sur le compte du célèbre Çankara^. Sans exagérer la portée de ces traditions, il est permis d'en noter la persistance. Si on les rapproche dé la doctrine d'une fraternité plus large professée en somme par la plupart de ces religions, aijisi que du fait que de nos jours encore, pas plus qu'au temps des vieilles Smritis, ces cultes ne sont tombés entièrement entre les mains des brahmanes, que certaines fonctions sacerdotales, dans le Sud surtout, sont attribuées de préférence à des hommes du peuple et que les Gurus euxmêmes, les ch-efs spirituels, peuvent être des membres d'une autre caste (dans les temps rtiodemes on a même vu ce rôle tenu par des femmes 3), on s'apercevra qu*on est ici sur un terrain sensiblement différent du vieux brahmanisme, et qu'un certain élément populaire n'est pas à méconnaître dans ces religions. L'examen de leur théologie nous conduira à la même conclusion.