Bhakti-sûtras
sont en parfaite conformité avec elle, mais aucun des anciens livres (on ne saurait considérer comme telle Nâracla-Pançarâira^), où elle était exposée d'une façon spéciale, ne nous a été conservé. Historiquement on n'en sait pas grand'chose. Déjà le Mahâbhârata suppose un étroit rapport entre les pâncarâtras et les bhâ^avatas^dontil vante la foi parfaite en un seul Dieu, foi qui leur aurait été apportée du dehors, du Çvôtadvîpa, « Tlle Blanche», sorte d'Atlantide située dans l'extrême Nord, par delà la mer de Lait^. Plus tard, au septième siècle, le poète Bâna en parle comme de deux sectes distinctes ^ Dans les inscriptions les bhâgavatas sont mentionnés fréquemment, dans les provinces gangétiques dès le deuxième siècle, sur la côte de Goromandel au quatrième, dans le Gujarât-au cinquième et, au sixième^. Mais il n'est nullement certain que dans ces différents textes les mêmes mots désignent toujours les mêmes choses, il est même probable que dans les documents épigraphiques , le terme de bhâgavata a simplement le sens d'adorateur de Vishnu.
Au douzième siècle, cet idéalisme mitigé fut repris avec éclat par Râmânuja, un brahmane natif des environs de Madras 6, qui l'exposa systématiquement dans son commentaire sur les Vôdânta-Sûtras^. Il combattit l'Advaita absolu de Çankara, maintint la réalité distincte mais finie des êtres individuels et rejeta la théorie de la Mâyâ. Ses sectateurs, appelés de son nom les râmânujas, révèrent Râma comme représentation du Dieu suprême; ils se divisent en plusieurs branches et sont très nombreux, particulièrement dans le Sud. Au quatorzième siècle, un des chefs de la secte, Râmânanda, alla s'établir à Oude et à Bénarès. De lui (Jérivent directement les nombreuses subdivisions des râmânandis, qui ne diffèrent des râmânujas que par les pratiques, et qui sont très répandus et très influents dans rinde septentrionale. Le célèbre poète Tulasîdâsa , l'auteur du Râmâyana hindî (seizième siècle) fût un des leurs. Indirectement
1. Ne serait-ce qu'à cause de la façon dont y est employé le nom de Vaishnava,
2. Bhâgavata signifie adoraleur de Bhagavat, du Très-Haut; quant à Pâncaràtra, que les livres de la secte expliquent métaphoriquement par « possesseur du Pancarâtra, de la quintuple connaissance, > l'origine en est obscure : pancarâtra signifie un espace de cinq nuits, et il y a des cérémonies védiques de cô nom ; d'autre part le Nârada-Pancarâlra est divisé en cinq livres intitulés râtras ou nuits.