Mahâbhârata XII, 12702 ss
4. Dans son Harshacarita ap. Vâsavadaitâ, éd. Hall, préf., p. 53 Le Çankaravijaya les distingue également, ch. vi'et \iii, éd. de la Biblioth Ind.
5. Inscriptions des Guptas à Bihâr et à Bhitarï*, ap. A. Cunningham, Arehœological Survey, t. I, pk xvii et xxx. — Inscriptions des Pallavas de Vengî, ap. Ind, Antiq, V, 51 ; 176. — Inscriptions de Valabhî, passitn,
6. Pour les secles historiques, nous renvoyons une fois pour toutes à H.H.Wilson, Sketck of ihs reliqious %ects ofth» Hutdu^, publié dans les Asialic Researches, t. XVI et XVII, 1828.1832, et reproduit dans le t. I des Select Works du célèbre indianiste.
7. Une courte exposition du Vèdânta par le même a été publiée récemment à Calcutta, Tke Vêddntatattoasâra of Râmânuja^ 1878.
Râmânanda exerça une grande influence sur la plupart des sectes vishnouites modernes deTHindoustan et du Bengal, celles deCaitanya, de Kâbîr, de Nânak et une foule d'autres de moindre importance. Râmânuja avait rompu avec les préjugés de caste; mais il avait conservé le sanscrit comme langue religieuse, et il attachait une grande importance aux pratiques et aux prescriptions de pureté légale. Râmânda s'afTcauchit encore davantage de l'usage orthodoxe. Il adopta les dialectes vulgaires et enseigna la vanité des observances purement extérieures. Parmi ses principaux disciples figurent des vanniers, des tisserands, des barbiers, des porteurs d'eau, des corroyeurs. •
A peu près à la même époque que Râmânuja, un autre homme du Sud, Anandatîrtha, né à Kalyâna sur la côte de Malabar, poussa bien plus loin que lui la réaction contre l'idéalisme de l'école de Çankara. Il enseigna que la matière, les âmes individuelles et Dieu, c'est-à-dire Krishna-Vishnu, sont autant d'essences irréductibles et éternellement distinctes. C'était se rapprocher du principe fondamental du déisme Sânkhya (et pourtant Anandatîrtha était un vêdântin et il a commenté les Br^thma-Sûtras !), c'est-à-dire d'un système qui n'a pas eu en somme les préférences du vishnouisme. Mais, même dans le cercle de la théologie vaishnava, ce n'était encore pas là une doctrine nouvelle. En effet, si la conception dualiste ne domine dans aucune des œuvres vishnouites importantes qui nous sont parvenues, elles n'en sont pas moins toutes^ à commencer par la Bhagavad-Gîtâ, si profondément pénétrées d'idées qui en relèvent, que, malgré l'affinité intime de la théorie des Avatâras avec les idées védantiques, on ne saurait douter qu'il n'y ait eu de bonne heure un vishnouisme à métaphysique sânkya. Les sectateurs d'Anandatîrtha appartiennent presqu'exclusivement à l'extrême Sud, où ils sont très nombreux. Les membres de la congrégation proprement dite, les mâdhvas, ainsi appelés d'un surnom du maître, sont tous brahmanes, car, à l'opposé de Râmânuja, Anandatîrtha a été un observateur rigoureux des distinctions de caste; mais la doctrine, dite celle du Dvaita ou de la dualité, est largement répandue dans les masses, et les chants populaires des Dâsas, dont beaucoup sont de basse caste, l'exaltent avec une fougue sectaire voisine du fanatisme*.
Pour n'avoir pas à. revenir plus tard indéfiniment sur les mômes choses, nous quittons ici pour un instant le vishnouisme et nous achevons immédiatement ce qui concerne la métaphysique sectaire par le résumé des doctrines spéculatives du çivaïsme. Les religions çivaïtes paraissent être plus anciennes que celles de Vishnu ou, du moins, avoir été adoptées plus anciennement par les brahmanes. Nous avons déjà vu que ce sont les seules qui aient laissé une trace dans le Vêda et que, de son côtQ, la poésie épique, qui dans sa rédaction actuelle est en somme vishnouite,
1. Cf. F. Kittel, 0/1 the Karnâtaka Vaishnava Ddsas^ ap. Ind. Autiq., Il, p. 307.
118 LES RELIGIONS DE LlNDE
suppose également une prépondérance antérieure du culte de Mahâdêva. Les premières représentations d'un caractère incontestablement religieux qui se rencontrent sur les monnaies (ro^s indo-scythes, vers le début de Fère chrétienne*), sont des figures çivaïtes alternant avec des symboles bouddhiques. Enfin le çivaïsme semble être resté longtemps une religion en quelque sorte professionnelle des brahmanes, et des lettrés 2. La plus anci.enne littérature dramatique parvenue jusqu'à nous, se place sous patronage civaïte^. Il en est de môme des compositions romanesques*. C'est également à Çiva que la légende rattache les origines de la.grammaire^,etGanêça, qui est devenu de bonne heure le dieu des arts et des lettres, est une figure du panthéon çivaïte. Et pourtant nous n'avons pour le çivaïsme aucune exposition doctrinale ancienne qui, pour la beauté de la forme, puisse être comparée par exemple à la Bhagavad-Gîta. La poésie épique religieuse lui a échappé de bonne heure. Parmi les Purânas, ceux qui lui appartiennent en propre sont les plus ternes de la collection : ce sont des compilations dans lesquelles domine le récit légendaire ou qui s'attachent de préférence aux rites et aux pratiques, et qui affectent alors, comme les Tantras, dont ils se rapprochent beaucoup, un caractère très spécial, sinon ésotérique. Il ne paraît avoir inspiré aucune œuvre éclatante telle que le Bhâgavata Purâna, et, à l'exception d'hymnes la plupart modernes et de quelques morceaux devenus réellement populaires, comme le Dêvtmâhâtniya^y dans sa littérature il semble n'avcîir pas connu de milieu entre les productions d'un art raffiné ou fantaisiste et le traité technique. Des écrits de cette dernière espèce on ne connaît encore qu'un fort petit nombre de date peu ancienne, par des traductions faites sur des originaux tamouls^. Aussi est-on réduit, pour la plupart des doctrines çivaïtes^
1. Voir les figures ap. R. Rochette, Notice sur quelques médailles de rois de la Bactriane et de Cinde^ ap. Journ. des Savants, 1834, fig. 7, p. 389. — Du même, Supplément à la Notice précédente, ibid., 1835, pi. 11, fig. 22, 23, 24. — Cf. Lassen, Ind, AUerihumÀ . , II, p. 808 ss., 2« éd.
2. Encore maintenant la proportion des brahmanes est très forte chez les çivaïtes; presque tous ceux du Bengal et d'Orissa, par exemple, appartiennent à la caste brahmanique.
3. Les drames de Kâlidâsa, la Mriccbakatikâ, le Mâlatî-Mâdhava de Bhavabhûti.
4..L'anrienne Brihatkathâ, la source aujourd'hui perdue de la plupart des recueils de contes, s'ouvrait déjà par un dialogue entre Giva et Pârvatî