Inscriptions de Valabhî, pnssim
3. Çlokas de Gaudapâda II, 26, imprimés avec la Mândûkya-Upanishad. p. 427, éd. de la Bibl. Ind. — Çankara, ad Vêdanta sûtras, II, 2, 1-iO, p. 497 .ss., et II, 2, 37-41, p. 591 ss., éd. de la Bibl. Ind. ' *
« la Grande Déesse » aux mille noms et aux mille formes, son épouse*.
La personnification de la Çakti n'est pas particulière au çivaïsme. Chaque dieu a la sienne, et Laksmi auprès de Yishnu, Sarasvatî auprès de Brahmâ jouent le même rôle que Dôvî auprès de Çiva. Dans la Râmatâpanîya-Upanishad, SUâ est la Çakti de Râma; elle forme avec lui un couple inséparable, un seul être en quelque sorte à double face, et Tunion de Krishna et de sa maîtresse favorite Râdhâ est parfois conçue d'une façon toute semblable (par exemple dans le Nârada-Pancarâtra), bien que Térotisme mystique, qui est pour beaucoup dans ces représentations, ait pris en général dans le culte de Krishna un cours différent. Mais c'est dans le çivaïsme que ces i4ées ont trouvé le terrain le plus favorable à leur épanouissement et qu'elles ont abouti aux plus monstrueuses aberrations. Toute une moitié des religions çivaïtes et en effet caractérisée par le culte de la divinité androgyne ou de la divinité femelle. Telle qu'elle apparaît dans ces cultes, la Çakti ne relève plus de la métaphysique que nous venons d'eaquisser. Elle a ses racines lointaines dans ces conceptions aussi vieilles que l'Inde d'un dualisme sexuel placé à l'origine des. choses (dans un Brâhmanadu Yajur-Vêda, Prajâpati est androgyne),^ ou d'une matrice commune des.êtres qui est aussi leur commun tombeau. Directement elle procède de la Prakriti du pur Sânkya, de la Nature éternellement féconde, d'où sortent et les formes sensibles et les facultés intellectuelles, et en face de laquelle l'esprit, l'élément mâle, n'a qu'un rôle effacé et stérile. A quelle époque ces idées se sontelles traduites en des croyances religieuses? Il est difficile do dire , quelque chose de précis à cet égard. Les témoignages anciens font défaut : dans l'épopée, Çiva ne paraît pas encore sous sa forme hermaphrodite , et il est douteux qu'il faille le reconnaître dansl'APAOXPO des monnaies indo-scythes^. Quant à la prédominance de la divinité femelle, elle ne s'affirme que dans quelques Purûjias et dans la littérature des Tantras. Mais peut-être y a-t-il ici des raisons particulières pour ne pas donner trop de crédit à l'argument négatif. Ces cultes paraissent en effet s'être compliqués de bonne heure de rites, soit terribles, soit obscènes, qui ont dû les faire reléguer dans, une littérature spéciale, plus ou moins occulte. D'ailleurs les recueils de contes, basés sur la Brihatkathâ où le culte des déesses sanguinaires joue un si grand rôle, ont des origines qui remontent bien haut, jusqu'au quatrième ou troisième siècle peut-être de notre ère,, et, d'autre part, les immondices des Tantras çivaftes ont profondénuent pénétré dans les Tantras bouddhiques du Népal (entre autres dans le Talhâgata-Guhynka qui est un des neuf livres canoniques), et de là dans les traductions tibétaines, dont la plupart sont antérieures.