Sarvadarçanasangi-aha, ch. ix
3. Sâyana ne cite pas moins de huit noms d'auteurs ou titres d ouvrages
différents. , * i i n j
4. Cf. Reinaud, Relation des toyages faits par les Arabes et les Persans dam rinde et a li Chine dans le neuvième siècle de Vère chrétienne, 1845. La plus ancienne de ces relations est de 841. Le commerce arabe était alors florissant sur la côte de Malabar.
rattachent aux noms de Qankara, de Râmânuja, d'Anandatîrtha, de Basava, d'où sont sorties la plupart des sectes historiques et dont l'Hindoustan n'a offert l'analogue que bien plus tard. On a noté que ces faits se sont passés dans le voisinage de vieilles communautés chrétiennesi. Mais à côté de celles-ci avaient apparu dès lors des sectateurs dû Coran. Ni aux unes, ni aux autres nous ne sommes tentés d'attribuer une influence appréciable sur la théologie hindoue, qui nous paraît s'expliquer suffisamment par elle-même ; mais il est fort possible qu'indirectement et par une sorte d'action de présence, ils aient été pour quelque chose dans l'éclosion de ces grandes réformes religieuses qui, à défaut de doctrines bien nouvelles, ont introduit dans l'hindouisme une organisation et un esprit nouveaux, et qui ont eu toutes ce caractère commun de se développer très vite sous la direction d'un chef indiscutable et d'être fondées sur une sorte de prophétisme ou d'imamat. Or, pour exercer une action semblable, les marchands arabes des premiers siècles de l'hégire, qui avaient derrière eux le monde musulman, étaient peut-être mieux qualifiés que les Eglises pauvres et délaissées des côtes de Malabar et de Goromandel.
Avec les systèmes qui précèdent, nous avons à peu près épuisé la théologie spéculative du çivaïsme, et nous pouvons passer rapidement sur la foule de sectes ou d'associations plus obscures dans lesquelles il se fractionne. Ces divisions pénètrent fort peu dans le monde laïque, surtout dans le Nord, où le çivaïsme est resté plus archaïque. Il n'y a pas donné naissance à de grandes religions populaires organisées et compactes comme celle des lingâyits de Basava dans le Sud. Comparé au vishnouisme, on peut même dire qu'il n'y . a pas produit à proprement parler de sectes modernes, et qu'il y représente plutôt un ensemble de cultes locaux qu'un ensemble de doctrines. Aussi les divisions dont il s'agit sont-elles formées princi-^ paiement de dévots de profession, qui n'ont pas d'Eglise derrière eux. Ce sont, soit des ordres religieux plus ou moins réguliers, soit des associations sans lien fixe, à tendances ou du moins à prétentions ascétiques. Les plus respectables se rapprochent des tridandins et des jangamas, dont il a été précédemment parlé, et professent le védantisme. Mais,, en général, ils se distinguent surtout par les pratiques et par les signes extérieurs. Leur dénomination commune est celle dé yogins, « possesseurs ou, praticiens du yoga, » terme qui dans l'usage répond à bien des nuances,- depuis celle de saint homme jusqu'à celle de sorcier et de charlatan. Le plus répandu peut-être de ces ordres est celui des kânphâias'^, « des Oreilles fendues, » ainsi appelés de l'opération qu'ils font subir à leurs novices. Comme la • plupart des yogins, ils ne font aucune distinction de caste. On le$ rencontre vivant isolément de mendicité, plus souvent réunis en groupes cénobitiques (dans ce cas ils sont charitables et nourrissent
1. A. G. Burnell, On sortie Paldavi inscriptions in South India, Mangaïore,, 1873, p. 14.