‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 100 sur 194 · IIMUK.NAGL Dl, L AUCHLOLUGlt · texte numérisé non relu

IIMUK.NAGL Dl, L AUCHLOLUGlt

do figures, l'uinlé est frappante. La différence des dimensions ne saurait être invoquée pour établir de l'un à l'autre une ligne

gère, à elle seule, l'identité des fins de l'art manuel et de l'art pariétal. Quant aux ornements, nous avons déjà observé (ch. ii), qu'un certain nombre d'entre eux pouvait être expliqué par la dégénérescence progressive de représentations animales. Il reste cependant un groupe considérable de décorations qui ne paraissent pas être dérivées de thèmes naturalistes, et cela d'autant moins qu'on les constate dès le début de l'âge du Renne, à une époque où le procédé de stylisation n'était pas encore en vigueur. Elles sont habituellement obtenues par des assemblages de points et de lignes, donnant, en gros, les combinaisons suivantes : lignes longitudinales de points (ex. : Girod. Lniigerie-Basse, pi. XXXII, 5) ; cochés latérales (ibid., ix, 9) ; mamelons (ibid., xix, 6) ; tubercules (ibid., xxx, 2 a-b) ; stries longitudinales (ibid., xix, 7) ; stries transversales (ibid., xxvii, 3, 36) ; stries obliques (ibid., xli, 3) ; lignes courbes allongées ou ondulées (ibid., xli, 7) ; points avec lignes droites ou courbes ; lignes droites reproduisant une figure déterminée : croix, chevrons, losanges, hexagones (ibid., vu, 3; ix, 8; ix, 11 ; vi, 8). On ne voit pas que ces décorations purement géométriques puissent se rattacher à des idées religieuses. Les « coches » qui ornent certains bâtons (cf. DÉCHET ETTE, Manuel..., p. 236-237), assez fréquemment recueillies dans les stations de l'époque aurignacienne, sont probablement des signes mnémotechniques. Et ce serait le lieu d'examiner si plusieurs groupes de signes ne représentent pas les premiers essais d'écriture. Les conclusions de Piette à ce propos ne sont pas généralement reçues par les préhi.storiens, (cf. Anthropologie, t. VII, pp. 412 et suiv. ; t. XV, pp. 162 et suiv. ; Déchelette, Manuel..., p. 234).

»0n se refuse à croire que les Paléolithiques aient inventé l'alphabet. Posée sous cette forme, la question est peut-être trop pressante. Il n'y a rien à tirer des prétendues inscriptions alphabétiformes des stations pyrénéennes. Mais, après la découverte de « l'inscription » de la Pasiéga, il nous semble difficile de refuser à nos troglodytes l'usage de signes hiéroglyphiques, ou tout au moins pictographiques, destinés à exprimer des idées, à éveiller des souvenirs. (Voir à ce propos, le curieux commentaire explicatif d'une peinture pariétale de Niaux, par E. Cartaii.hac, Anthropologie, t. XIX, p. 36, et l'interprétation des galets du Mas d'Azil. par Piette, ibid., t. VII, pp. 385 et suiv.). Une étude minutieuse nous apprendra peut-être si quelques-uns de ces .signes I ont eu une valeur reconnue par l'ensemble les tribus paléolithiques ; ou si chaque tribu possédait son « système » indépendant ; ou, enfin, si la valeur des signes était soumise au simple caprice des temps, des circonstances et des individus, supposition peu vraisemblable, puisque, on le dira plus loin, l'art quaternaire était l'objet d'une fonction sociale.

II. Si maintenant nous passons au second point de vue (destination

des objets), nous nous heurtons parfois à des difficultés inextricables.

j S'il est des pièces dont la « finalité » est absolument claire (aiguille»,

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220 VALEUR RELIGIEUSE DE l'aRT QUATERNAIRE

de démarcation précise. Si l'artiste a exécuté en grand, sur les parois des grottes, .ses thèmes familiers, c'est parce qu'il

flèches, harpons hameçons, sagaies), ou se laisse aisément deviner (propulseurs, cousoirs, épingles, broches, poinçons, spatules, godets, flacons à couleurs, sifflets ; pièces percées d'un trou de suspension, telles que figurines en bois de renne, en os, en pierre de quartzite, de schiste cristallin, de lignite, de gneiss, etc., coquillages et dents perforées), et qui peuvent être hardiment assignées non seulement à la catégorie parure, mais à la catégorie amulettes, il en est d'autres dont la signification nous échappe complètement. Telles sont les fines baguettes, aplaties sur une face, conve.xes sur l'autre face, et que l'on rencontre, çà et là, accolées deux à deux par leurs faces planes ; ou encore les objets qualifiés par PiETTE d'instruments de tissage, de navettes ; ou encore les petits os d'oiseaux, que le même savant considérait comme des « appeaux » et des « flûtes de Pan » ; ou encore ces disques, ces rondelles, perforées ou non d'un trou central et qui portent soit des figures d'animaux, d'hommes, soit des rayons convergents vers le centre (cf. Piette, Uarl pendant Vâge du Renne,T^\. i ; iv, 1 ; xxxvii, 8, 8 a ; lxix, 11, 11 a ; lxxxviii, 11, 11 a ; xcviii, 7, 7a ; c, 4, 4a ; Girod, op. cit., pl.vi, 12 ; xxi, 6a, 6b ; xxiii, 7a, 7b, etc.) ; ou encore les bâtons de bois de Renne, dont les andouillers, simples ou doubles, perforés ou non perforés à leur base, sont souvent sculptés en têtes d'animaux (ex. : Piette, op. cit., pi. vi, 1 et la, etc.) ; ou encore les bâtons, d'aspect plus grêle, percés d'un ou de plusieurs trous, connus sous le nom de « bâtons de commandement » (Cf. Anthropologie, t. XVI, p. 428 ; Allamira, op. cit., p. 131), et qu'on estime ressembler aux « bâtons magiques )> des Eskimos ; ou encore, et enfin, tout un lot de fragments assez informes, d'os, de galets schisteux, calcaires, qui portent soit des gravures isolées, soit de véritables fouillis d'images, comparables aux « complexes » et aux « paquets » de peintures et de gravures exécutées sur les parois des cavernes. Dans ce dernier lot, M. Cartailhac voit « des notes d'artistes, quelque chose qui correspondrait à des pages d'album,' à ces feuilles volantes que nos dessinateurs couvrent d'esquisses aux heures d'études. Cette hypothèse, pour séduisante qu'elle soit, nous paraît controuvée au moins par un fait assez précis. Dans son album, M. Piette (op. cit., pi. lvii) a reproduit une palme de Renne, portant l'image d'un cerf gravé. A l'encolure de la bête, le dessinateur a tracé, d'après son modèle, deux traits distincts, et qui tranchent sur l'ensemble des stries dont le col, les flancs, le poitrail et le ventre de l'animal ont été incisés par l'artiste quaternaire. Or, en réalité, ces deux traits sont convergents et forment une tête de flèche nettement reconnaissable. Cette flèche, que, nous le verrons plus tard, on retrouve si fréquemment sur certaines images (pariétales ou non), a une signification magique ou religieuse. Il est donc .plus simple de penser que la pièce ainsi gravée, et, par extension, les pièces similaires (les « ostraca » suivant l'expression de l'abbé Breuil), ont une valeur directement magique et religieuse. Elles servent, en petit, aux mêmes rites que ceux dont les figures pariétales étaient le centre et le moyen r

Fig. 114. — Triple sépulture de la Barma Grande à Grimaldi.

A droite, squelette d'adulte ; A gauche, squelette de jeune homme ;

Au centre, squelette de jeune femme. (Cf. Grottes de Grimaldi, t. II, i, p. 25).

disposait d'un espace plus considérable. Encore convient-il de ne point trop insister. Il est de minuscules gravures murales dont les dimensions excèdent à peine celles des gravures sur objets. Tels sont par exemple les dessins incisés sur les palmes de renne ou sur les plaques de calcaire découvertes à Laugerie- \ Basse, à Bruniquel, au Mas d'Azil. De part et d'autre aussi ce sont les mêmes procédés, le même souci d'exactitude, le même sentiment de la réalité, la même préférence accordée aux modèles du règne animal.

Tout au plus pourrait-on objecter que sur les outils et les instru- , ments, la stylisation est beaucoup plus avancée que sur les 1 parois des cavernes. Pourquoi? Il serait peut-être facile de ^ découvrir la raison de cette anomalie. La stylisation simplifie, | réduit à leurs éléments essentiels les traits de l'objet naturel. |. Elle réalise donc une économie de place et une économie d'ef- | forts. Or l'artiste qui travaille une matière exiguë et généra- y lement dure ou délicate, sera plus porté à simplifier que l'artiste qui a devant lui une surface vaste et relativement plus malléable et plus tendre. En tout cas, la stylisation, qui apparaît surtout l aux dernières phases du magdalénien, ne s'inscrit pas en faux | contre la valeur religieuse des images gravées sur les objets | manuels. Bien au contraire, l'art stylisé, avec son symbolisme | plus accentué, occupe partout, dans la religion des peuples civi-

ce sont, si l'on veut, des figures à envoûtement, de format plus réduit. Quoi qu'il en soit, au terme de cette longue enquête, nous pouvons formuler une appréciation générale sur les rapports qui unissent les figurations et les objets que ces figurations décorent : à examiner l'ensemble des documents, on peut dire que Vartiste quaternaire, toutes les fois qu'il le pouvait sans nuire à la destination technique d'un outil ou d'une arme ornait ceux-ci de figures sculptées ou gravées, empruntées de préférence à des modèles animaux. Si les flèches, sagaies, harpons, etc., ne sont pas ornés de telles figures (mais uniquement de motifs linéaires, géométriques), c'est probablement qu'à subir une manipulation de ce genre, l'objet eût perdu de sa force naturelle. En revanche, les propulseurs, les spatules, les broches, les flacons, etc., sont décorés avec soin. Et tout se pixsse comme si la présence d'une figure animale était, elle aussi, nécessaire à la finalité de l'outil ou de l'instrument. Ce fait, souligné par de nombreux parallèles ethnographiques, rend vraisemblable l'interprétation magico-religieuse, proposée par les préhistoriens, et qui sera exposée au ch. viii. Quant aux objets qui ont de soi une valeur religieuse, (amulettes, bâtons magiques, etc.), leur décoration s'explique sans difficulté.

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