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LE TÉMOIGNAGE DE LETIINOGUAPHIE

lises comme dans la religion des peuples primitifs, une place prépondérante.

Et c'est pourquoi, embrassant d'uri seul coup d'œil tous les indices que nous venons de recueillir, et toutes les impressions que nous avons éprouvées au cours de ce rapide voyage à travers les grottes paléolithiques, il nous est permis de formuler une conclusion générale : dans son ensemble, l'art quaternaire paraît dominé par des idées, par des croyances, par des préoccupations religieuses.

Nous avons voulu tout d'abord donner la parole à l'Archéologie, parce que, en vertu des principes de la méthode préhistorique, c'est elle qui, la première, doit être appelée à déposer son propre témoignage. Et cependant, parvenus au terme de celt/e partie de notre enquête, nous devons avouer, loyalement que le résultat obtenu est simplement probable. Sans doute, il serait difficile de refuser à l'art de nos troglodytes un caractère religieux. Aucune hypothèse ne répond davantage à la physionomie générale des faits. Mais, après tout, peut-être nous sommes-nous trompés. Peut-être serait-il loisible d'inventer une autre explication également probable. On ne voit pas ce que pourrait être cette explication. Mais enfin, une conclusion, du moment qu'elle est probable, ne force pas l'adhésion de l'esprit. Elle donne prise au doute et à l'incertitude. El comme nous avons tiré de l'Archéologie tout ce qu'elle peut donner, nous devons recourir à une autre source d'information, je veux dire à l'Ethnographie. Voyons si elle ne nous apportera pas un supplément de lumière.

Nous avons appris autrefois que la coutume de peindre ou de graver des figures sur les flancs des rochers ou sur les objets manuels était répandue parmi les peuplades primitives d'aujourd'hui. Cette donnée fondamentale est acquise à nos études. Nous n'avons pas à y revenir. Mais la question est maintenant de savoir le sens attaché par les Primitifs actuels aux dessins qu'ils exécutent à l'exemple des Primitifs de la Préhistoire. Or la réponse n'est pas douteuse : dans la plupart des cas. les images peintes, gravées ou sculptées par les sauvages contemporains, revêtent une signification religieuse.

En Australie, ces images {fig. 141-142, p. 288) interviennent soit dans les cérémonies de l'initiation qui incorporent un

jeune homme à la vie de la tribu, soit pour l'accomplissement d'autres rites sur lesquels nous reviendrons plus tard.

Chez les Wiradthuri, les solennités de l'initiation doivent se dérouler à l'intérieur d'un camp sacré. En avant de l'enceinte, les sauvages dessinent ou modèlent sur le sol diverses figures : un grand Emou, long de deux mètres ; les empreintes du même animal, puis de gigantesques empreintes d'hommes et une image d'homme, aux bras étendus, longue de 7 mètres. Plus loin, une main immense apparaît, quatre fois plus grande que nature ; l'image de la lune dans son premier quartier ; le corps

Fig. 115. — SÉPULTURE d'Ofnet (Bavière), découverte par le D"^ R. R. Schmidt, en 1908. (D'après une photographie publiée dans V Anthropologie^ t. XX, p. 209).

d'un serpent fabuleux, et enfin celui d'un fils de Baiame, l'être suprême de la tribu. Ce n'est pas tout. Le long du chemin, sur les arbres, on distingue des figures taillées dans l'écorce. Les unes sont inintelligibles ; les autres représentent des iguanes, des serpents, des tortues, des soleils, des nids d'oiseaux. Or les initiés, qui défilent parmi ce tohu-bohu de figures hétérocfites, ont l'ordre de s'arrêter en face de chacune d'elles, pour exécuter une danse rituelle ^^ D'après l'explorateur Mathews, ces coutumes expliquent la signification des gravures plus anciennes

38. Faits rapportés dans Altamira, op. cit., p. 206, d'après Mathews, The rock painting... of the Aitstralian aborigines. Anthr. Inst., 1895 et 1898.

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:ècutées directemeni sur les rochers. Cette seconde série est gaiement en rapport élroit avec les conceptions religieuses des peuplades australiennes. D'ailleurs, l'ïiustralien moderne continue d'exécuter même sur les rochers, de nombreuses peintures, sacrées et symboliques : écussons jaunes ou rouges, qui sont censés représenter des myriapodes ; des mains avec leurs bras, des séries de traits obliques^'.

Des usages semblables s'observent chez les Arunla et chez les Warramunga. Lors de la célébration de Vintichiuma, des peintures sont exécutées sur le sol : on se flatte, par ce moyen, de multiplier les espèces d'animaux et de plantes. Ces dessins sont frappés d'interdit. Il est défendu aux femmes de les regarder^".

Les Peaux-Rouges attachent également un sens religieux aux représentations figurées sur les rochers : «Elles jouent un rôle dans les formules religieuses, dans les rites, dans les cérémonies. Elles ont leur symbolisme interprété par les initiés *\ » r.es Zunis peignent les parois des cases sacrées*^.

Les anciens Bushmens — et ceci nous intéresse particulièrement— exécutaient avec le plus grand soin des peintures d'animaux sur un point central de la caverne habitée par le chef de clan. Ces images étaient sacrées. Elles ne devaient pas être recouvertes par d'autres dessins, avant que le souvenir de l'arlisle qui les avait peintes fût oublié. La caverne elle-même était pour la tribu le symbole de sa gloire et de son prestige, et c'est là que les divers clans se rassemblaient lorsqu'un danger commun les menaçait. Chez les Bushmens graveurs, la tente du chef était aussi entourée de dessins rupestres"''.

Le témoignage des Eskimos n'est pas moins formel. Mais il porte principalement sur les objets manuels. Les Tchoutchis conservent précieusement certaines figurines, parfois très anciennes, et dont la plupart sont destinées à protéger la personne des chefs. Ils n'aiment ni les montrer, ni les céder. Les sorciers ou shamans des Toungouses portent des robes ornées d'un véritable harnachement de figures d'animaux découpées

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