‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 108 sur 194 · E. DuRKHEiM, op. cit., p · texte numérisé non relu

E. DuRKHEiM, op. cit., p

126. — La grotte de Pindal débouche en face de L'Océan. *après une photographie publiée dans les Crottes cantabriques, pi. XXXV.)

TOTEMISME

Les Esingi (tribu banloue), sont ainsi désignés parce qu'ils sont les consanguins de ngi, la Panthère. Les Multa de la presqu'île d'York (Australie), s'appellent de la sorte parce qu'ils sont alliés au Phoque (multa), etc.

Si le totem donne son nom au clan, il est aussi, de ce dernier, la marque sensible, le signe ethnique. Chaque clan possède un emblème symbolique, figurant le totem, gravé sur les instruments, sur les outils, sur les boucliers. Quelquefois, l'animal lui-même est reproduit par le dessin. Chez les Fân, aujourd'hui encore, les chefs de clan et de tribu, souvent même les chefs de famille gravent au burin l'image du totem protecteur sur leurs javelots, leurs haches, leurs coutelas et sur le fer de leurs sagaies. Bien plus, l'image emblématique est imprimée sur le corps soit au tatouage, soit à la peinture. Il est d'ailleurs de règle que les membres d'un clan totémique s'efforcent de réaliser d'une manière plus ou moins conventionnelle la ressemblance avec leur allié. La coiffure est soigneusement ordonnée dans ce but. Si le totem est un oiseau, on en porte les plumes sur la tête. Pour ressembler au crocodile, les hommes d'un clan bantou se mutilent les dents. L'emblème totémique apparaît encore sous d'autres formes. Ce sont, chez les Australiens, les cîmringa dont nous avons parlé ; les nurtunia et les waninga, supports verticaux qui symbolisent le totem ; chez les Peaux-Rouges, ce sont des perches portant à leur sommet des enseignes. Enfin, l'animal est souvent gravé ou peint sur les rochers, sur les parois des cases. Il est modelé en relief sur le sol.

Or tous ces objets : emblèmes symboliques, poteaux, enseignes, images, sont tenus pour sacrés. C'est qu'en effet le totémisme est un culte, et il semble comporter un élément religieux ^. Mais il est capital d'observer que ce culte ne s'adresse

5. Cet élément, religieux a néanmoins été écarté par Frazer dans son dernier ouvrage sur le Totémisme (1910). « Si, dit-il, la religion implique une adoration de l'homme pour un être qu'il estime supérieur, le pur totémisme ne peut s'appeler une religion » ; puisque l'animal « ne reçoit pas un culte et qu'on le respecte au même titre qu'un apparenté ». A quoi M. R. Dussaud réplique : « La preuve que le totem n'est pas traité uniquement comme un apparenté, c'est que, parfois, on tuei le totem et on le mange pour mieux s'identifier à lui. Or, les membres du clan ne se mangent pas entre eux. Il en résulte que le totem n'est pas absolument identique au clan, qu'il est doué d'une vertu que le clan ne comporte pas à un degré égal ». (R. Dussaud,

pas ordinairement à l'animal : il n'atteint celui-ci que par son siihstilul figuré. Ainsi, les cérémonies tolémiques australiennes -e déroulent soit autour des poteaux sacrés, nurlunia et wanirifia, soit devant les représentations peintes ou modelées des animaux protecteurs. Et déjà, suivant la remarque de M. Durklirini. la technique de l'opération témoigne des sentiments-

hg. 127. — Plan de la grotte dk Pindal (l'entrée est en e). Les images^ sont localisées en A, B, C, D, E. La gravure de poisson représentée ci-dessus (fig. 72) se trouve en C. (Cf. Grottes cantabrtques, p. 60).

(ju'inspire ce dessin et la haute valeur qui lui est attribuée ; il est, en effet, tracé sur un terrain qui a été préalablement arrosé,

ntroduction à VHistoire den Religions, pp. 19-'20, Paris, 1914). On peut iOUter que, dans la mentalité des Primitifs, l'objet réel et son substi-

it fîcfuré étant de la même essence (voir plus loin, ch. viii, p. 329),^ I adoration atteint à la fois l'objet et l'image. Et lorsque M. E. Durkheim

op. cit., pp. 197-199), à son tour, appuie avec tant d'insistance sur la 'listinction qui sépare, au point de vue « culte », l'animal et sa figuration emblématique, c'est que, d'après lui, Temblèroe lotémique doit con- (Tétiser moins l'animal que la force collective, sociale fmana) qui est le

saturé de sang humain, liquide sacré qui ne sert qu'à de pieux offices. Puis, une fois que l'image est exécutée, les fidèles restent assis par terre devant elle dans l'attitude de la plus pure dévotion... on peut dire qu'ils l'adorent®. » De même, chez les Fân, avant de célébrer une cérémonie totémique, on commence par ébaucher, avec de l'argile, une grossière figure d'éléphant ^

Ne croyons pas cependant que l'être réel totémique, c'est-àdire l'animal en chair et en os, soit oublié. Tout au contraire, le respect que l'on professe envers lui se manifeste par des règles très importantes. Il est défendu de tuer, il est défendu de manger le totem. Cette prohibition peut être plus ou moins absolue, mais elle existe et certains auteurs inclinent à penser qu'il fut un temps où elle était absolue et ne comportait aucun adoucissement. Chez les Baya, si un homme est obligé, pour se défendre, de tuer le totem, il s'enfuit, laissant la sagaie sur le corps de l'animal. Rentré au village, il s'adresse au sor-

véritable el l'unique objet de la religion. D'autre part, même s'il était prouvé (et la preuve n'est pas faite) que le totem a commencé par n'être que le simple caractère distinctif d'une tribu (Cf. V. Loret, L'Egypte au Temps du Totémisme, dans le t. XIX de la Bibliothèque de vulgarisation du Musée Guimet, pp. 151 et suiv., Paris, 1906 ; Ph. Virey, La Religion de V ancienne Egypte, pp. 25 et suiv. Paris, 1910 ; cf. aussi, sur le Totémisme égyptien, qui est ici principalement en cause, G. Fou- CART, Histoire des Religions et Méthode comparative, ch. m, pp. 82 et suiv., Paris, 1912), il ne s'en suivrait pas que l'animal n'ait pas été objet de culte ; on accorde, en effet, que de l'emblème, le culte est passé à son suppôt réel. — La question des rapports du Totémisme avec la Religion a été reprise par le P. F. Bouvier à La Semaine d'Ethnologie religieuse (II« session, 1913, compte rendu, Louvain, 1914, pp. 129 et suiv., et Revue de Philosophie, t. XIII, pp. 314 et suiv.). Le P. F. Bouvier estime également que le pur concept de Totémisme n'implique pas l'élément religieux. L'auteur de cette intéressante étude se propose surtout de réagir contre l'hypothèse qui voit dans le Totémisme le commencement absolu de l'évolution religieuse. Hypothèse aventureuse, en effet, et démentie, on va le voir, par la Préhistoire elle-même. Mais si, comme il est fort probable, le Totémisme est une création relativement récente, n'est-on pas autorisé à croire que le système entier a bénéficié, peu à peu, des apports antérieurs et qu'il est, tout ensemble, une dépravation de l'instinct religieux sous l'influence de la Magie, et une forme d'organisation sociale ?

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