BOULÉ
Post-glaciaire
Magdalénien
Magdalénien Solutréen
WiiRMIEN
Moustérien
Interglafiiaire
Solutréen
Chelléen
RISSIEN
Moustérien
Inf.erglaciaire
Chelllen
MINDÉLIEN
Que faut-il penser de cette hypothèse ?
1" Au point de vue géologique, les conclusions de P. et B., qui constituent la partie la plus solide de leurs travaux, n'ont pas changé sensiblement l'ancienne classification des périodes glaciaires. Pendant quelque temps, M. Boule crût que le wiirmien constituait une quatrième période survenue après les trois dont il reconnaissait l'existence. Il y avait là un simple malentendu. En réalité, la période supplémentaire, dont lès vestiges ont été relevés dans les Alpes, ne s'ajoute pas à la fin de la série, mais au déhul : le Gunzien a précédé la première des périodes admises par le professeur du Muséum. (Cf. siip., la concordance de la page 12, note 23).
2° Au point de vue paléontologique, l'hypothèse de lalternance des faunes, qui bouleverse de fond en comble les critères habituellement reçus par les préhistoriens, est démentie par les nombreux faits auxquels M. Boule se réfère dans le passage précédemment cité de son article (p. 20, note 30: Observations sur un silex taillé du Jura et sur la chronologie de M. Penck, Anthropologie, t. XIX, p. l, et suiv.);
LKS HACKS OLATLHNAIHLS 31
demmenl acquises. Si l'on veut discuter avec fruit sur les races quaternaires, il faut, au préalable, posséder iiîie classification,
en outre, M. Fliche, dans une étude sur la flore des tufs de l.autaret (Hautes-Alpes), a montré que la flore forestière (l'iniis mvrilana) ayant été recouverte por des dépôts morainiques, a dû être détruite par une glaciation : c'est donc que la steppe n'a pas immédiatement précédé, comme le disent P. et B.. l'invasion srlaciaire (Cf. liullciin de la Société géologique de France, 4« série, t. IV, pp. 387-400).
3" Au point de vue anthropologique, la théorie des deux savants allemands repose sur deux erreurs initiales. En premier lieu, l'interprétation fautive des données paléonlologiques recueillies dans la station paléolithique de Villefranche- sur-Saône. Dans cette station, le moustérien est associé h une faune chaude et froide. Et comme, par ailleurs, aucune station moustérienne n'a été découverte en position .sur les moraines du massif alpin, il faut conclure : aj que le moustérien est antérieur au rissien ou lui est contemporain : b) que le mousr térien s'est prolongé à travers deux climats, l'un chaud et l'autre froid, représentés par leurs faunes respectives. Ainsi la position du gisement en dehors des moraines et l'association de l'industrie moustérienne à deux faunes semble apporter à la théorie une confirmation saisissante. — Il n'en est rien. Une station nettement moustérienne (Wildkirchli, cf. Slip. p. 15 et note 26), a été découverte en plein domaine glaciaire. Et de plus l'argument tiré de Villefranche ne prouve rien. Les restes de faune chaude (Fihirioccros Mercki) ne faisaient point partie, à l'origine, du gisement moustérien. Ce sont des débris dont l'état fossilisé et roulé atteste qu'ils ont été transportés, beaucoup plus tard, par voie de itiissellement, au lieu où on les a retrouvés. Les restes de faune froide, au contraire (Mammouth, Bison, Renne, etc.), n'ont pas été roulés. Ils ont con.servé un état de relative fraîcheur, tout comme les outils mou.stériens, avec lesquels ils furent primitivement associés. — La seconde erreur concerne la position stratigraphique du lœss (sur ce terrain, cf. Haug. op. cit.; p. 1765). D'après P. et B.. le lœss serait une formation exclusivement interglariaire et une formation de steppe. Mais puisque H solutréen est, :irchéologiquement, postérieur au moustérien et que d'autre part, en Autriche, les stations solutréennes sont ensevelies dans le lœss, il s'en suit que le solutréen est lui-Tnême interglaciaire et appartient à la phase de steppe qui a précédé la dernière glaciation (W^'urraien). -- Malheureusement pour P. et B., il n'est nullement prouvé que le lœss soit une formation exclusivement interalaciaire. Les deux géologues doivent eux-mêmes en convenir. D'après les observations faites par M. Boulr dans la station du Schweizerbild, ils ont dû reconnaître que le magdalénien était postglaciaiie. Or, il existe, sur le pourtour du massif alpin, plusieurs stations magdaléniennes (Gobelsburg, Aggsbnch et Munzingen), et ces stations sont dans le lœss. C'est donc que le lœss n'est pas une formation exclusivement fflaciaire, et dès lors rien ne prouve que les stations solutréennes soient interglaciaires parce qii'eUe^i annf comprises dans le lœs^. En
32 l'habitat et les races
aussi exacte que possible, des plus anciens restes humains parvenus jusqu'à nous.
Il le faut d'autant plus que l'anthropologie en appelle, pour expliquer nos origines, à une hypothèse, grandiose il est vrai, mais obscure et troublante : l'Evolution. Cette hypothèse, à la rigueur, nous pourrions nous dispenser de l'examiner ici. L'histoire des religions n'a rien à voir avec la descendance animale, simiesque ou autre, de l'homme, sauf peut-être pour ceux qui s'ingénient à découvrir-, dans le Totémisme, une vague survivance de l'âge où l'Homme n'était encore qu'une bête. Il ne semble pas que cette innocente théorie mérite les honneurs d'une sérieuse réfutation. En revanche, les idées évolutionnistes dominent à ce point la mentalité des anthropologistes actuels, qu'on ne peut éviter leur rejicontre, dès qu'on aborde aux rivages brumeux de la Préhistoire. Prendre le biais serait une tactique imprudente. On donnerait à supposer que, de ce côté, un écueil se cache, où la foi religieuse risque de se briser : ce qui est faux.
Mais du moment que l'on se résout à parler d'évolution humaine, c'est-à-dire, à relier les uns aux autres des types hu-
fait, la station de Vercors, {cf. siip. p. 14), campée sur les moraines wûrmiennes, montre que le solutréen et l'aurignacien sont, eux aussi, postglaciaires. — Quant au chelléen et à Tacheuiélan, leur position était en quelque sorte imposée par la fausse interprétation de la station de Viilefranche. Du moment que le moustérien se rattachait au rissien, le chelléen, qui le précède, appartenait à l'interglaciaire Mindel- Riss. Argument de pure logique que les faits ont à leur tour démenti : et c'est là qu'intervient le silex de Conliège (cf. sup. page 20), trouvé dans une formation plus récente que le rissien.
L'hypothèse de MM. Penck et Brûckner manque de base. Elle n'en a pas moins joui dune vogue considérable et foufni des cadres commodes à nombre d'ouvrages parus en Allemagne (notamment Stein- MANN, Die paJaolUhJ&che Renntierstaiion von Munzingen am Tuniberge, Fribourg-en-Brisgau, 1906 ; Wiegers, Die geologischeM GriincUagcn fiir die Chronologie des Dilnoialmens^chen, 1912 ; Bayer, Die Chronologie des jûngeren Quarîars, Vienne, 1913). En Angleterre, M. Geikie a cx'u pouvoir adapter son propre système aux conclusions de MM. P. et B. (The antiquity of Man in Europe, Edinburgh, 1914). — En revanche, la théorie a trouvé l'un de ses plus vigoureux adversaires dans la personne de M. H. Obermaier, élève de M. Penck et qui, après avoir partagé les idées de son maître, s'est nettement rallié au système de M. Boule. (Cf. Anthropologie, i. XX, p. 497 et suiv. Les formations glaciaires de» Alpes et l'Homme paléolithique).
LIS HA< I.S QLATFRNAIRES
mains successivemenl apparus dans la durée, la science exige qu'avant de hasarder une généralisation quelconque, on ail disposé, d'après leui* ordre chronologique, les données du problème. Trois règles président à ce travail.
Un squelette — ou fragment de squelette — est suffisamment daté lorsqu'il est en connexion avec un terrain géologiquement caractérisé, soit par lui-même, soit par sa faune. \ défaut de ce premier critérium, la date d'un squelette ou fragment de
Fig. 1 5. — Troisième exemple de stratigraphie. Station du Schweizerbild
(Suisse). Au-dessus des cailloutis de la dernière glaciation (wiirmienne, 6),
s'étagent une couche d'ossements à rongeurs (faune des steppes, 5), et les
foyers magdaléniens (4), post glaciaires. (D'après le D. NiiESCH, cf. Anihro-
polos^te^ t. IV, p. loo.)
squelette sera fixée si le vestige est associé à un type d'industrie dont l'ûge relatif a été dûment établi. Si l'un et l'autre de ces deux critères se dérobe, le seul moyen d'assigner une date probable à l'ossement fossile sera la ressemblance que ce fragment accuse avec d'autres pièces déjà datées. Cette troisième règle e.st moins précise. Elle suppose en effet que tous les débris humains semblables appartiennent à une même période. Or, cela peut être vrai pour l'ensemble de la période pléistocène : cela n'est pas nécessairement vrai pour telle période particulière.
34 l'habitat et les races
L'application de ces trois règles autorise, avec quelques incertitudes de détail, la classification suivante'^".
Du Paléolithique inférieur nous possédons :
Les débris de deux squelettes : celui do Tilbury, près Londres (1883), et celui de Galley-Hill, dans le Kent (1888) ; — trois crânes : celui de l'Olmo, dans la vallée de l'Arno (1863), celui de Bury-saint-Edmunds, dans le Suffolk (1882), et celui de Piltdown, dans le Sussex (1912)'*^ ; — plusieurs fragments de crânes : la Denise, Loire (1844) : Krapina, en Croatie (1899 et suiv.) ; ce dernier lot se compose d'arcades sourcilières ayant appartenu à une douzaine de sujets, et de quelques autres débris : — deux mâchoires : celle de Mauer, Heidelberg, dans le duché de Bade (1907) ^^ ; et celle d'Ehringsdorf, près Weimar (1914) ^^
40. La bibliographie des travaux relatifs aux races quaternaires est immense. II faut, de toute nécessité, abréger. Au lecteur à qui le temps fait défaut pour se livrer à des recherches souvent peu rémunératrices, on conseillerait de lire, d'abord, un excellent article de M. l'abbé Brésil : Les plus anciennes races humaines connues, dans Revue des Sciences philosophiques et théologiques, 3® année, n° 4, p. 710 et suiv. ; et la monographie — qui est beaucoup plus qu'une simple monographie — de M, Boule sur l'homme de la Chapelle-aux- Saints, dans Annales de Paléontologie, 1911-1913. Quant à la bibliographie spéciale des découvert-es, elle est judicieusement indiquée dans l'article précité de M. l'Abbé Breuii., jusqu'en 1907 (quaternaire moyen et inférieur) et par M. BouLf, op cit., pour la race de Néanderthal jusqu'en 1911. Il convient aussi de signaler deux articles, déjà anciens, mais qui ont conservé toute leur valeur critique^ pour les documents dont elles traitent, de M. H. Obermaier : Les restes humains quaternaires dans VEurope centrale, dans Anthropologie, t. XVI. pp. 385 et suiv. ; t. XVII, pp. 55 et suiv. Nos propres indications bibliographiques porteront donc, à peu près exclusivement, sur le paléolithique supérieur.
41. Cf. Boule, Anthropologie, t XXVI, pp. 39 et suiv.; id. ibid.,^ t. XXVIII, pp. 433r435.