I.e> Religions de la Préhistoire
d'avoir souvent assimilé « aux pratiques proprement lotémiques de simples rites thériolâtriques, alors que la distance, parfois énorme, qui sépare les milieux sociaux correspondants, exclut toute d'idée d'assimilation^". » L'observation est d'autant plus fondée que le totémisme, nous l'avons vu, est à la fois un système religieux et un système social. Il peut être piquant de rapprocher, comme l'a fait M. Frazer, le respect que les Grecs professaient pour le homard, animal sacré, avec les pleurs que l'indigène de Samoa verse sur la mort du hibou, totem de la tribu ^^ : en réalité ces comparaisons ne signifient rien, sinon que les Grecs, à l'exemple d'une foule d'autres peuples de l'antiquité classique, avaient des animaux sacrés : mais de là à supposer qu'ils étaient ou qu'ils avaient été « totémistes » il y a un abîme, tout l'abîme qui sépare le totémisme formel de la simple thériolâtrie. La thériolâtrie consiste à entourer certains animaux d'un culte dont les formes se diversifient selon les temps et selon les lieux, et, souvent, se juxtaposent à d'autres cultes fort différents, beaucoup plus évolués, occupant une place prépondérante dans la vie religieuse d'un peuple. Le totémisme est quelque chose d'infiniment plus précis. 11 implique tout un système de rites spéciaux, de règles, de défenses.
Et par suite l'on n'est autorisé à parler de totémisme que là où toutes ces conditions sont exactement remplies. Et si elles ne le sont pas, on risque d'égarer les esprits en appliquant à un groupe de phénomènes un terme qui ne leur convient pas. Bref, entre la thériolâtrie et le totémisme, il y aura, si l'on veut, les relations du genre à l'espèce. Et cela revient à dire que si le totémisme suppose la thériolâtrie, la réciproque n'est pas vraie. Il se pourrait fort bien qu'à l'époque pléistocène, il y ait eu un culte d'animaux, mais il n'est pas certain, a priori, que ce culte ait été nécessairement un culte totémique.
En second lieu, quelle que soit la force démonstrative du critérium d'universalité, ce critérium ne suffit pas à dirimer la question de savoir si telle coutume religieuse existait à l'âge quaternaire. Quand bien même, à l'heure actuelle, le totémisme serait-il répandu à travers le monde entier, s'en suivrait-il que l'on doive, en vertu d'une nécessité quasi-mathématique, assigner l'origine du système aux temps paléohthiques ? Evidem-