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LA RÉPONSE DE LARCHÉOLOGIE

directe avec une série de gravures ou de peintures datées de la même époque que ce foyer. Or ce cas est très rare, et de plus, on ne voit pas que l'attention des explorateurs ait été attirée, jusqu'à présent, vers ce genre de recherches comparatives. Du moins peut-on observer — et ici nous nous retrouvons pleinement d'accord avec M. Reinach, — que les espèces comestibles, représentées sur les parois, sont justement celles dont se nourrissaient les tribus quaternaires. De sorte que l'interdiction totémique, si elle avait été portée, aurait eu pour conséquence rigoureuse de réduire les hommes à mourir de faim, onjecture insoutenable et qui d'ailleurs est contredite par 'examen général des stations.

Pour assurer sa subsistance, le troglodyte mettait à contribution toutes les espèces à sa portée. On ne peut même pas soutenir qu'un groupe, en s'abstenant de tuer et de manger tel animal, travaillait fraternellement, comme on le dit des tribus australiennes, pour le bien des groupes voisins, puisque dans les foyers la même faune est à peu près régulièrement représentée. Et c'est pourquoi il nous paraît difficile d'adopter l'hypothèse d'après laquelle le totémisme aurait eu pour cause le désir d'empêcher, par une prohibition religieuse, l'extinction totale des espèces gaspillées par la rage destructrice des hommes ■'* Durant tout l'Age quaternaire, les chasseurs ne se sont nullement fait scrupule d'abattre librement toute sorte de gibier. Et ce ne sont pas les cent mille chevaux de Solutré qui nous invitent à les soupçonner capables d'économie. Si pourtant le besoin de ménager les troupeaux de bêtes sauvages avait pu

faire jour, c'était bien en ce temps où la chasse pourvoyait

tous les besoins matériels. Le tabou alimentaire n'a pas eu cours à l'âge du Renne. Et si l'on veut absolument que ce tabou soit la cause du totem, une fois de plus il faudra reconnaître que les troglodytes ne furent pas totémisles. Mais il n'est pas besoin d'accomplir ce crochet pour aboutir à la conclusion : il suffit simplement de constater qu'à l'époque paléolithique, les hommes mangeaient de toutes les bêtes comestibles que leurs armes pouvaient atteindre et détruire.

Point de totems spécialisés, point de tabous alimentaires : est-ce assez pour ébranler par la base la thèse du totémisme

M. Cf. S. Reinach, Cultes, Mythes el Religions, t. I, art. cit., pp. 90,

quaternaire ? Il nous le semble, mais il existe un dernier argument auquel nous entendons d'ailleurs conserver sa note de probabilité moindre.

11 y a entre le système totémisle et le culte des ancêtres un fréquent rapport ^^. Ce rapport s'explique en ce sens que l'ancêtre de la tribu est considéré comme l'auteur de l'alliance qui engagea dans les liens d'une parenté mutuelle la descendance du groupe humain et la descendance de l'animal-totem. En d'autres termes il ne put y avoir totémisme que par le bon vouloir et la prévoyance de l'ancêtre. Et tout naturellement la vénération dont le totem est l'objet rejaillit sur celui qui fut, si l'on peut dire, le signataire avisé du pacte. En fait, ces deux formes de culte, culte ancestral et culte totémique, sont presque toujours intimement mêlées. Tantôt, comme par exemple, chez les Fan, elles restent distinctes, mais alors le culte totémique apparaît nettement dérivé du culte ancestral. Tantôt, comme par exemple, chez les Australiens du Centre, les deux cultes sont si bien confondus qu'il n'est plus possible de les distinguer. La plupart du temps, l'ancêtre est conçu sous les espèces d'un animal fantastique ; ni homme ni bète, ou bête douée de facultés humaines amplifiées à plaisir par la fantaisie des sauvages. Ce personnage fabuleux peut être à la fois totem, fondateur et organisateur de la tribu. Quels que soient leurs avatars, l'ancêtre et le totem sont inséparables. Et l'on peut affirmer que presque partout où il apparaît le culte totémique se double d'un culte ancestral distinct ou implicite ^^.

Or, nous avons eu jadis, en traitant des sépultures, l'occasion d'exprimer des doutes sérieux sur l'existence d'un culte des morts ou d'un culte d'ancêtres à l'époque quaternaire. Si donc, comme le dit et le démontre le P. Trilles, dans son étude sur le Totémisme chez les Fân, le culte du totem est une « dérivation » du culte ancestral, l'absence de celui-ci dépose contre la réalité de celui-là.. Encore une fois nous n'accordons pas à cette preuve une force démonstrative égale à celle des autres preuves, nous indiquons simplement un sillon que les découvertes ultérieure permettront peut-être d'approfondir. Aussi bien l'existence d'un culte ancestral serait-elle démontrée, on n'aurait pas encore j^

3&. Sur les rapports du Totémisme avec le culte des ancêtres, voir^ H. Trilles, op. cit., pp. 259 et suiv. 36. Cf. DuRKHEiM, op. cit., pp. 399 et suiv.

I A REPONSE DE L ARCHEOLOGIE

le droit de eoiieliire à l'existence du totémisme quaternaire, puisque eu droit et souvent en fait, le culte ancestral est indépendant du culte lolémique.

[elles sont les raisons qui, malgré les témoignages si nombreux et si impressionnants de l'ethnographie, nous obligent à ne pas embrasser l'opinion des partisans du loléinisme paléolil!ii(pie. L'apparition de ces coutumes étranges remonte assurément très haut dans l'histoire religieuse de l'humanité. Elle ne paraît pas cependant revendiquer une antiquité contempolaine des plus vieux âges du monde. Et comme le système lotémique, on l'a vu au cours de cette étude, est intimement ié au développement des arts glyptique et pictural, on peut jjouler, avec (juelque chance d elre dans le vrai : si les tribus '^^e 1 Age du Reime n'étaient point totémiques, les tribus qui I^Bes précédèrent et dont il nous reste si peu de vestiges, ne I^K furent point davantage. Elles couraient même moins le ^^■isque de l'être, car elles n'avaient pas encore inventé la magie ^^■e ces formes artisticjues qui, capables de servir magnifiquemenl la religion, peuvent tout aussi bien l'entraîner dans des déviations fatales, rjappelons-nous la défense portée par Dieu : " Tu ne feras pas d'images taillées... ^^ » Et qui sait si les Paléolithiques, pour être devenus des artistes, ne furent pas, ux aussi, prématurément conduits à adorer le veau d'or!

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