‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 127 sur 194 · Grottes de Grimaldi. op. cit., I, ii, p · texte numérisé non relu

Grottes de Grimaldi. op. cit., I, ii, p

Et maintenant nous abordons la partie la plus ardue, nnais la plus importante de notre tâche. Ni les figurines, ni les images de l'homme exécutées d'après nature n'épuisent loin de là, la question de l'anthropomorphisme quaternaire. En explorant

Fig. 146. — Exemple d'un accident rocheux utilisé par les artistes quaternaires. Quelques saillies ingénieusement raccordées ont donné l'image sommaire d'un cheval. (Cf. Font-de-Gaume^ p. 109}.

les stations et les grottes, on découvre une troisième série de gravures, — car, sauf une seule exception ^^, ce sont bien des gravures — qui ne laisse pas de nous plonger dans un profond étonnemeht. Les sujets représentés sont des plus bizarres. On en trouve un peu partout. Us sont dessinés soit sur des outils, soit, et beaucoup plus fréquemment, sur les parois des cavernes, à Gourdan, au Mas d'AziP^ à Cro-Magnon, à la Madeleine, à Teyjat, aux Combarelles (|igf. 206, p. 365) à Altamira, à Font-

26. Cette exception a été récemment donnée par la Pasiega {o^. cit., pi. XXIII, n° 77).

27. Cf. S. Reinach, Répertoire..., op, cit., p. 172, n"» 5 et 6.

de-Gaume, à Marsoulas, à Horiios de la Pefla, au Porlel '*, à la Klause ^'. Sont-ce des hommes? Non, puisque, dans une foule de cas, la lèle est manifestement celle dun animal. Sonl-ce des ;iiiimaux? Point davantage, car en comparant ces profils étranges avec les gravures dont nous nous occupions naguère, on se persuade que l'artiste a entendu tracer les lignes d'un corps humain.

Pour concrétiser de suite l'objet de la discussion, mettons -ous nos yeux un exemple de ces singuHères images. g^^^mJ^ Ilornos de la Pena (|/V/. 193, p. 356), dans une niche formée I^^Hfe un creux du rocher, se cache la gravure désignée sous le l^^^pn de <( El Mono ^° ». La tête n'est pas humaine. Le front est

^Kr-

■^■m^. Les figures anthropomorphiques du Porte! ont été publiées pai I^^IT Jammes et R. Jeannel, (Assoc. fr. Lille, 1909). 11 y est fait allusion t^m dans la monographie de la Pasiega, p. 24, cf. S. Rkinach, Répertoire...,

op. cit., p. 172. — Nous reviendrons tout à l'heure sur le galet de la

Madeleine, f.inf. p. 313).

29. Fouilles de M. H. Obeumaier, cf. Anthropologie, t. XXV, p. 259: Plus remarquable encore est un beau bâton de commandement, fait

(i.- la perche d'un bois de Renne. Sur le premier tiers à partir du trou st> trouve une singulière figure en léger relief ; elle représente une tète de face à large mufle d'où tombent de très longues moustaches ; une bande en saillie rejoint le mufle au front bombé en forme de croissant dont les pointes se terminent par de longues oreilles à pinceau de poils très accentués. Au-dessus s'étagent quelques motifs en manière de plumes et de chevrons. Avec son aspect semi-humain et semi-animal, celte figure rappelle beaucoup les masques cérémoniels en usage chez les primitifs actuels. La partie inférieure du bâton se renfle sensiblement. »

30. La description de cette figure est donnée dans Grottes contabriques, op. cit., pp. 96-98. Elle est complétée par une note insérée dans la monographie de la Pasiega (op. cit., p. 25). La gravure d'El Mono est ilhyphallique, caractère qu'elle partage avec nombre de représentations anthropoïdes des grottes paléolithiques, (Cf. fig. 194, p. 359, n"' 9 et 5 : fig. 203, p. 361, n" 11 : fig. 205 : fig. 206). Il faut ajouter à

' tte nomenclature l'image de la Pasiega, signalée plus haut, et dont l'asperl « erotique » est particulièrement accentué. Ce caractère ilhyphallique n'infirme en rien l'explication qui sera donnée plus loin des figures anthropo-zoomorphiques. On sait que, dans certaines tribus, notamment chez les Rushmens, il existe certaines danses dont l'obscénité n'est pas niable, encore que, primitivement, elle ait pu n'être pas recherchée pour elle-même, mais en vue d'accomplir des rites religieux, rites que les religions classiques, à leur tour, ont parfois conservés (Mystères d'Eleusis, d'Adonis-Tammouz, etc.). A noter que, sur la t'^tr ,1,. l'anthropoïde de la Pasiega, un frontal de Bison fut ajouté

plat ; le nez trapu s'accole à un véritable museau ; avec l'œil ovale, on dirait vaguement une tête de singe. Mais la queue superbe dont' le personnage est orné, nous interdit de penser à un vrai singe, car des singes à queue, il n'en existe plus en Europe depuis le Pliocène ^\ On songerait plutôt à un félidé, chat ou tigre. Peu importe : en tout état de cause, la tête n'est pas humaine.

Mais à coup sûr, le propriétaire de ce chef n'est pas non plus un animal. Il se tient debout. Le torse est solidement cambré, la jambe recourbée de manière à indiquer le mollet, le genou saillant ; et le pied est certainement un pied humain ^'^. Le bras, levé, se termine par quelque chose qui est une main mal détaillée. Le mélange des caractères humains et des caractères animaux est donc ici incontestable.

Ce cas n'est nullement isolé. Voici, à Altamira (|igf. 194-202, , p. 359), tout un stock d'images qui ressemblent de très près au modèle de Hornos de la Pena. Ce sont les mêmes têtes, franchement animales d'allures, encore qu'il soit impossible de les attribuer à une espèce déterminée. Et d'autre part, ce sont les mêmes profils humains, les mêmes bras levés, et, du moins dans deux cas "^ les mêmes pieds d'hommes. L'un de ces personnages porte, plantée sur la nuque, une sorte de houppette.

Plusieurs images, gravées sur des objets, semblent se rattacher à la même série : Tels sont le bâton de Gourdan (fig. 203- 204, p. 361), le disque brisé du Mas d'Azil {fig. 205, p. 363) et la côte de Renne de Cro-Magnon {jlg. 203-204, n° 10, p. 361). Nous aurons, plus loin, l'occasion de citer d'autres exemples. Ceux-là suffisent pour poser le problème. Que signifient exactement ces figures mystérieuses complexes, tout à la fois humaines et animales, anthropoïdes ou anthropo-zoomorphiques?

à une date ultérieure « peut-être, observent les auteurs de la monographie, a la suite de l'usage des mascarades ». (op. cit., p. 25).

31. Grottes caritabriqiies, op. cit., p. 98. Dans un ouvrage récent, M. Juan Cabré Aguilo adopte, pour expliquer ensemble des figures anthropoïdes, l'hypothèse des singes. M. Breuil, à cette occasion, ne peut que renouveler les remarques que lui a suggérées l'étude d'El Mono. Cf. Anthropologie, t. XXVII, p. 589.

32. Ibid. « Le gros orteil n'est pas séparé, et la proportion des orteils Ta en croissant de dehors en dedans, si bien que le gros orteil est en même temps le phis gros et le plus allongé de tous ».

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