Fig. 194, n'^' 9 et
lis FIGIRES ANTHROPOÏDES
Sonl-ce des jeux d'imagination? Ont-elles une raison d'être dictée par des routumes que nous aurions, dès lors, grand intérêt à connaître?
On a émis à leur sujet deux explications. Nous commençons par la plus récente.
D'après les observations de MM. Spencer et Gillen et de M. Strehlow, il paraîtrait que les Australiens de la tribu Arunta ignorent encore « le rapport précis qui unit le fait de la génération à l'acte sexuel ^*. » Les vrais auteurs de la conception seraient les ancêtres de la tribu, et voici comment. Chaque per-
147. — Rhinocéros peint au trait rouge. Font-de-Gaume (Dordogne). (D'après Breuil, Font-de-Gaume, p. 144).
sonnage mythique, après avoir mené autrefois l'existence terrestre, s'enfonça tout à coup dans le sol. L'endroit où il disparut est marqué par un arbre, un rocher ou un trou d'eau qu'il continue de fréquenter. Or dans ces lieux sacrés et redoutables, vivent une multitude d'embryons d'enfants, composés d'une àme et d'un corps, mais invisibles. Les ethnographes les appellent, en anglais, des spirii children, en allemand, des Kinderkeiine et, plus communément, des ratapas. Une femme indigène vient-elle à passer? Si elle appartient au totem de l'ancêtre qui habite là, un ralapa abandonne l'arbre, le rocher ou le trou d'eau où il était embusqué, il s'introduit, par la hanche, dans le corps de celle qui va devenir sa mère. Parfois, l'ancêtre
^1 DlTRKHF.IM. op. rit., p. 258.
intervient personnellement. Il sort de sa retraite souterraine et, de loin, lance sur la passante un petit churinga qui pénètre en elle et y prend forme humaine, tandis que l'ancêlre disparaît à nouveau dans le sol. On aurait là, si l'on veut, une réplique inattendue de la légende que les mamans, aujourd'hui encore, racontent à leurs petits trop curieux. Les filles naissent sous les roses... Quant aux garçons, tout le monde sait qu'on les trouve blottis dans des feuilles de chou. Seulement, du moins on le prétend, les Arunta prennent la légende tout à fait au sérieux.
Et l'on s'est demandé si les ligures fantastiques gravées par les artistes quaternaires, ne seraient pas elles aussi, des ratapas. L'auteur de cette hypothèse, M. Reinach^^, à cru pouvoir s'appuyer sur un objet découvert dans les fouilles de Teyjat (Dor- . dogne). Il s'agit d'un bâton de commandement, et voici ce que l'on y trouvo, quand on l'a préalablement développé sur une surface plane Hig. 207, p. 368).
Le centre du tableau est occupé par un cheval lancé en plein galop. A gauche de ce cheval, on remarque, en haut, une tête de biche, et, en bas, deux têtes de cygnes avec leur long cou. A droite, entre les pattes de l'animal, il y a une figure informe et qu'il n'est pas possible d'identifier. Mais ce qui donne à cette pièce un intérêt tout spécial, c'est la présence de minuscules images, très bizarres, au nombre de cinq. Recoupés par les oreilles de la biche, trois serpenteaux, étroitement serrés, côtoient le trou du bâton. En arrière du grand cheval, on distingue la miniature inachevée d'un autre cheval, auquel il manque l'arrière-train. Enfin, sous le museau, à l'extrémité de la queue et dans le prolongement de la patte gauche postérieure du grand équidé, ont été gravés trois diablotins, au corps poilu, à la tête encornée, aux jambes incertaines : on dirait des cynocéphales. Or, d'après M. Reinach, serpenteaux, cheval incomplet et diablotins seraient des ratapas. Puis généralisant son explication, l'auteur est d'avis que la plupart des figures anthro-j poïdes de l'âge quaternaire sont aussi des ratapas et, <( dans l'histoire de l'art, les plus anciennes représentations d'êtres spirituels et fantastiques que nous connaissions^^ ».
35. S. Reinach, Le bâton de Teyjat et les Ratapas, Culte, Mythes et Religions, t. TV. pp. 361-268.