‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 129 sur 194 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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LF.S FIGURES AMIIKOPOÏUI.S 301

^^M Certes, chacun a le droit de proposer l'explication qui lui

' semblo la plus conforme aux données de l'arclicolo^ie. Celle-ci

a ravanlagc d être ttayée j»ar rdlinogiaphie. Mais elle a contre

elle des objections qui ne permettent pas, croyons-nous, de la

considérer comme acquise à la Préhistoire.

En premier lieu, la base ethnographique quelle invoque est beaucoup trop étroite. L'étrange lhéoi\ie de la conception et des ratapas est particulière aux Aruntas et, suivant Mathews, aux Tjingilli (ou Chingaloe^^ ). Est-ce assez pour motiver une ^ généralisation applicable tout ensemble aux Primitifs actuels et ■^■aux Primitifs de la Préhistoire, surtout si l'on se rappelle que ^Hles Aruuta appartiennent au cycle culturel le plus récent de I^BrAustialie? On peut même se demander si les Aruntas sont WK aussi ignorants qu'on le dit des vraies lois de la génération, et si les ratapas ne sont pas tout simplement un mythe qui recouvre, sans la supprimer, la juste notion des choses. M. Durkheim, avec une parfaite loyauté, rapporte, d'après Strehlow, que les vieillards savent très bien à quoi s'en tenir sur le rapport qui unit l'acte générateur à la naissance des enfants ^*.

37. Depuis que ces lignes ont été écrites, nous avons pu consulter le récent ouvrage de M. B. Spencer, Native tribes of ihe .\orthern territory of Auslralia (Londres, 1914). Dans ce nouveau volume. M. Spencer revient sur la question des spirit children (p. 263 et suiv.), et il résume son opinion dans les termes suivants : « This belief in reinanimation, and in procréation not being actually the resuit of sexual intercourse, has now been shown to be prévalent over the vvhole of Central and Northern part of confinent... amongst many Qneensland tribes and in a large part of West Australia. It is now too late to secure reliable information, in regard to matters such as this, from any part of ,\u'slralia where the natives ha^e been at ail closely in contact with whites, but, though the belief was first described in connection wifh the Arunta tribes, it has now been shown to be widcly prévalent over the continent, and I hâve little doubt but that al one time it was universally held amongst Australian tribes ». La croyance en cause serait donc généralisée à travers la plus grande partie du continent australien. Cette constatation ne diminue pas la valeur de notre raisonnement. Les Australiens ne sont pas tous les primitifs, et de plus il faudrait savoir si leurs idées relatives à la conception n'ont pas été répandues à une date relativement plus récente, et si elles n'ont pas été propagées sous l'influence des derniers envahisseurs de l'Anslralie, c'est-à-dire, par ces tribus du Centre dont les Arunta constituent le groupe le plus important.

3H. Di-RKHEiM, op. cit., p. 358, n" 2.

La base ethnographique est donc trop étroite. M. Reinach, il est vrai, essaie de l'élargir par des inductions et des hypothèses. Les lois de la transmission de la vie étant mystérieuses, seraient demeurées longtemps inconnues. En outre, les Australiens n'ayant pas d'animaux domestiques ne peuvent être éclairés, à cet égard, comme le sont de très bonne heure les enfants de nos campagnes.

Ces arguments sont faibles. Le premier est tellement vague qu'il conduit à des conclusions démenties par l'expérience. La conscience de la paternité est, semble-t-il, aussi vieille que le monde. Quant au second argument, Strehlow nous avertit justement qu'en Australie, où il n'y a pas d'animaux domestiques, les enfants eux-mêmes sont très au courant^''.

Fig. 148. — TÊTE DE Rhinocéros gravée sur stalagmite. Grotte de Goiirdan (Haute-Garonne). D'après Breuil. (Cf. Piette, L Art pendant rage du Renne, p. 87).

Les hypothèses de M. Reinach ne sont pas plus probantes. Avec M. Sydney Hartland, l'auteur d'Orpheus estime que la foi aux naissances miraculeuses, assez répandue dans les religions anciennes, serait le vestige d'une époque où la part du père dans la génération était inconnue. Mais qui le prouve ? Et ne faudrait-il pas plutôt conclure que si partout on trouve des naissances miraculeuses, c'est précisément parce que, partout, on avait une idée exacte du lien conjugal, puisque le miracle est par définition un fait exceptionnel? M. Reinach nous cite encore les légendes celtiques où les fées n'ont pas de maris. C'est aller chercher bien loin l'explication d'une croyance propre à l'Australie, c'est-à-dire au pays du monde où le mariage et les classes matrimoniales jouent le rôle le plus prépondérant^

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