‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 132 sur 194 · S. Reinach, Cultes..., IV, p · texte numérisé non relu

S. Reinach, Cultes..., IV, p

il devrait y avoir, entre l'animal réel, vivant, et le ratapa, identité de nature. Or ce n'est pas ici du tout le cas. Si nous avons affaire à des spirit diildren il s'en suivra logiquement que le cheval de Teyjat, — qui n'est pas une jument — devra donner le ■jour à des chevaux sans doute, mais aussi à des anguilles et à des anthropoïdes. L'invraisemblable devient par trop criant. Dira-t-on qu'il faut dissocier les éléments du tableau et que seul le petit cheval inachevé est en connexion avec le grand cheval ? Mais les autres figures minuscules devront jouer le même rôle d'esprits fécondateurs vis-à-vis des animaux représentés dans leur voisinage. Or les serpenteaux sont en connexion avec une tête de chamois, et deux des diablotins sont en connexion avec des cygnes : la coïncidence est plutôt malencontreuse. Dira-t-on enfin que l'artiste n'a voulu établir aucun lien précis, et que le bâton de Teyjat représente simplement une nuée de ratapas au milieu desquels un infortuné cheval s'est fourvoyé dans la fougue d'un galop éperdu? Soit, mais alors le tableau n'a plus de sens, car la seule raison sérieuse d'admettre l'hvpothèse de? ratapas est précisément le rapport que les minuscules images semblent entretenir avec les animaux figurés sur la pièce. Isolés de leur contexte il n'y a plus de motif pour leur attribuer un rôle fécondateur.

En résumé, la théorie de M. Reinach, pour séduisante qu'elle soit, n'est pas scientifiquement établie. La base ethnographique est trop étroite. Elle est même inexistante, puisque l'es Australiens ne connaissent point de ratapas d'animaux. Appliquée aux figures du Bâton de Teyjat, l'hypothèse se heurte à des contradictions évidentes. Le cheval n'est pas une jument : les diablotins et les serpents n'ont rien à voir avec la perpétuité de l'espèce chevaline, des cygnes ou du chamois. Et par conséquent la généralisation abstraite de ces impossibles comparaisons disparaît avec le fondement sur lequel on avait cru pouvoir l'appuyer. Les . images anthropoïdes de l'âge quaternaire ne sont pas des ratapas. Mais que sont-elles? L'énigme résistera-t-elle à notre curiosité ? Essayons d'une autre voie.

Presque tous les Primitifs, voués à la chasse, ont recours à certaines ruses pour s'emparer plus sûrement de leur proie. Tantôt le chasseur s'enveloppe de paquets de feuillage : le buis-

son mobile s'avance lenlemenl sans éveiller ratlenlion de l'animal ilig. 211, p. 378). Tantôt, l'homme s'affuble d'un déguisement qui reproduit l'aspect extérieur de la béte. Sur une fresque peinte par les Buslimcns, on dislingue un indigène, armé de son arc, mais dont le corps disparaît presque totalement sous une dépouille d'autruche Hiy. 212, p. 380). Les Indiens de l'Amérique du nord emploient des procédés analogues. Les Ilidatsa s'enveloppent de la peau du cerf ou de l'antilope pour approcher les bardes errantes ; ils se servent de la peau du loup pour chasser les bisons. Les Zunis, déguisés en cerfs, imitent, jusqu'à brouter, les altitudes de ces animaux, afin de les attirer

Fig. 150. — FiGURiNK DE FÉLIN. Isiuritz (Basses-Pyrénées). Ibid., p. 153.

[dans des pièges habilement dissimulés. Les Innuit se coiffent

Me masques pour chasser le Phoque ^\

Ces traits de mœurs cynégétiques sont-ils l'origine de la coutume dont nous allons parler? Plusieurs inclinent à le croire. Toujours est-il que, chez les sauvages, il existe des cérémonies, et plus exactement, des danses religieuses, où les figurants apparaissent revêtus de masques d'animaux. Ces danses sont relatives à la chasse. Nous en dirons plus tard le but. Pour l'instant, il nous suffit de souligner le fait par des exemples empruntés principalement aux peuples chasseurs.

Chez les Eskimos, les danses représentées en gravure sur les

44. Ces exemples et tous ceux qui vont être cités sont emprunté.*;, sauf indication contraire, aux chapitres x et siiiv. d'Aliamira, op. rit., • Comparaisons ethnographiques.

instruments et les outils, s'accomplissent dans la réalité. Elles comportent une grande variété de masques. A l'occasion de certaines fêtes, on imite, à l'aide de déguisements appropriés, les attitudes des oiseaux d'eau, des castors, des morses et des phoques. A Point-Barrow, une cérémonie religieuse est exécutée par cinq danseurs armés de crécelles magiques. Leur face est couverte de la peau tannée de la tête de carnassiers : loups, lynx, ours, renards, castors. Au détroit de Behring, pour la célébration d'un rite semblable, les indigènes commencent par revêtir un masque de loup. Au cours de la cérémonie, ce masque s'entr'ouvre et laisse apparaître un masque humain sousjacent.

Chez les Indiens de l'Amérique du nord, il existe une danse de l'ours et une danse du bison. Lors de la danse de l'Ours, le chef sorcier se couvre d'une dépouille de cet animal : la tête de l'ours retombe sur sa figure, formant un masque. Les autres danseurs, munis seulement de masques confectionnés avec des peaux de têtes d'ours, imitent les gestes du redoutable carnassier. Pour la danse du Bison, huit hommes se déguisent en bisons. Mais il y a aussi d'autres figurants : il y a des hommesours, des hommes-aigles-chauves (peints en noir avec une tête blanche). Des gamins se peignent en jaune et se coiffent d'une tête blanche pour imiter les antilopes. Des masques rituels sont également en usage chez les Tlinkit, les Haïda, les Maka, les Kwakiutl, les Hopis, les Zuiïis ifig. 213-216, p. 382 : fig. 217- 219, p. 384). On en trouve parmi les tribus de la Guyane et du Brésil ^^.

Chez les anciens Bushmens, la coutume des mascarades sacrées était courante. Il y avait une danse des babouins, du crapaud ; une danse de l'abeille dont les acteurs sautaient et bourdonnaient à plaisir pour imiter l'insecte. Mêmes observations chez les Fan de l'Afrique équatoriale^®.

Quant aux Australiens, dès 1798, Collins observait parmi eux des coutumes semblables. Il a vu des hommes imiter le chien-| Dingo. Ailleurs, une troupe de sauvages, munis de longuesj queues faites d'herbes, bondissaient, se couchaient, se vautraient comme les kangourous ; ils poussaient l'instinct d'imitation jm qu'à se gratter, pour expulser leurs parasites, à la manière des

45. D'après H. Kunike, dans Anthropos, t. VII (1912), pp. 206 et siiiv.]

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