‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 134 sur 194 · Luquet, art. cit., Revue philosophique · texte numérisé non relu

Luquet, art. cit., Revue philosophique

explorateurs. L'image est une silhouette de phoque, avec sa queue étalée et ses ailerons. Ce phoque n'est pourtant pas une copie naturaliste. Déjà la tête offre une vague ressemblanceavec un profil humain. Au-dessous du ventre, trois ou quatre li^nies dessinent grossièrement des cuisses. Il est probable que nous sommes en face d'un homme affublé de la dépouille d'un phoque ^°.

Mais l'argument sans réplique est dû au hasard d'une découverte dont l'honneur revient à M. Peyrony, instituteur aux Eyzies. Il s'agit d'un calcaire gravé de la Madeleine, qui représente une figure masculine. Il a été l'objet d'une communication à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres par M. le d' Ca- ^pitan, professeur au Collège de France. Nous citons les termes ie ce bref rapport qui servira de résumé et de conclusion à lolre travail : « On voit neltement la face Cde l'homme] avec >on œil rond, son long nez pointu et la barbe. Mais ce qui fait le vif intérêt de cette pièce, c'est que, de la façon la plus claire, le sujet porte devant la face un masque. Cette constatation très lette démontre l'exactitude d'une hypothèse que l'un de nous (C.) avait formulée depuis longtemps, et qui est la suivante, )n rencontre parfois sur les parois de nos grottes décorées de [gravures des personnages humains, et presque toujours elles^ )résentent des faces extraordinaires, avec nez énorme souvent recourbé ; parfois elles paraissent burlesques. Or, la comparaim avec l'ethnographie américaine, avec celle d'un très grand lombre de peuples asiatiques, africains ou même océaniens, lémonlre que la pratique des masques est extrêmement répanliie, et que, le plus souvent, il s'agit de masques rituels dont ie rôle et la signification sont d'ordre magique et religieux. Les Imasques ont toujours une face plus ou moins singulière, exagérée, anormale et très souvent munie d'un long nez. Nos premières découvertes (1901) de gravures et de peintures sur les parois des grottes magdaléniennes nous avaient mis à même de constater ces particularités ; dès ce moment, j'avais émis l'hypothèse que ces figures de nos cavernes n'étaient pas autre

50. C'est du moins rinterprétatiion que nous suggère l'examen de la figure reproduite dans les Grottes cantahriqiies p. 210. M. Cabbé, frappé par cette récente découverte, a cru pouvoir généraliser et affirmer que les dessins anthropoïdes d'.\ltamira sont aussi des phoques, M. Bbeuil démontre que ceUe explication générale est inacceptable (Anthropologie, t. XXVII, pp. 589^590).

chose que des représentations d'hommes munis de masques sacrés. Notre petit galet nous donne la démonstration la plus complète de ce fait qui, dorénavant, est hors de doute ^\ » Il est donc certain que les troglodytes de l'âge quaternaire se servaient de masques. Aux Combarelles, à Marsoulas et à Font-de-Gaume on les voit au repos. A Altamira et à Hornos de la Pena, ils sont en acte. A la Madeleine, nous assistons sans doute, à une scène de dépouillement. L'Homme après avoir exécuté sa danse rituelle, dépose ou va déposer son accoutre-

Fig- 153- — Gloutom gravé sur une pendeloque. Vallée de la Vézère, collection Christy. (D'après Breuil, Font-de-Gaume, p. 164).

ment ; il va redevenir un simple mortel. La série des documents est complète.

.A.U terme de ce travail d'analyse sur les images humaines

51. Cf. Comptes-rendus de V Académie des Ins,criplions et Belles-Lettres, 1912, p. 24 et suiv. Le galet de la Madeleine n'a pas encore été publié. Nous devons à l'obligeance de M. le d"" Capitan, à qui nous voulons renouveler ici nos remerciements, d'avoir eu sous les yeux une reproduction de « l'homme masqué » de la célèbre grotte. L'examen de la gravure ne laisse prise à aucune erreur de lecture: le masque se détache nettement en avant de la face humaine qui le porte. — Une découverte, plus récente encore, ajoute, au dossier des masques quaternaires, un document d'une inestimable valeur. M. le comte Bégouen et ses fils ont relavé, sur les parois de la Grotte des Truis-Frère» (Ariège), une figure anthropoïde, dont M. l'abbé Breuil a exécuté le calque, non sans difficulté, car l'image occupe une position difïicile d'accès. Elle a été, en septembre 1920, l'objet d'une communication à VAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres. Le texte de cette communication ne nous étant point parvenu, au moment de donner le bon-àtirer du présent chapitre, nous reproduirons la description que M. le comte BÉGOUEN a bien voulu nous adresser, antérieurement, de cette pièce capitale : « La principale figuration humaine est gravée et peinte au trait noir sur une oaroi de rocher, dominant la petite salle oîi sont

le l'époque paléolithique, nous avons acquis deux résultats positifs :

1° Dès le début de son évolution arli'stiquc, l'homme possède des idoles. 11 n'est donc plus permis de soutenir que la zoolâtrio a précédé, chronologiquement, l'anthropomorphisme.

2" Il existait, en ce temps-là, des cérémonies religieuses au cours desquelles on revêtait certains déguisements zoomorphiquès. Reste à fixer le sens de ces cérémonies. Nous verrons plus loin ce que l'on peut apprendre à leur sujet.

presque toutes les gravures. Elle est à 3 m. 5() environ <Ju sol. L'tiomme (on ne peut douter de son sexe) est nu, il porte une queue postiche de cheval, dont les crins sont noués au bout pour faire une petite houppe. Sa tête est ornée d'une ramure de cerf et d'une lonierue barbe, postiche elle aussi, et, sennble-t-il, en crins de cheval. Elle est long\ie et soignée, les moustaches sont relevées, le nez est en bec d'aigle, les yeux ronds. Cet être est évidemment masqué et sa position, presque à quatre pattes, indique une sorte de danse. Sans nul doute c'est un « .sorcier », et l'endroit élevé où il est placé, dominant les parois du « sanctuaire » où des centaines d'animaux les plus divers sont représentés, fait encore ressortir l'importance qu'on a voulu donner à cette représentation ».

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