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ORIGINE DU CULTE DES ANIMAUX

ssi bien que végétale, comme des présents qui leur sont volontairement accordés par les esprits des animaux et des végétaux. Ils se considèrent comme absolument- dépendants du bon vouloir de ces êtres pour l'entretien de chaque jour*.

Ainsi l'animal est adoré parce que l'on se sent dépendre de lui. Cette idée fondamentale se corrobore par d'autres idées (onnexes et qui peuvent fort bien être dérivées de la première. Si l'animal exerce sur la vie humaine un tel empire, n'est-ce point que, par droit de nature, il est supérieur à l'homme? Cette ronclusion nous paraît étrange, choquante, inacceptable. Mais que l'on veuille bien revêtir pour un instant la mentalité du Primitif, surtout du Primitif chasseur, et l'on sera moins surpris de constater un tel intervertissement des valeurs.

Voici un être déjà persuadé que l'animal est le maître de sa destinée, car sans lui, l'existence deviendrait impossible. Que de terreurs, que d'imaginations, que de légendes vont se greffer -ir cette croyance initiale ! Et pourtant tout n'est pas fantaisie pure, tout n'est pas illogisme dans ces déductions de l'intellect sauvage. L'animal est un être merveilleux. A l'observer de près, et Dieu sait si le primitif est observateur ! — ne révèle-t-il IH>int déjà des capacités extraordinaires, auxquelles l'homme ne saurait s'égaler? Dans la lutte pour la vie, il sait presque toujours se tirer d'affaire avec bonheur. Tantôt il fait preuve d'une force de résistance inouïe. Tantôt il témoigne d'une ruse, d'une habileté consommées. Il semble à l'abri des besoins qui affligent la pauvre humanité souffrante. Il ne construit pas de huttes et pourtant il brave les intempéries des climats. Il ne < onfectionne point d'armes et pourtant il sait se défendre contre ses ennemis. Il a tous les privilèges. Il grimpe avec agilité les arbres ou les flancs des montagnes. Il vole, il nage, il plonge, il lîalopi^ comme le vent. Et il est tout cela sans elïort, sans ivrherche pénible. 11 est tout cela naturellement.

Vous autres, civilisés, nous attribuons ces qualités au jeu • If l'instinct, et ce nous est une occasion d'admirer, dans la

3. HiLL Tout. The FJhnoIogy of ihe Stlntltim of liritish Columbia, (Jniirn. of the Anfhropolog. Instit. of G. Britain, xxxv, 136). Cité par Lévy-Bruhl, Les fonctions mentales dans les sociétés inférieures, Paris, 1912. p. 266.

créature, l'œuvre d'intelligence, opus intelligentiœ du Créateur. Le Primitif ne pousse pas si loin le raisonnement ou plutôt il laisse se creuser un abîme entre la Cause suprême et ses effets sensibles. Il suppose que si l'animal porte à un tel degré les capacités si enviables et que l'homme lui-même ne- réalise que très imparfaitement, c'est parce que l'animal est muni de pouvoirs supérieurs aux siens.

Rien n'est plus probant que d'interroger à ce sujet l'ethnographie. Ainsi les Zunis considèrent les bêtes comme proches des dieux en raison de leurs aptitudes spéciales et mystérieuses *. Elles disposent d'énergies que l'homme ne possède pas. De là à les entourer d'une vénération craintive, il n'y a qu'un pas. Les Kamtchadales adorent les baleines qui parfois font chavirer leurs canots. Ils adorent aussi les ours et les loups parce qu'ils en ont peur^ Les Péruviens regardaient le tigre et l'ours comme des dieux féroces, et comme les véritables maîtres d'un pays où les hommes n'étaient que des étrangers et des intrus. Si un ours attaque et dévore un Indien, on s'imagine que l'animal s'est jeté sur lui avec intention, peut-être pour venger le traitement infligé par l'homme à un autre ours ®.

Et du moment que l'on est entré dans cette voie, il n'existe plus de raison de refuser aux bêtes les pouvoirs les plus inattendus. Les animaux comprennent la langue des hommes. L'Indien de l'Amérique septentrionale discute avec son cheval comme si ce dernier était un être raisonnable ^ Le Kamtchadale qui rencontre un animal s'abstient de l'appeler par son nom, car il est persuadé que les bêtes entendent parfaitement le langage humain ^. Et non seulement elles l'entendent, mais elles sont omniscientes et omnipotentes. Chez les Huichols, « les oiseaux dont le vol est puissant, comme l'aigle et le faucon, voient et entendent tout. Ils possèdent des pouvoirs mystiques, inhérents aux plumes de leurs ailes et de leur queue. Ces plumes portées par le shaman le rendent capable de tout voir et de tout entendre, ce qui se passe sous la terre comme à la surface, de gué-

4. F. Hamilton Cushing, second annual Report of Ethnology, U 1881 : cité dans Altamira, p. 161.

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