Catlin, op. cit., cf. Lévy-Bruhl, p
curiosité des photographes : ce serait confier une part de leur propre substance, et se mettre à la discrétion de quiconque s'emparerait de leur portrait. Un chef de l'Afrique centrale se laissa photographier. Plusieurs mois après, il tombait malade. Entre temps, le cliché avait été envoyé en Angleterre. La maladie fut attribuée à un accident qui avait dû arriver à la plaque '\
Pour la même raison, la possession d'une image assure à son heureux propriétaire des pouvoirs merveilleux. Et ceci nous conduit à étudier, sur le vif, la manière dont les images sont adaptées à des fins magiques. Parlons successivement des figurines humaines, des figurintes d'animaux ou des instruments, et enfin des peintures ou gravures murales. On verra, partout, se vérifier la loi ci-dessus énoncée : la copie ayant la valeur de la réalité, on peut obtenir, avec la première, les effets conséquents à la seconde.
Les figurines humaines. Chez les Ostiaks, une poupée disposée dans la tombe d'une femme défunte remplace son mari. D'autres poupées, conservées par les survivants, reçoivent les soins que l'on donne à une personne ordinaire et participent à la vie familiale^*. A la côte des Esclaves, lorsque l'un de deux jumeaux vient à mourir... la mère pour donner à l'esprit de l'enfant mort une demeure où entrer sans incommoder le survivant, porte avec celui-ci une petite figure en bois, longue de sept à huit pouces, de forme humaine grossièrement taillée, et du même sexe que l'enfant mort. Ces figures sont nues, comme le serait l'enfant, avec une ceinture de perles autour de la taille ^^ Et voici qui est plus fort. En Chine, on raconte qu'une veuve a eu un enfant d'une statue en argile de son mari'®.
Les instruments et les figurines d'animaux. Dans la Nouvelle- Galles du Sud, quand un homme partait pour la chasse, il emportait un wommera (jette-lance) magique, dont le crochet était fait d'un os de bras humain, taillé en pointe. La graisse du ca-
23. Hetherwicks, Some animislic beliefs of the Yaos, (Joiirn. of the anthropology Institute,xxxn, pp. 89-90). Cf. LÉvy-BRt,HL, p. 43. — Peutêtre avons-nous là l'explication d'un fait que nous avons signalé plus haut (ch. VII, p. 280) : la rareté des représentations humaines sur les objets manuels et sur les parois des grottes paléolithiques.
24. Revue d'Ethnographie, t. VIII, p. 136. — Cf. Altamira, p. 149.
25. A. B. Ei.Lis, The Yoruba-speaking peoples. Cf. Lévy-Bruhl, p. 43.