‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 144 sur 194 · E. Durkheim, Les formes élémentaires, op. cit., p · texte numérisé non relu

E. Durkheim, Les formes élémentaires, op. cit., p

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car autrement, elle n'aurait aucune raison d'être au centre et comme pivot de toute la cérémonie.

Telle est, à grands traits, ce que l'on peut appeler la psychologie de l'image chez les Primitifs actuels. Parce qu'elle est le substitut de la réalité, l'image, est munie de pouvoirs équivalents à la chose figurée. Elle agit comme elle, ou plutôt —

Fig. 184. — Archer (.?) gravé sur os. Mas cTAzil. (D'après S. Reinach,

Répertoire..., p. 147).

et surtout — elle agit en là manière dont l'homme conçoit sa puissance et ses propriétés. En certains cas, ce principe d'identité absolue se relâche et semble évoluer peu à peu vers une autre formule plus élastique : le semblable agit sur le semblable. Mais si l'on réfléchit que toute similitude est fondée sur une communauté de nature, il reste, en dernière analyse, que la magie des semblables a pour fondement ultime l'écfalité de l'image avec son modèle.

Grâce à ces observations ethnographiques, nous pouvons entrevoir la signification de l'art quaternaire. Assurément, pour la dégager, il ne faut point s'embarrasser de détails trop minu-

lieux ni s'appliquer à découvrir de rigoureux parallèles. Il faut se contenter d'un rapprochement général. De même que les Primitifs actuels accordent à leurs peintures murales, à leurs figurines, aux sculptures et aux gravures qui décorent leurs outils une valeur magique, de même les Primitifs de la Préhistoire, selon toute vraisemblance, ont adapté les séries correspondantes d'objets à des fins analogues.

Sur leurs instruments et leurs armes, propulseurs, bâtons de commandement, couteaux, etc., ils incisaient des figures d'animaux parce que la force magique de ces figures assurait l'infaillibilité du résultat. Leurs figurines qui, nous l'avons vu, étaient plus probablement des idoles, ont pu quelquefois jouer un rôle analogue à celui que les indigènes de la Côte d'Ivoire, les Eskimos et les Chinois font remplir à leurs statuettes. Les dessins rupestres, à leur tour, ont pu servir aux cérémonies de quelque intichiuma préhistorique ''^ Mais comme les animaux figurés sur les parois des grottes appartiennent aussi à des espèces non comestibles, il y a lieu de penser que la coutume de peindre ou de graver les animaux de ce dernier groupe correspondait à des rites tout différents : rites de conjuration pour éloigner ou anéantir les espèces nuisibles, ours des cavernes ou loups voraces : rites de transfusion par lesquels on se flattait d'arracher au lion, au rhinocéros le secret de leur force surhumaine, etc. Encore ces suppositions sont-elles peutêtre trop timides, car nous ignorons et nous ignorerons toujours ce que les sauvages de l'âge quaternaire voyaient dans chaque représentant de la faune qui les entourait. Le cas des Cherokees, avec leurs oiseaux savants, nous avertit que le Primitif n'assigne point de bornes aux créations de son intaris- •sable crédulité.

Il est également incontestable que la magie occupe une large

37. Dans l'ensemble, on peut considérer ces images, rupestres ou sur objets manuels, comme appartenant à la catégorie des rites d'envoûlement. De là vient sans doute que sur certaines figures pariétales, on trouve les lignes que nous avons décrites en leur temps : tantôt, c'est une pointe de harpon ou de flèche, signifiant la blessure dont l'animal doit infailliblement mourir ; tantôt ce sont des mains, qui affirment la prise de possession magique de la bête par l'homme, (cf. supra, ch. III, p. 119). De même, la représentation d'armes sur les parois de la grotte de Santian suggère l'idée d'une cérémonie ayant pour but d'imprégner ces objets d'une force magique. (Cf. supra, ch. v, p. 220).

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