Voir supra, p. 340, note
APPLICATIONS SPÉCIALES 3i9
est. Magie et Religion entremêlent leurs pratiques respectives. Elles les entremêlent chez les l^nmilifs actuels. Elles les ont entremêlées chez les Primitifs de la Préhistoire. Le chasseur quaternaire, lui aussi, a juxtaposé, avec plus ou moins d'inconséquence, la Magie et la Religion.
Et lorsqu'on a déterminé ce double aspect magique et religieux des croyances et des rites quaternaires, on peut chercher une explication à certaines particularité? qui se rattachent soit à l'un, soit à l'autre.
Nous avons vu, par exemple, avec quelle persévérance les paléolithiques repeignaient souvent les mêmes surfaces, utilisant même la couleur des dessins antérieurs. Etait-ce là un simple procédé pour gagner du temps ou pour économiser la matière colorante ? Peut-être. Mais qui sait s'il n'y a pas eu, de la part des artistes, une intention tout autre? Qui sait si la figure, nouvellement tracée, n'héritait pas de la for-ce magique accumulée dans les figures plus anciennes : tout comme la forme d'un rocher, rappelant vaguement les contours d'un animaï, invitait le peintre à achever, d'un coup de pinceau, Vimaire déjà commencée par les esprits de la caverne?
Nous avons également constaté le progrès réalisé au cours
des siècles par les graveurs et les peintres, au point de vue de
^la fidélité et de l'expression des formes. On peut rattacher ce
)rogrès à une préoccupation désintéressée. Il y a une part de
Tai dans le jugement porté par M. Boule sur tout un ensemble
[de gravures et de peintures : <( Le souci de la vérité, de la
pureté des lignes, de l'élégance des attitudes dont témoignent
[les pliis anciennes productions ne saurait s'expliquer par de
■ simples pratiques de magie. Tic mauvais dessins, comme en font
les sauvacros, auraient suffi ''. » Il nous semble pourtant que
62. Ces observations complètent ce que nous avons dit plus haut, ch. V, au sujet de la valeur utilitaire de l'art paléolithique. Dans une magistrale étude de M. Ed. Pottier sur les vases peints de Tacropole de Siise, on relève le passage suivant : « Assurément, il n'est pas niable qu'un certain sentiment esthétique, un goùl inné pour les couleurs et la symétrie, une sorte de joie à reproduire par des lignes Ip'^ objets qu'on vent rappeler, n'enlrenf très vif<' en ligne de compte
même le souci de l'exactitude n'est pas aussi étranger à la magie que l'on serait porté à le croire. Le personnage qui, en Egypte, présidait aux cérémonies religieuses ou magiques s'appelait « juste de voix, iust of voice ». Et l'on entendait par là que l'officiant devait être capable de réciter, d'une façon impeccable, les formules d'incantation, sans quoi le succès de l'opération eût été compromis '^^ Cette qualité était-elle requise des sorciers quaternaires ? Nous l'ignorons. Mais on peut se demander si, à un moment donné, l'exactitude de l'image magique ne fut pas requise pour l'efficacité du rite dont elle était l'indispensable élément, et si le magnifique progrès de l'art quaternaire ne fut pas motivé en partie, par le désir de réaliser le plus parfaitement possible, la similitude des choses que l'on se proposait d'atteindre.
Enfin, d'après M. l'abbé Breuil, nous avons signalé la discordance qui paraît exister entre la faune réelle et la faune figurée ^^. Ce phénomène n'a rien de surprenant, si l'on se réfère aux idées religieuses des Primitifs actuels. Dans la pensée du sauvage, le règne animal se hiérarchise. Il a ses chefs qui commandent aux autres espèces. Dès lors il suffit d'exercer sur ces esprits dominateurs une action religieuse ou magique, pour atteindre, par eux, les esprits subordonnés.
Ainsi, chez les Zufiis, quand on poursuit l'élan, le cerf, l'antilope, il convient de posséder un fétiche figurant un grand carnassier, couguar ou loup ; la figurine d'un aigle suffit pour le petit gibier, les lapins, etc. Sur les parois des cases sacrées, les animaux carnassiers comme le couguar, le loup, le lynx,
dans la création de l'ornementation. Mais il s'agit de savoir si cet instinct naturel n'agit pas surtout sur le développement et la constitution du style ornemental ? Peut-être ne faut-il pas mettre l'instinct du beau en première ligne, mais en seconde. Le beau a pu se greffer sur l'utile. On peut supposer qu'il ne le détermine pas. L'ornement, avant d'être ce qu'il est devenu aujourd'hui, aurait été avant tout, comme la parure même de l'homme, un instrument pratique, un moyen d'action qui procurait des avantages réels au possesseur ». Cf. Mémoires de la Délégation en Perse, t. XIII, Recherches archéologiques, v« série, Céramique peinte de Suse et petits monuments de VEpoque archaïque, Paris, 1912, p. 50.
6.3. Sur l'expression ot juste de voix » Ma Khrôon, cf. G. Maspebo, Eludes de Mythologie et d'Archéologie égyptiennes, t. II, Paris, 1893, p. 373.