‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 159 sur 194 · Id ibid., p · texte numérisé non relu

Id ibid., p

18. Lévy-Bruhl, Les fonctions mentales..., op. cit., (prélogisme) ; — J. H. King, The supernatural, ils Origin, Nature and Evolution, Londres, 1892 ;— M r Marett, Pre-animislic Religion, in Treshold of Religion, Londres, 1908, p. 1-32 (préanimisnie) ; R. Dussaud, Introduction..., op. cit., (panvitalisme), etc.

MONOTHEISME ET ETHNOGRAPHIE

notion exclusive de mana impersonnel, et par conséquent ils s'inscrivent en faux contre la possibilité d'un monothéisme initial.

Sommes-nous contraints de choisir entre ces diverses formules? Serons-nous animistes avec M. Tylor? ou manisles avec M. Durkheim? Nous ne serons ni l'un ni l'autre, parce que ni

Fig 203-204. — Figures anthropoïdes. (10) gravure sur os. Cro-Ma^non (Dordogne). Cf. Altamira, p. 125. — (11), gravure sur bois de renne. Gotirdan (Haute- (baronne). Cf. PlETTE, op. cit., pi. XXX.

l'animisme ni le manisme ne résistent aux données positives de la science.

Tandis que se construisaient, à grands frais, ces laborieuses synthèses, un mouvement de réaction se dessinait parmi les savants qui veulent garder la liberté de 'soumettre leurs idées au contrôle des faits Le nom de ces indépendants mérite d'être signalé : Andrew Lang ", le célèbre ethnologue anglais, le

19. Andrew Lang, The Making of Religion, Londres 1898, (P« éd.), 1900 (2« éd.) ; .Mijth, Ritual and Religion, Londres, 1901 : Social, Originn, Londres, 1903; Cus^tom and Mijth., Londres, 1904: The secret of Totem, Londres, 1905.

362 AU DELA DE l'aRCHÉOLOGIE

R. P. G. Schmidt ^°, directeur de VAidhropos, et Mgr Le Roy -\ évêque d'Aliiida. Sans contester la part de vérité que pouvait contenir la théorie animiste (en ce temps-là M. Durkheim n'avait pas encore publié ses Formes élémentaires de la vie religieuse), ils prenaient hardiment le conlrepied de l'hypothèse évolutionniste, et ils le prenaient parce que la réalité, regardée en face, leur montrait que le monothéisme, bien loin d'apparaître au terme ultime de l'évolution religieuse, y prenait place dès le début. L'espace nous manque pour exposer, dans toute son ampleur, la démonstration magistrale qui bouleverse les positions de l'école adverse. Nous voulons du moins esquisser le schéma du raisonnement. Même concentré en quelques mots, il paraîtra, nous l'espérons, concluant.

Pour réfuter le point de vue évolutionniste, deux choses sont nécessaires. Il faut prouver que l'idée de Dieu se retrouve aux niveaux les moins élevés de la civilisation primitive ; et qu'elle ne saurait s'expliquer par les causes invoquées pour rendre compte de ses origines. Or, sur ces deux points la lumière a été faite.

En premier lieu, l'idée de Dieu s'est rencontrée aux niveaux les plus bas de la civilisation. Notons, au préalable, qu'elle est universellement répandue parmi toutes les populations de culture inférieure. Rxiste-t-il des tribus qui ne la possèdent pas ? On en cite quelques-unes"^. Les exceptions n'infirment pas la

20. P. Guillaume Schmidt, L'Origine de Vidée de Dieu, étude historico-critique, 1" Partie, historico-critique, Paris, 1910.

21. Mgr. A. Le Roy, évêque d'Alinda, supérieur général des Pères du Saint-Esprit. La Religion des Primitifs, Paris, 1909.

22. On cite certaines tribus du Brésil et de la Guyane (d'après W. RoTH, Bureau of Amer. Ethnol, xxx, 1908-1909, Washington, 1915): le d' F. JoussEAUME, ^Impressions de voyage en Apharras, Paris, 1914). affirme des Danakil (à l'est de l'Ethiopie) que et l'idée d'un être suprême, de l'âme, de la vie future, n'a pas encore germé dans leur esprit y> ; A. N. GiLBERTSON (Some efhical phases of Eskimo culture. Journal of Religious Pstjchology, oct. 1913, janv. 1914), dit que les Eskimos n'ont pas l'idée d'un Etre Suprême. Il ajoute néanmoins que les inua (êtres surnaturels, en innombrable quantité), semblent être sous la domination de Tornasuk, grand esprit sur la nature duquel les indigènes ne sont pas d'accord. D'autre part, E. W. Hawkes (The Labrador Eskimo, Ottawa, 1916), déclare que tous les Eskimos, depuis le Labrador jusqu'au nord-est de l'Asie, admettent l'existence de deux grandes divinités, l'une mâle oui préside aux êtres aquatiques : l'autre femelle, qui dirige toutes les actions terrestres.

MONOTHEISME II KTH.NOGRAPHIF.

règle. Encore devrait-on s'assurer si les indigènes ont été étudiés à fond et s'ils ont bien livré aux explorateurs toute leur pensée intime. Fin fait, la carte de l'idée de Dieu recouvre l'ensemble des pays sauvages. Or l'universalité d'une telle conception religieuse ne crée-t-elle point déjà une présomption en faveur de son antiquité reculée?

Celte remarque préliminaire nous introduit dans le vif du sujet. Entre les peuples primitifs, il y a des différences. Les

Fig. 205. — Figures anthropoïdes. Gravure sur os. Mas d'Azil (Ariège), d'après S. Reinach, Répertoire..., p. 147. (La figure 184, supra, est gravée sur le revers de cette pièce).

uns sont situés à un degré plus haut de l'échelle civilisatrice, les autres à un degré plus bas. Ces derniers sont les plus dignes d'attirer l'attention puisque d'après l'hypothèse évolutionniste, les sociétés les moins développées doivent aussi voisiner de plus près avec l'animisme ou le manisme primitifs.

Ce parallélisme ne se vérifie pas. En Australie, chez les tribus du Sud-Est, la physionomie de l'Etre suprême se caractérise, dans l'ensemble, par les traits suivants : « Cet être suprême est en même temps législateur, gardien, rémunérateur ou vengeur de la conduite morale des hommes, et cela nonseulement en cette vie, mais encore dans l'autre. Il est clément

et bienveillant ; autrefois il habitait sur la terre, mais il vit maintenant au-dessus du ciel dans un autre monde, d'où il voit tout ce qui se passe sur terre. 11 n'a point de temples ni de lieux quelconques spécialement consacrés à son culte ; il n'y a pas non plus d'images qui le représentent : on n'en fabrique qu'une pour la célébration des mystères, mais il faut qu'elle soit détruite immédiatement après sous peine de mort. Il n'a pas même un sacerdoce spécial ; les assemblées sont dirigées par les anciens et les chefs ; chez quelques tribus, ceux-ci se vantent d'être investis d'un pouvoir céleste qu'ils prétendent avoir reçu précisément de cet être suprême. Il y a aussi des chanties que cet être inspire ^^ » C'est là, sans doute, un portrait générique, composé avec les traits <( les meilleurs et les plus nobles ». Mais il répond à la réalité, à la réalité conçue par le peuple te plus sauvage, le plus déshérité du monde.

Les Andamanais (golfe de Bengale), à peine un peu plus civilisés que les Australiens ont un être suprême appelé Puluga : « Il est, disent-ils, « comme du feu », mais à présent invisible. 11 n'est jamais né, et il est immortel. A l'exception des forces du mal, tout a été fait par lui, le monde entier, tous les êtres animés et inanimés, même les hommes. Le jour, il est omniscient, et il connaît même les pensées du cœur. Il est irrité par le péché et l'injustice, comme le serait la fausseté, le vol, le meurtre, l'adultère, comme serait aussi de couper mal les aliments et de brûler la cire dans un but de sorcellerie. Il éprouve de la compassion pour ceux qui sont dans la peine et la tristesse et condescend souvent à leur porter du secours. Il est le juge des âmes ; la crainte des châtiments futurs influence la conduite morale des indigènes ^*. »

L'idée de Dieu est également très nette chez les Bantous (Afrique équatoriale). Sous ses multiples noms, l'être suprême garde partout la même identité : Il est le maître, le père des hommes, l'auteur de la vie et de la mort. C'est lui qui « envoie la pluie en prévenant les hommes par la voix du tonnerre, et c'est lui qui la retient ; c'est lui oui fait pousser l'herbe dans les plaines pour les troupeaux ; c'est lui qui fait verdir les forêts, mûrir les fruits et prospérer les cultures ; c'est lui qui nourrit tous les arbres, les bêtes et les hommes... Le monde entier, en

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