Id., ibid., pp
delà, conserve toute sa puissance. Et puis, quelle marge entre ce chef terrestre qui dirige une poignée d'individus, et ce chef céleste qui a créé le ciel et la terre ? Et enfin, comment, de la multitude grouill'ante des chefs de la terre, la notion d'un dieu unique a-t-elle pu sortir'®.
On dit que Dieu est un ancêtre mythique ou un héros civilisateur : la réponse est la même. Point de commune mesure entre les attributs de ces personnages et ceux de l'Etre suprême. L'ancêtre n'est ni éternel, ni omnipotent, ni gardien des lois universelles de la morale. Et de plus, il existe nombre de tribus qui n'ont point de culte d'ancêtres, et qui pourtant croient en un être suprême. Ici l'échelon manque totalement et le concept de Dieu n'a plus d'attache avec la terre*".
On dit que l'idée de Dieu n'a pu se faire jour dès le début de l'évolution religieuse parce qu'alors l'adoration se concentrait toute sur la force impersonnelle du mana*^. A quoi l'on réplique, et tout le développement industriel des Primitifs en fait foi, que cette notion confuse de force, à supposer qu'elle ait un cours à cette période initiale, n'a nullement empêché l'homme d'acquérir une notion exacte de la causalité, voire même de la causalité personnelle, puisqu'il avait conscience d'être l'auteur de ses actions. Or justement, c'est la notion de causalité personnelle qui, dûment apphquée à l'univers, postule l'existence de Dieu. Comme le dit très bien Mgr Le Roy. « les expressions {qui servent à désigner Dieu chez les Bantous), en mettant en évidence les sens d'auteui*, de fabiicant, de générateur, montrent l'impression profonde qu'a faite chez le Primitif l'argument de causalité. Instinctivement il sent, lui aussi, que la merveilleuse machine du monde n'a pu se monter toute seule. Et là est, croyons-nous, la base première et véritable sur laquelle repose, chez les Bantous, l'idée de Dieu*^. » Et non seulement chez les Bantous, mais chez tous les Primitifs actuels, et enfin chez les Primitifs de la Préhistoire.
Car si l'idée de Dieu est universelle, si elle apparaît dans les couches les plus profondes de l'humanité sauvage, si elle y appa-
39. Thèse de Howitt. Exposé et réfutation par Schmidt, Origine..., pp. 126-128.
40. Thèse de van Gennep, Mythes et Légendes d'Australie, Introduction. Cf. Schmidt, op. cit., pp. 188 et suiu.
41. Thèse des pré-animistes. — Cf. Schmidt, ibid., pp. 255 et sitiv.