Mgr Le Roy, La Religion des Primitifs, p
MONoiMi i>-Mi r.T i:tiixoghaimiie
laît relativement pure, si elle s'y montre déjà vieille et comme usée par rhabiturle, si ell<e y est, d'ailleurs, libre d'attache avec les phases transformatrices réclamées par les divers systèmes
Fig. 208. — Bâton ije Gourdan (Haute-Garonne) en bois de renne. Développement en surface plane. Poisson, bovidé, antilope stylisés. Cf. Pietie, of>.cii..^\. LXXXII.
évolutionnistes, on ne voit vraiment plus pourquoi les peuples de la Préhistoire n'auraient point connu, eux aussi, l'filtre suprême. Leur intelligence n'était pas inférieure à celle des Ban-
372 AU DELA DE l'aRCHÉOLOGIE
tous, des Andamanais, des Australiens, desPatagons. La notion de causalité ne leur était pas étrangère, puisque, dès l'époque de Chelles et de Saint-Acheul, ils confectionnaient d'admirables instruments de pierre. La causalité personnelle, on entend celle qui consiste à attribuer à des êtres extérieurs une action consciente, délibérée, leur était également familière puisque, tout porte à le croire, ils avaient conçu les animaux eux-mêmes à l'image des hommes. Enfin l'univers était sous leurs yeux.
Le sauvage quaternaire, pas plus que le sauvage d'aujourd'hui, bien loin d'être la créature aveugle et bornée qu'on a prétendu qu'il était, agrandit ses horizons et cherche, par-delà les phénomènes de la nature, le créateur unique qui gouverne toutes les choses, récompense les bons et punit les méchants. L'existence d'un monothéisme paléolithique n'est pas seulement une induction fondée sur la foi en une révélation primitive. Il rentre de plein droit dans le champ de la perspective scientifique. Il est la conclusion logique des principes de la méthode ethnographique. A ce dernier titre nous l'admettons au moins comme une hypothèse très vraisemblable. Essayons de serrer de plus près la question, s'il est possible.
Ce premier coup de sonde, en effet, n'autorise qu'une affirmation de portée fort générale : les Paléolithiques ont eu l'idée de Dieu. Mais la durée de l'Age paléolithique est immense. Elle couvre plusieurs millénaires. Des croyances reUgieuses qui furent alors en honneur, nous ne commençons à pouvoir balbutier quelque chose qu'à partir de l'aurignacien, c'est-à-dire aux débuts de l'Age du Renne. La parcimonie des documents archéologiques, — à part les sépultures moustériennes, — ne nous permet pas d'interroger avec fruit les périodes antérieures. Une étude sur les religions de la Préhistoire ne dépasse point, en remontant vers les origines, les niveaux éburnéens de Brassempouy.
En raison de ces limites le problème du monothéisme revêt un aspect déjà pluç précis. Quelle idée pouvaient avoir de Dieu les troglodytes dont nous nous sommes principalement occupés, contemporains des gisements d'Aurignac, de Solutré, de la Madeleine et du Mas d'Azil?
MONOTHÉISME Ll AUCllLOLOGIE 373
Non pas, hâlons-nous de le remarquer, que nous voulions totalement exclure de notre perspective riiumanilé qui fabriqua les silex chelléens, acheuléens et moustériens. A la lumière de l'ethnographie, il est même permis d'affirmer que ces peuplades durent avoir de Dieu une idée assez pure, car leur industrie semble les assigner au rang le plus humble de l'évolution civilisatrice. La conclusion est paradoxale. Elle ne l'est qu'en apparence. Ce n'est pas la faute des Andamanais ni des Australiens, si leur concepli(m de l'Etre suprême est supérieure à celle d'autres peuplades plus avancées en culture matérielle. De sorte que, en dernière analyse, et vu le champ relativement étroit où nous avons été contiaints de situer nos recherches, le problème du monothéisme quaternaire se ramène aux termes suivants : l'idée de Dieu, à VAge du Ri^nru', est-elle en décadence par rapport à ce qu'elle fut sans doute aux âges antérieurs?
Poser ainsi la question revient à se demander comment l'idée de Dieu se corrompt chez les peuples primitifs. Car il est évident, nous l'avons observé, qu'elle ne se révèle point, partout, aussi nette, aussi vierge de tout mélange. On le voit, il ne s'agit plus, comme le font les évoliitionnistes, d'accumuler les étapes intermédiaires entre l'éveil du sentiment religieux et la croyance en l'Etre suprême. Tout au contraire, il s'agit de noter les influences qui ont provo(jué la dégradation d'une croyance présente et intacte à l'origine. Le P. Schmidt consacre à ce sujet les pages les plus pénétrantes de son ouvrage sur VOrigine de Vidée de Dieu, et les dernières d'un travail plus récent sur la Révélation primitive et les données actuelles de la Science *•'. Avant de revenir à nos Paléolithiques, il nous est indispensable de résumer la pensée de l'éminent ethnographe catholique. Elle s'inspire d'ailleurs, tout en les précisant, des considérations développées pai" Andrew Lang, l'auteur de The Making of Religion.
Les causes de la dégénérescence du monothéisme se ramèneraient, d'après le savant ethnographe,- à trois groupes principaux : l'animisme, les mythplogies astrales, les vicissitudes de la politique.
L'animisme peut être, à son tour, envisagé sous trois points
43. Cf. sup., eh. ni. p. 145, note 83. Nous dôsijçneronp cet ouvrajre, auquel nous allons faire maint emprunt, par l'indication suivante : Schmidt-Lemonnyer, La Révélalion...
de vue. 11 y a tout d'abord cette tendance qui, « à un certain point de l'évolution », fait attribuer « un esprit à tous les êtres naturels, pour peu qu'ils paraissent aptes à en posséder un ». Or, « dès le principe, ce courant de pensée constitua... un péril pour la vraie religion et le culte de l'Etre suprême. Peu à peu il attira à soi leur caractère religieux, en attribuant aux esprits un pouvoir exclusif sur les êtres soumis à leur influence. Par
Fig. 209. — Bâton de Lorthet (Hautes-Pyrénées\ développé en surface plane. Bois de renne. La gravure, mutilée, représente des cerfs et une biche fuyant, des saumons et deux signes en losange. Cf. Piette, op. cit., pi. XL.
cette voie, l'homme se trouva conduit à essayer de capter la faveur des esprits par toutes sortes d'actes de culte. El bientôt il en vint à croire qu'il pouvait se passer de l'Etre suprême '*^. » Le culte des ancêtres, autre forme de l'animisme, introduit de nouvelles déviations. « Par le moyen des ancêtres, on liait avec l'au-delà un commerce plus intime. Ce commerce on le pouvait entretenir plus facilement et avec plus de chances de succès que les relations avec l'Etre suprême, plus élevé et plus
-alir