MONOTHÉISME ET AU( UÉOLOGIE
couvert aussi quelques disques ornés de lignes éloilées " ; l'interprélation de ces rares pièces demeure incertaine. Et ce n'est point assez pour construire tout un' système de mythologie astrale. Or nous avons vu combien ces cultes naturistes auraient été funestes à l'idée de Dieu.
S'il est exact, comme nous l'avons suggéré naguère, que l'époque paléolithique n'a pas connu non plus le culte des morts et des ancêtres, l'influence de celte cause perturbatrice se trouve également écartée.
D'autre part, nous avons cru pouvoir étabhr qu'à l'âge du Renne, le totémisme formel n'existe pas. L'absence de mythes solaires, intimement liés, nous apprend encore le P. Schmidt, aux phénomèjies tolémiques, confirme, une fois de plus notre hypothèse. Si l'on tient absolument à parler de totémisme au quaternaire — et, nous le répétons cette confusion de termes nous paraît dangereuse, — on dira qu'on ce temps-là, les premiers indices de cette forme cultuelle, s'annoncent par les pratiques religieuses et magiques dont les animaux sont l'objet. Mais ce sont là de simples signes avant-coureurs. Ils ne trahissent pas encore l'avriiomonl d'un système que l'état de certaines sociétés primitives actuelles permet de caractériser avec une riijfueur scientifique suffisante.
En somme, et si l'on est soucieux d'écarter les équivoques, on reconnaîtra franchement quà l'Age du Renne deux éléments apparaissent qui ont pu altérer l'idée de Dieu : l'animisme et la magie. Nos troglodytes étaient animistes. S'ils ne l'avaient pas été, ils n'auraient pas voué un culte rehgieux aux esprits des animaux. Tls s'adonnaient à la magie. Les témoignages ethnographiques, superposés aux données archéologiques sont trop clairs pour qu'on puisse les éluder.
Mais il faudrait savoir si ces deux éléments signifient à l'idée de Dieu son arrêt de mort. Or l'ethnographie nous autorise encore à répondre non. Ni l'animisme, ni la magie ne sont incompatibles avec la foi en l'Etre suprême, ni même avec certains rites dont cet être continue d'être entouré, en dépit des frondaisons superstitieuses qui menacent d'engloutir les croyances primitives. Les traces de ce culte sont plutôt rares. Elles existent. Pour ne citer qu'un seul exemple, chez les Euahlayis (Australie centrale), « aux cérémonies d'initiation, le plus ancien des sor-
37. Exemple : Laugerie-fJasse, cf. S. Reinach. Répertoire..., p. 118.
ciers récite avec ferveur et la face tournée vers l'orient une prière à Byamee, pour qu'il daigne accorder une longue vie aux noirs, puisqu'ils ont fidèlement gardé sa loi. On récite une prière sur la tombe pour l'âme du défunt, afin que Baiamé le reçoive dans le bullimah (le ciel), puisqu'il a observé les lois de la boorah ; on dit aussi que Baiamé envoie la pluie à la prière d'un orphelin, et une vieille femme raconte qu'elle avait envoyé son esprit tutélaire à Baiamé avec le même prière et que celui-ci l'avait exaucée aussitôt^*. » En tout cas, la pensée de
Fig. 212. — Chasse a l'Autriche chez les Bushmen. A gauche, un indigène, déguisé en autruche et armé de son arc, s'approche du troupeau interrogateur. Fresque polychrome peinte par les Bushmen. Cf. Aliamira, p. 185.
ce Dieu que souvent l'on néglige parce qu'il est trop haut, trop loin, trop universel, coexiste avec un état animiste ou magisle très nettement caractérisé. Ainsi les Bantous, qui croient à la vertu des amulettes, des charmes, des talismans, et pratiquent l'envoûtement, gardent de Dieu un sentiment très pur ^^ On en peut dire autant de la plupart des tribus australiennes du Sud- Est.
Ainsi l'homme quaternaire, tout animiste et magiste qu'il fût, a pu garder le souvenir fidèle de Dieu. Et lorsqu'on a pesé, mûri, comparé les raisons capables d'éclairer le débat, on est