‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 170 sur 194 · I.A MOIlALi · texte numérisé non relu

I.A MOIlALi

en droit de conclure qu'au temps dos glaciers, la décadence religieuse était peut-être moins prononcée qu'elle ne l'est parmi nombre de peuplades de Primitifs actuels. Le germe morbide était semé. Il n'avait pas encore donné tous ses fruits. I^ totémisme, la mythologie astrale, le culte des morts et des ancêtres n'avaient pas encore surgi à l'horizon de cette humanité plus saine, plus vigoureuse que l'humanité sauvage d'aujourd'hui. El si l'on réunissait, dans un seul chœur, les voix de tous les Primitifs du présent et du passé, celle de l'homme préhistorique monterait, sans doute, plus puissante et plus pure vers le Dieu créateur.

Voyons, pour terminer, les conséquences qu'implique cette solution du problème monothéiste au.x temps pléistocènes.

Au cours de nos pérégrinations à travers les stations paléolithiques, nous avons eu plusieurs fois l'occasion de nous demander quelles pouvaient bien être les idées morales de nos troglodytes. Connaissaient-ils les lois fondamentales du droit naturel. Vivaient-ils au contraire, en marge de ces lois dont l'homme ne peut s'affranchir sans renier sa nature d'être raisonnable et se lavaler au niveî\u des bêtes ? Le rapport étroit qui, de tout temps, a uni la vie morale à la vie religieuse, rendrait fort précaire toute investigation en ce sens, s'il était avéré que les Paléolithiques n'avaient pas eu d'idées religieuses en-dehors de celles que nous avons pu reconstituer à l'aide de l'archéologie.

Assurément les préceptes de la morale naturelle s'impriment si profondément dans la conscience humaine que, même où l'idée de Dieu s'estompe et s'efface, ils demeurent encore à l'état de vestiges et de tendances innées. Mais il n'est pas moins certain que du jour où la foi en Dieu disparaît, la vie morale, à son tour, rompt ses digues et subit les plus graves atteintes. 11 y a là un inconvénient majeur auquel les théories animistes et sociologiques ne peuvent se soustraire. Dans l'hypothèse animiste, (( il est bien clair que les esprits des ancêtres, dont le culte provient principalement de la peur des fantômes et les esprits de la nature, qu'on vénère à cause de leur influence utile

OU pernicieuse, n'ont rien à faire avec la morale'" )>. Dans l'hypothèse sociologique, il est tout aussi évident que la morale devient chose essentiellernent relative, parce qu'elle est exclusivement une fonction de la société, vouée dès lors à suivre la marche progressive ou régressive de la mentalité collective. Cette conséquence, les systèmes évolutionnistes l'envisagent

Fig. 213-216. — Masques des Indiens de l'Amérique ; Corbeau, loup, renne. Cf. Al/a>/n}(i, pi. XXXII.

avec sérénité. Ils prétendent' même l'appuyer sur des faits positifs. Que n'a-t-on pas dit ou écrit de l'immoralité foncière des sauvages, et de leur indifférence monstrueuse à l'égard des lois les plus sacrées de la morale universelle, individuelle et sociale ! Or, il se trouve que cette base soi-disant ethnographique est à son tour ébranlée par une étude plus consciencieuse des populations de culture inférieure. Jadis, il était de mode d'affirmer que, chez les sauvages, la promiscuité la plus révoltante avait

Page 1