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Cf Fonl-de-Goiime, op. cit., p

LA CIVILISATION PALEOLITHIQUE

houetles, tantôt inintelligibles, tantôt beaucoup plus nettes, en noir, en rouge, en jaune. Un mot caractérise, du moins au point de vue pictural, cette première phase : c'est la phase des simples tracés linéaires (|igf. 59, p. 96 ; fig. 91, p. 106).

Elle est suivie d'une autre phase : celle des peintures modelées. Le trait, jadis égal, se renfle ou s'amincit, s'étend ou se contracte pour rendre le relief des différentes parties du corps (lig. 65-66, p. 112). Le modèle peut être continu, ou bien encore for-

Fig. 54. — Exemple de Stylisation progressive, à partir de la tête de bovidé, aboutissant à un décor en spirale. (D'après Bkeuil, Congrès de Monaco, t. I, p. 400).

mé de grosses touches de pinceau en pointillé (|ig'. 90, p. 164), ou enfin présenter l'aspect de larges bandes baveuses (|iV/. 64, p. 109). A la limite, ce procédé de modelage donne les deux bisons de la caverne d'Altamira {lig. 67, p. 115). Celle phase comprend également un lot de signes et de gravures (cf. lig. 68, p. 117), sur lesquels nous n'avons pas, pour l'instant, à nous attarder. Notons cependant, parmi la série des gravures, un certain nombre de têtes de biches très finement striées [lig. 76, p. 135).

Une troisième phase survient. La peinture est alors appliquée en teintes plates et uniif ormes [\ig. 69-70^ p. 120). On dirait

l'évolution artistique 85

que \v modelé d'autrefois a fini par envahir toute la surface de l'image. Quelquefois, la gravure est associée à la peinture, et cela veut dire que l'artiste a dessiné, au trait, plusieure parties de l'image, avant de brosser la fresque. La gravure en. général offre un trait moins profond qu'aux phases antérieures, (lig. 71, p. 123 ; lig. 72, p. 126).

La quatrième et dernière phase est celle des polychromes (Allamira, B'onl-de-Gaume, Castillo) (/iV/. 73-74, p. 129). Ici, l'habileté et le talent des artistes se déploient tout à leur aise. En général, la confection de ces œuvres s'accomplit dans l'ordre suivant : l'artiste grave d'abord, à la pointe, certaines parties du corps de l'animal : les yeux, la tête, l'échiné, le poitrail, les pattes, etc. La surface comprise entre ces traits est parfois soigneusement raclée ; ensuite le contour est esquissé à la couleur noire. Puis les couleurs (noir, rouge, brun), sont appli- (juées et se fondent avec une très belle harmonie. Enfin il ari'ive [)arfois que la surface extérieure à l'image est raclée, de sorte (jue celle-ci s'enlève en clair relief sur la paroi rocheuse. A cette phase de polychromes appartiennent encore des gravures proprement dites et des signes. Le trait des gravures, au lieu d'être continu comme autrefois, tend de plus en plus à se transformer en un assemblage de menues lignes plus ou moins parallèles et semblables à des poils (fig. 75, p. 132). Parmi les signes, notons quelques fourches à cinq ou six branches : ce sont des mains stylisées (pectiformes) (voir un de ces signes au-dessus (lu petit Bison de la fig. 67, p. 115).

En résumé, l'art pictural des grottes se déploie sur quatre plans principaux : linéaires, modelés, teintes plates, polychromes. La gravure va du irait profond au trait léger et filifonne. Les signes commencent par des mains naturelles et finissent par des mains stylisées. Dans l'intervalle se placent une foule d'autres signes décrits d'après certaines analogies qui ne présument en rien leur destination réelle : blasons, huttes, barques, clefs, rameaux, etc. -^

23. Celte esquisse sommaire du développement de l'art pariétal peut suffire aux besoins de notre étude sur la religion quaternaire ; elle n'exprime pas, loin de là, toute la richesse des aperçus que l'on doit à la merveilleuse sagacité de M. l'abbé Breuil. Il nous paraît bon de la compléter par quelques références bibliographiques, accompagnées d'un bref commentaire. C'est au Congrès de Périgueux (1905) que M. Breuil, pour la première fois, présentait un essai sur

Mais pour avoir distingué ces plans, nous ne sommes pas renseignés sur la place qu'ils occupent dans l'évolution générale de l'art quaternaire Et après tout, ces paquets d'images enchevêtrées ne suggèrent-ils pas l'idée que la superposition des peintures et des gravures s'est faite à des intervalles très rapprochés? Le croire serait une illusion. En réalité, il nous faut disperser, échelonner sur toute la durée de l'âge du Renne ces

révolution de la peinture et de lu gravure sur murailles dans les cavernes ornées de Vâge du Renne {Cf. compte-rendu dans les actes du congrès, p,. 107 et suiv.) Les termes de comparaison sont fournis par les grottes de Pair- non Pair, la Grèze, Altamira, Font-de-Gaume, Marsoulas, la Mouthe, les Combarelles, Bernifal, c'est-à-dire en majeure partie par les grottes françaises. Dès ce moment, la classification en quatre phases est adoptée. L'année suivante, au Congrès de Monaco (1906), l'auteur revenait sur le même sujet, dans un mémoire sur révolution de l'art pariétal des cavernes de Vâge du Renne. De nouveaux éléments comparatifs sont empruntés à plusieurs grottes espagnoles, Covalanas, Castillo, Hornos de la Pefia, et aux grottes françaises de Teyjat et de Gargas. (Cf. Actes du Congrès, t. I, pp. 372 et suiv.). La même année, paraissait la grande monographie d'Altamira. Elle contient, p. 113, un bret tableau que l'auteur considère « comme assez exact, aussi bien pour les cavernes françaises que pour les cavernes d'Espagne ». En 1910, la monographie de Font-de-Gaume (ch. ix^ p. 118 et suiv.) fournit à l'abbé Breuil l'occasion de revenir sur le même proiblème. Jusqu'à cette date, chacune des principales divisions a pu s'enrichir de quelques précisions nouvelles. L'ensemble n'a pas été sensiblement modifié. La publication des Cavernes cantabriques marque un progrès considérable surtout en ce qui concerne la P^ et la 2" phase (Cf. Grottes cantabriques, p. 205, et suiv.) Les cadres s'amplifient, des remaniements sont introduits : ainsi, par exemple, les signes rouges du grand plafond d' Altamira, qui, jadis, avaient été attribués à la phase des rouges plats (IIP), sotii: reportés à la fin de la première phase. Observons aussi que la base de comparaison, pour être plus profonde, est plus restreinte : elle est constituée exclusivement par la documentation das Pyrénées cantabriques. La monographie de la Pasiega (1913), complète, de la manière la plus heureuse, les renseignements relatifs à l'évolution des tectiformes et au passage des tracés linéaires aux dessins modelés (Cf. La Pasiega, p. 33 et suiv.). Entre temps la découverte des fresques de l'Espagne orientale mettait les archéologues aux prises avec une civilisation dont l'art, au moins dans sa dernière phase, présentait de notables différences avec le style classique des grottes septentrionales. La publication des documents étant loin d'être terminée, il convient de laisser à M. Breuil, le soin de donner lui-même à ses pa'Jents travaux la conclusion générale qu'ils appelleront un jour. Cette œuvre synthétique sera certainement l'une des plus belles et des plus importantes que l'archéologie ait jamais édifiées.

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