L EVOLUTION ARTISTIQUE
F'g- 55- — Stylisation pleinement évoluée. Spirales et motifs curvilignes. (D'après Déchflp:tte. Manuel, p. 230).
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dessins que la volonté des artistes a si étroitement rapprochés les uns des autres. Et voici pourquoi.
Nous avons vu, tout à l'heure, qu'il était arrivé à certaines gravures pariétales d'être ensevelies avec des couches de détritus archéologiquement datées. Il est alors bien évident qu'entre le dépôt archéologique et la gravure incisée sur la muraille, il y a un rapport chronologique. La gravure est plus ancienne que le niveau archéologique dont elle a été recouverte.
Or, à Pair-non-Pair (Gironde), les gravures à trait profond de la première phase ont été ensevelies sous des couches renfermant une industrie de l'auHgnacien supérieur. Elles étaient, d'ailleurs, encore visibles à l'époque où se formait un niveau de l'aurignacien inférieur : donc ces gravures appartiennent à la période aurignacienne.
A la Grèze (Dordogne), les gravures de la seconde phase sont enfouies dans un remblai du solutréen supérieur : donc elles appartiennent à un solutréen plus vieux encore. A Teyjat (Dordogne), les gravures de la troisième phase sont en connexion avec des niveaux à harpons magdaléniens. Donc elles appartiennent à un magdalénien un peu plus ancien.
Et voici déjà trois phases de nos gravures pariétales accrochées, s'il est permis d'employer cette expression, à des phases déjà connues de l'art paléolithique. Poursuivons notre enquête. A Altamira, les gisements archéologiques ont donné des gravures de têtes de biches, incisées dans des omoplates, et dont la technique et la facture sont tout à fait identiques aux gravures sur parois {pg. 76, p. 135) que nous avons assignées à la seconde phase, dans la même grotte. Or, les bjches gravées sur les omoplates sont de la base du magdalénien ^', donc aussi les gravures sur paroi. Mais comme ces dernières sont toujours recouvertes
24. Tout d'abord, les bicbes gravées sur omoplates avaient été attribuées au solutréen supérieur (Cf. Altamira, op. cit., p 274;. Cette assignation a été, depuis, reconnue inexacte : « Il est établi que le.s omoplates gravées avec têtes de biches, etc., appartiennent à la base du magdalénien. L'absence de couche stérite à Aliamira entre le magdalénien et le solutréen, ainsi que rirrégularité des dépôts de cette caverne, excusent suffisamment l'erreur dinterprétation qui avait é'é commise » (Cf. Grottes cantabriques, op. cit., p. 209). — Un autre fait de concordance, touchant l'aurignacien, a été donné par Hornos de la Pena. Une gravure de cheval sur os est incisée d'une manière identique au tracé de certaines gravures pariétaies. (Cf. Gr. cantabriques^ p. 207).
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par la ptùnlure des polychromes, il s'en suit que les polychromes appartiennent à un magdalénien plus récent.
Le rapprochement de ces données autorise quelques conclusions assez fermes. Elles résument l'élat actuel du problème. L'art pariétal des grottes quaternaires ne remonte pas au delà de l'âge du renne. La première phase est sûrement aurignacienne et hi quatrième sûrement magdalénienne. La seconde et la troisième phase se répartissent entre le solulréefi et le magdalénien. Il ne semble pas, jusqu'à présent, que la ligne de démarcation puisse être établie, dans tous les cas, d'une manière absolument sûre.
Tels qu'ils sont, ces résultats sont merveilleux. Plus merveilleuses encore sont les œuvres que les grottes d'Espagne et de France ont rendues à notre admiration. Le style naturaliste, déjà révélé par les giavures sur objets, éclate davantage sur les parois des cavernes, grâce à l'ampleur des images, à la vivacité et la savante coml)inaison des couleurs. Nombre de ces peintures, vieilles de plus de dix mille ans peut-être, ne seraient pas désavouées par nos meilleurs artistes d'aujourd'hui. Si bien qu'après avoir embrassé d'un seul coup d'oeil tout ce que nous avons appris de l'industrie, de l'art manuel et de l'art pariétal de nos troglodytes, nous serions presque enclins à attribuer aux hommes de l'âge quaternaire une place privilégiée dans l'histoire de la civilisation. Ne nous hâtons pas de nous prononcer. Ce jugement n'est ni tout à fait faux ni tout à fait vrai. C'est qu'en effet, l'art lui-même n'est qu'un élément de la civilisation. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut le situer, à son tour, dans l'ensemble dont il fait partie. Essayons-nous à cette der- Snière tâche, en nous laissant toujours guider, non par l'imagination, mais par les données les plus sûres de la science.
Dans l'état actuel de nos connaissances — et il ne semble pas que cette conclusion fondamentale doive être un jour modifiée — nous sommes en mesure de prouver que la vie de l'homme quaternaire s'organise autour d'une préoccupation dominante : la châsse.
Nous appelons chasseur l'homme qui vit exclusivement du produit de sa chasse, à laquelle peuvent s'adjoindre la pêche,
LA CIVILISATION PALEOLITHIQUE
qui est encore une sorte de chasse, et la cueillette des fruits. Cet homme est nomade. Il ne pratique ni l'agriculture ni l'élevage des animaux. Il est nomade, parce que le déplacement des hordes d'animaux l'oblige lui-même à une mobilité perpétuelle. Il n'élève point de bêtes, parce que, plus soucieux de les abattre que de les conserver, il n'a pas appris à les réduire à
Fig. 56. — Comment on distingue les étapes de I'Art pariétal des grottes paléolithiques. Un panneau peint de la caverne d'ALXAMiRA. D'après l'abbé Breuil, ce panneau comporte quatre couches successives de peintures. La plus récente est un Bison dont l'arrière-train apparaît à droite de la figure. Au dessous de cette couche, une petite biche, dont le museau est en contact avec les reins du grand bison. Les pattes postérieures de cette biche recouvrent la tête d'une autre biche, plus grande et plus ancienne, en rouge plat. Enfin, sous-jacentes à tout cet ensemble de figures superposées, de larges surfaces noirâtres sans forme appréciable (notamment entre les pattes du Bison), marquent sans doute les vestiges du premier essai pictural dont ce coin de la grotte fut l'objet. (Cf. Caverne d'ALTAMIRA, p. 86-88). Largeur totale du panneau : 2" 05.
son service, à les domestiquer. Il n'est pas agriculteur, parce que la poursuite du gibier lui interdit l'existence sédentaire indispensable aux soins de la culture et que, d'ailleurs sans animaux domestiques, les travaux des champs sont à peu près impossibles. Il existe, on le sait, des sociétés primitives où la division du travail permet d'associer, en proportions variables,
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l'ôlevage, l'agricullure et la chasse. Tel n'est point le cas de l'homme ({uaternaire. Il réalise le type chasseur dans toute sa pureté. Il est nomade, il n'a pas d'animaux domestiques et l'agricullure lui est inconnue.
I II n'a pas d'animaux domestiques^^. Ses campements jenfei-
ment d'innombrables débris d'animaux. Ces débris apparliennenl, hâtons-nous d'en convenir, non seulement à des espèces sauvages encore à l'heure actuelle, mais à des espèces que nous appelons domestiques : le Henné, le Cheval, le Bœuf, le Porc. Domestiques, elles le sont aujourd'hui : rélaient-clles à l'époque quaternaire ? Non, elles ne l'étaient pas. Tout d'abord on observe que chez les peuples pasteurs ou agriculteurs, les animaux jeunes ne sont pas ordinairement sacrifiés : ils son! l'espoir du troupeau. On ne conserve pas non plus indéfiniment les animaux vieux : on les abat pour les manger. D'autre part, il est possible de fixer l'âge d'une béte, par l'état de la dentition, par exemple, ou des apophyses, ou par le développement des bois ou des cornes, s'il s'agit de bovidés ou de cervidés. Or, dans les foyers paléolithiques, tous les âges sont représentés. On a tué indifféremment les animaux jeunes, adultes et vieux : c'est un véritable massacre : « Le hasard de la chasse peut seul mêler dans cette proportion, des âges d'individus si divers, et il est impossible de croire à une domestication raisonnée, poursuivie dans des conditions déterminées-**. »
Autre indice. En général, les animaux domestiques se groupent à proximité des habitations humaines. Ils vivent et on les abat au voisinage des demeures, et tous leurs ossements se retrouvent dispersés sur une aire relativement restreinte. Or, il iest extrêmement rare que l'on puisse, avec les ossements d'animaux enfouis dans les foyers paléolithiques, reconstituer des squelettes complets. Les thorax, les vertèbres font habituellement défaut. Par contre, les os longs des membres et les crânes défoncés abondent. Nos chasseurs paléolithiques n'avaient cure de rapporter jusqu'à leurs campements, situés parfois à des distances considérables, les corps entiers de leurs prises. Ils dépeçaient la bête sur place, et se contentaient d'emporter les membres avec leur chair, les têfes avec la cervelle dont ils étaieîil
I. Sur la domeslicalion des animaux à l'âge quaternaire, cf. n'sumé ibliographic dans Déchei.ettf., op. cit., p. 337 et suiv. 26. GiROD KT Ma.s.sknat, Les stations de IWge dit Renne dam^ les vallées de la Vézère et de ht Corrèze, Laiioerie-Busse. Texte, p. 32
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très friands. Et c'est pourquoi on ne retrouve guère dans leurs foyers que des os longs et des crânes brisés.
Ce n'est pas tout. Lorsqu'un troupeau est dûment constitué, le nombre des femelles l'emporte de beaucoup sur celui des mâles. Or, dans les campements paléolithiques, le nombre des animaux mâles est sensiblement égal à celui des femelles.
Enfin, et surtout, « la domestication entraîne dans la forme des os et dans la disposition des crêtes et des saillies d'ordres divers, des différences profondes qui permettent de trancher la question entre le type sauvage et le type domestique d'une espèce donnée. L'observation des ossements, faite à ce point de vue, permet de rapporter au type sauvage les ossements recueillis » dans les foyers ^^.
Tout cela est fort impressionnant. Mais il y a des objections. Donnons-leur audience. Elles visent le cheval et le chien. Le cheval : si l'homme quaternaire ne l'avait pas assujetti, comment expliquer le gigantesque amas de Solutré, où les débris de chevaux s'accumulent à ce point qu'on a pu estimer à cent mille le nombre des équidés abattus à l'intérieur de cet espace restreint? Du reste, M. Piette n'a-t-il pas identifié, sur certaines gravures dig. 78, p. 141) les chevêtres dont les paléolithiques se servaient pour museler leurs chevaux ? Et ces chevêtres, ne les retrouve-t-on pas au naturel (|/(/. 77, p. 138) sous les espèces de ces bois de rennes, percés d'un ou plusieurs trous et qu'on appelle, improprement, des bâtons de commandement? Et enfin, n'a-t-on pas vu des chevaux gravés qui avaient des couvertures ?
Aucune de ces objections ne résiste à l'examen. Les cent mille chevaux de Solutré ne sont pas représentés autrement que les animaux des stations moins riches. C'est le même mélange d'âges et c'est la même rareté de squelettes complets. Ils sont plus nombreux parce que le campement était lui-même plus considérable, et que sans doule la région abondait en ce genre de gibier^*.
L'attribution de chevêtres à certains chevaux gravés est une erreur de lecture. Les traits que Piette avait pris pour des cordes ou des pièces de bois^" (( délimitent la région à longs poils