JM111..S II l{Kt;LKS DE LA MÉTHODE ETHNOGRAl^Hl^LE
1)11 enlrevoil que les contacts de la Préliisloire avec rEllinograj>[iie seiont beaucoup moins fréquents qu'on n'avait pu se l'ima-
Uiner.
tuer, autant <[ue cda est possible par la .science (voir la 3* partie de ce chapitre), les plus anciennes croyances et coutumes relifrieuscs de riiumanité.
2° Cette reconstitution peut être tentée par deux voies: ri'.lhnogra- |)hie seule ; la Préhistoire, assisléi par l'Kthnographi'\
3" L'Ethnograjihie, partant de ce principe que l'état sauvage a précédé, historiqtiement, l'état civilisé, se propose, par l'étude comparative des peuples de culture inférieure, de discei'ner les caractères es- ■-entiels qui intègrent la religion des Primitifs.
4° La Préhistoire se place sur le terrain de l'Archéologie Le point (le départ et la raison d'être de ses recherches lui sont fournis par les monuments exhumés des fouilles. Ces monuments devraient pouvoir s'interpréter par eux-mêmes. En fait, et trop souvent, ils ne le peuvent pas. La Préhistoire, partant de ce principe que les Primitifs ;i( luels reflèient la mentalité des Primitifs préhistoriques, demande à lElhiiographie de restituer aux pièces archéologiques leur signification humaine, psychologique et religieuse.
n" En conséquence, les applications de l'Ethnographie à la Préhistoire sont strict/^ment limitées par le nombre et la qualité des documents archéologiques. La Préhistoire n'attend pas de l'Ethnographie la restitution intégrale des croyances primitives, mais seulement le complément de clarté dont elle a besoin pour interpréter les docu- Mu-nt* qu'elle a découverts.
6° Ces deux voies (Ethnographie pure ; Préhistoire-ethnographique), ont chacuine leurs avantages et leurs inconvénients. Le champ de l'Ethnographie, est assurément plus vaste que celui de la Préhistoire archéologique. Mais s'il est plus étendu, \\ est aussi moins ferme. L'état « sauvage », tel qu'il existe sous nos yeux est beaucoup plus divers e», complexe que l'on ne se l'était figuré tout d'abord. 11 sera toujours bien difficile de dégager, de cette diversité et de cette complication, l'image exacte du vrai primitif. Comme le dit excr^llemnient Victor Henry dans sa préface à la tradition de la Religion du Vccln d'Oi.DKN- BKR(i (Paris, Alcan 1913, p. XVII), « le sauvage en soi, abstraction composée (]u total do toutes les races sauvages actuellement survivantes et notablement ditTérente de chacune d'elles i. est une « hypothèse » : et une hypothèse qui. selon le goût et les préférences des écoles, peut se réaliser de dix façons distinctes. La sélection des faits qui sen'iront à ébaucher le portrait du « sauvage )> sera souvent affaire de jugement personne'. Tel auteur considérera comme essentielle une donnée que tel autre reléguera au second plan. En face de ces flottements inévitables, l'Archéologie préhistorique a du moins l'avantage de fournir des points de repère positifs. Elle est en somme l'uniqtie témoignage contemporain des peuples dont on se propose de reconstituer la vie religieuse. — Mais il y a une contre-partie. L'Archéologie
En second lieu, à l'intérieur de cette limite, on se heurte à des obstacles dont il est bon de ne point dissimuler la gravité. Les primitifs actuels ont assurément entre eux des traits communs. Ils constituent ce que l'on appelle, d'un terme assez vague,
Fig. 72. — Gravure se rattachant à la troisième phase. Poisson de la grotte de Pindal. Longueur o m. 43. Ce poisson serait probablement un Thon. Le dessin recoupe trois grosses ponctuations rouges peintes antérieurement. (Cf. Grottes catitabriçues, p. 67).
les populations de culture inférieure. Mais ils n'occupent pas tous le même niveau. Il y a, d'un groupe à l'autre, des nuances.
est relativement pauvre. Elle ne dit pas tout. Il est fort possible que nombre de croyances et de coutumes, attestées par TEthnographie, et dont l'Archéologie ne nous apprend rien, aient coexisté avec les croyances et coutumes dont la même Archéologie nous conduit à admettre l'existence. De plus ce sera toujours, pour l'Archéologie, une infirmité que d'être obligée d'emprunter l'interprétation des documents à une autre science. La lumière de l'Ethnographie ne pénètre dans le champ do l'Archéologie quindirectement, et, en quelque sorte, par ricochet. Et qui sait si ce rayon brisé frappe bien juste l'objet sur lequel on le dirige ?
7° En pratique, la reconstitution dos plus anciennes formes connaissablés de la vie religieuse résultera d'un emploi judicieux des deux procédés d'investigation que l'on vient de décrire. L'Ethnographie seule, par des comparaisons exacles, dégagera peu à peu les traits fondamentaux de la mentalité religieuse primitive. La Préhistoire, avec ses documents positifs, servira de contrôle aux hypothèses éla-