Cf. infra., ch. iv
71. A cette loi se rattachera, par exemple, notre enquête sur le culte
«i»^> nnirnnux à l'i'^poqiie jmMii'^lorique. (Cf. infra, ch. vin).
Reste enfin la méthode ethnologique-historique '^. Tandis que l'école anthropologique attribue l'uniformité des coutumes religieuses des Primitifs à des tendances innées de la nature humaine, l'Ecole ethnologique-historique la rattache à des causes positives, à des migrations. Les coutumes se ressemblent parce qu'elles ont eu un centre commun d'origine, à partir duquel elles ont essaimé, parfois à des distances considérables. Il s'en faut de beaucoup que ces similitudes se réclament d'un exemplaire unique. Tout au contraire, elles se classent en séries distinctes, en (( cycles » dûment spécifiés par un ensemble de phénomènes concomitants. Ainsi, par exemple <( la connexion existant entre l'arc et d'autres armes, s'accompagne de connexions parallèles entre d'autres éléments de la civilisation matérielle et môme entre les institutions sociales, des thèmes mythologiques, des formes rehgieuses. Si bien qu'on n'a pas affaire à des groupes restreints, comportant quelques éléments particuliers de culture, mais à des ensembles culturels, à des cycles culturels » '\
Une suite d'opérations s'organise sur celte base. Menées à terme, elles révéleraient l'ordre dans lequel les civilisations primitives se sont succédé historiquement : il suffirait d'établir que tel cycle culturel est plus ancien que tel autre ou plus récent.
La méthode ethnologique-historique est appelée à rendre aux études préhistoriques de signalés services. Après avoir distingué et classé chronologiquement les cycles culturels des Primitifs actuels, elle découvrira sans doute celui d'entre eux qui, par nature intrinsèque et grâce à son antiquité reculée, semble perpétuer, à l'heure présente, la civilisation paléolithique, — celleci, à se placer au point de vue de l'école de Frobenius, de Grœbner et du P. Schmidt, n'étant à son tour qu'un cycle culturel extrêmement ancien. Et comme les éléments de la civilisation matérielle d'un cycle donné sont liés à des idées religieuses précises, il deviendrait dès lors légitime d'interpréter les documents de l'âge quaternaire à l'aide des croyances propres au cycle culturel qui perpétue jusqu'à nous la civilisation paléolitïîique.
Malheureusement la méthode ethnologiqTie-historique n'est
72. Voir références, ci-dessus, p. 131, note. Ajouter : P. G. Schmidt, Voies nouvelles en Science comparée des religions cl en Socioloqie. Kain, le Saulchoir (Belgique), 1911.
73. P. G. Schmidt, Pliâtes principales... loc. cit., p. 42-43.
LiMiTKS i:t iœ(;li:s ul i.a mljiiodi. lthnographique 137
pas au bout de ses recherches. Ses premières conclusions n'en sont pas moins fort intéressantes, puisqu'elles portent principalement sur l'Australie, terre promise des savants qui veulent interroger la vie sociale et religieuse des peuples chasseurs. Il ne nous paraît donc pas prématuré de fornmler, à l'aide de cette méthode, la quatrième et dernière de la nôtre : Les Icnnes de coniparuifion, cinpniiilca aux Priinilifs aclucls, fieront d'autant plus applicables aux Pvimilijs de la Préhistoire, quils auront été fournis par des cycles culturels plus anciens. Mais il convient d'ajouter immédiatement un conoctif. Ces comparaisons, si instructives qu'elles puissent être, ne seront qu'approximatives. Même en Australie, le plus ancien cycle culturel ne coïncide pas, au point de vue archéoloirique, avec le cycle culturel de la Préhistoire paléolithique ^*.
Telle est notre méthode, avec ses quatre règles qu'on nous permettra de résumer une dernière fois en indiquant leurs relations mutuelles et leur enchaînement :
1° Toute iNTEnpRÉXATiON des phénomènes religieux oui n'est
PAS APPUYÉE PAR UN DOCUMENT ARCHÉOLOGIQUE EST CADUQUE, Cette
règle assigne une limite obligatoire aux incursions de l'Ethnogi'aphie dans le domaine de la Préhistoire ; 2° Les réactions du type social sur la Religion des Primitifs
ACTUELS SE SONT EXERCÉES SUR LA IAeLIGION DE LA PRÉHISTOIRE
APPARTENANT AU MÊME TYPE SOCIAL. Ccttc règle permettra de déterminer, — avec quelques chances d'erreur, — le sens des phénomènes religieux préhistoriques, soumis à l'influence de la vie collective.
3° L'Universalité d'une coutime religieuse dépose en faveur DE son ancienneté. Par là, on dépasse le point de vue trop étroit de l'école sociologique, qui professe la subordination exclusive de la Belif?ion à la Société.
4° La Religion des cycles culturels les plus anciens peut
refléter plus FIDÈLEMENT LA ReLIGION DES CYCLES CULTURELS
74. La méthodo des cycles cuihiif^ls a Hé vivement criliqiu'e par V Van Gennep, Mifthea et légendes dWuslralie, op. cit., introdiicln>n, p. XII et suiv. le P. Schmidt, qui a connu ces critiques, ne semble pas en avoir élr bien <'mii. Voici ce qu'il en dit (dans Phaaes principales, loc. cit., p. 43) : « A. Van Gennep paraît la vouloir combattre (la méthode) avec des railleries assez banales et surtout en la taxant de cléricalisme. Mais il y a des raisons de douter que son opposition soit bien sérieuse ».
LA METHODE ETHNOGRAPIIIOUE
Fig. 77. — Objet qualifié par Piette de la désignation chevêtre. Têtes^de chèvres sculptées en bas-relief. (Cf. Piette, op. cit., pi. VIII).
i.r. i'i{oiii.i,\ii: 1)1 > oi(i<;iM ..-■ in, i,a Jii i.k.ion
l.SO
pRi'.niSTonKjur,!;. Celte qualrièmo règle s'olïrira, en quelques occasions, à corriger le caraclère un peu incertain de la lioisième. Assurcnienl, ce ne sont point là desdireclives bien nettes, bien arrêtées. Bon gré malgré nous devrons nous en contenter et tirer de leui- emploi le meilleur parti possible. C'est à quoi nous lions rniploicr'ons de iioh'e iiiirux.
En tout cas, il est un résultat acquis, dès niaintenanl. à noire eiujuéle ; c'est l'impuissance de la Préhistoire à révéler, scienlilicpiemenl, les origines de la Religion.
On se ra|)pelle l'espèce d'investissement donl les études préhistoriques, à leurs débuis, furent l'objet de la part de certains savants, soucieux d'exploiter l'Homme quateriuiire au profil de h'urs théories préconçues. A les entendre, cet homme n'avait pas vu d'idées religieuses. Celles-ci n'apparaissent qu'avec le Néolilliicpie''^. Et comme l'Age de la Pierre taillée avait été la toute première étape de la civilisation humaine, la conclusion s'imposait, logique cl victorieuse : la Religion, fruit tardif de l'Evolution, ne pouvait remonter aux origines de notre espèce. L'homme, sorti des langes de ranimalilé. avail été areligieux, athée. Celle découverte sensationnelle portait un coup mortel à la croyance fondamentale du christianisme : l'existence d'une révélation primitive.
La position adoptée par ces >a\ant> hàlifs était doublement défectueuse. D'abord elle faussait complètement les données les plus suggestives de l'Archéologie. Ensuite elle s'ultribuail le di'oil de dii'imer un problème qui échappe, qui échappeia toujours, à la compétence des sciences préhistoricpie?.
C'est sur ce second aspect que nous croyons devoir nous arrêter un instant. Avant de nous livrer à l'examen des coutunn^s religieuses des tribus quaternaires, il nous est très opportun d'apprendre si cette religion dont nous allons essayer de reconstituer (pielques bribes, peut prétendre à représenter, non seulement la plus vieille, mais la première religion du monde.
7.^. C'est le point de vue soufcnti [lar (i. <lf Murlillcl cl sou école. Cf. G. DR MoRiiii.KT, /,(' PréhisloriqiK', 2* édition. Paris, Reinwald, 1P83. p. 175 et G03.
140 LA MÉTHODE ETHAOGRAPHIQUE
Et l'on voit, de suite, combien ces deux expressions : « la plus vieille », et « la première », différent. Une religion peut être en effet la plus ancienne parmi celles qui sont accessibles à nos investigations, sans être pour cela la première absolument parlant. Si elle était la première nous aurions atteint les origines. Mais si elle n'est que la plus vieille^ ir reste à prouver qu'elle ne fut point précédée par d'autres, plus anciennes encore et plus proches des origines.
La méthode ethnographique, dont on vient de définir la nature, les limites et les règles, nous enlève toute illusion touchant la possibilité d'identifier la rehgion de l'Age quaternaire avec la première religion de l'humanité.
La méthode ethnographique se propose d'établir une relation entre les Primitifs actuels et les Primitifs de la Préhistoire: l'Ethnographie et l'Archéologie, tels sont les deux éléments dont la fusion doit donner une connaissance approximative de la religion quaternaire. Or, ni l'Ethnographie, ni l'Archéologie, ni l'union de ces deux sciences ne sont capables de nous conduire aux origines absolues de la Religion.
L'Ethnographie dit vrai, lorsqu'elle affirme que les peuples de culture inférieure représentent de très primitives étapes de la civilisation humaine. Elle se tromperait si elle ajoutait que ces étapes sont les toutes premières que l'Humanité ait parcourues. Il convient d'ailleurs de lui rendre cette justice qu'elle se rend parfaitement compte de l'impuissance où elle est d'arracher aux sociétés sauvages l'impénétrable secret des origines.
M. Durkheim, qui a publié un gros volume sur les Formes élémentaires de la vie religieuse, écrit : (( Les religions même les plus grossières que nous fassent connaître l'histoire et l'ethnographie sont déjà d'une complexité qui s'accorde mal avec l'idée qu'on se fait quelquefois de la mentalité primitive. On y trouve non seulement un système touffu de croyances et de rites, mais même une telle pluralité de principes différents, une telle richesse de notions essentielles qu'il a paru impossible d'y voir autre chose que le produit tardif d'une assez longue évolution ^^ ))
M. King, auteur d'un ouvrage où il professe l'antériorité de la Magie sur la Rehgion, avoue cependant que « nous ne savons