Lea formes élémentaires... op cit., p
tives, à l'égard du but avoué qu'elles poursuivent, seront frappées du vice rédhibitoire qu'elles tiennent d'une documentation tronquée, insuflisante. Et les auteurs de ces hypothèses seront sages d'avertir, comme l'a fait M. Marett, qu'on ne doit pas leur prêter l'intention de « dogmatiser à l'étourdi sur l'origine de la religion, parce qu'ils ont présenté quelques formules expérimentales, pour voir si elles seront utiles à l'un ou l'autre savant qui peut-être n'a besoin que d'une simple ficelle pour lier ces Scujnic dissolulae et en faire un balai maniable, bien que provisoire ^". »
Voilà la réponse de l'Ethnographie. Celle de la Préhistoire n'est pas plus favorable. A*] étions les cho.ses au mieux. Supposons les documents archéologiques tellement lumineux par euxmêmes que l'on puisse se passer, pour les éclaircir, du secours de l'Ethnographie. Gravures, peintures, sculptures de l'Age du Renne parlent un langage aussi intelligible qu'une page d'Hérodote ou de Tite-Live. Encore faudrait-il que la page à lire n'eût pas été lacérée ou à moitié effacée. Or, au livre de la Préhistoire, il manque beaucoup de feuillets, et les feuillets manquants sont précisément les premiers.
A quelle époque remontent les plus anciennes traces déchiffrables de la religion paléolithique? Les merveilleux travaux dr l'abbé Breuil nous l'ont appris. Aucune image gravée ou peinte sfur les objets ou sur les parois des grottes ne semble remonter plus loin que l'aurignacien. y\u delà les niveaux moustériens livrent encore quelques sépultures. Au delà c'est le silence absolu. Car on comprendra bien que ce n'est pas avec des silex taillés que l'on reconstituera les idées religieuses des tribus acheuléennes ou chelléennes !
Ainsi' donc, nous ne commençons à pouvoir balbutier quelque chose de la religion de nos ancêtres (ju'à partir du paléolithique moyen, et nous n'entrons vraiment en contact avec cette religion, qu'aux dernières périodes de l'Age quaternaire. Si l'on se base sur les calculs chronologiques les plus raisonnables, l'humanité, à ce moment, est déjà vieille de cinq ou six millénaires. El comme l'ensemble de la civilisation paléolithique révèle, non pas un état de stagnation mais une marche incessante, il > a tout lieu de supposer que durant ces cinq ou six mille ans, dont nous ne savons rien, la Religion n'est pas, elle non plus, demeurée immobile. Il est même probable que l'introduction des
80. Mr Marktt, The Threshoïd 0/ Religion. Lon(]res, 1908, p. 1G3.